vendredi 16 novembre 2018
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DIJON : Ville, Police et Justice face aux Dijonnais pour parler sécurité et tranquillité publiques

08/11/2018 07:36Imprimer l’article
La première adjointe au maire, Nathalie Koenders, le Procureur de la République, Eric Mathais, et le Directeur Départemental de la Sécurité Publique, Jean-Claude Dunand, ont tenu ce mercredi soir la première réunion publique d'une série de trois rendez-vous consacrés aux questions de tranquillité et de sécurité.
L'occasion de faire le point sur les incivilités ainsi que sur la répartition des missions et responsabilités entre Ville, Police Nationale et Justice.
Six mois après les trois réunions publiques consacrées à la sécurité et à la tranquillité publique qui s'étaient déroulées à Dijon fin avril, la première adjointe au maire, Nathalie Koenders, le Procureur de la République, Eric Mathais, et le Directeur Départemental de la Sécurité Publique, Jean-Claude Dunand (qui a succédé entre temps à Thierry Allende), ont de nouveau fait face aux habitants de Dijon ce mercredi soir.

Premier constat : il n'y avait pas foule à l'école Victor Hugo. Un signe, sinon que tout va bien dans le meilleur des mondes, que le sentiment d'insécurité n'est pas immense à Dijon. D'ailleurs, au moment des questions-réponses, les personnes venues s'enquérir des solutions possibles face aux nuisances reconnaissaient elles-mêmes, et spontanément, que «les choses vont mieux qu'il y a quelques années», sans occulter les problèmes qui persistent. Pour autant, Nathalie Koenders préfère «rester prudente», rappelant que c'est un domaine dans lequel «il y a des cycles, avec l'arrivée constante de nouvelles générations».

«Se rendre compte des problèmes»


C'est d'ailleurs aussi pour «se rendre compte des problèmes» que la première adjointe, élue de terrain s'il en est, a renouvelé cet exercice. Volonté partagée par le procureur, qui rappelait que «la justice est rendue au nom du peuple français», et qu'il est donc utile de bien savoir ce que celui-ci ressent.
Dans leurs interventions respectives, les trois représentants de leurs institutions respectives ont essentiellement fait le point sur les responsabilités qui leur incombent.

«Nous souhaitons atteindre le nombre de 80 policiers municipaux»


Première à prendre la parole, Nathalie Koenders a rappelé les pouvoirs du maire, et donc ceux de la police municipale.
Actuellement, Dijon compte 70 policiers municipaux, dont certains en cours de recrutement. «Nous souhaitons atteindre le nombre de 80 mais il y a un budget à gérer, avec un désengagement de l'Etat, et le recrutement n'est pas simple car toutes les villes augmentent leurs effectifs». Elle a également rappelé les efforts faits en terme d'équipement (pistolets à impulsions électriques, matraques téléscopiques, caméras, etc) et d'amplitude horaire (avec une présence en ville jusqu'à 1h du matin désormais).

115 caméras de vidéo-protection à Dijon


Par ailleurs, la ville est équipée de 115 caméras de vidéo-protection. «On nous demande parfois d'équiper tel ou tel endroit, mais il faut savoir que ce n'est pas simple et que cela passe par une autorisation de la préfecture. Mais ce dispositif est une bonne chose, qui permet de calibrer les forces d'intervention nécessaires en cas de rixe par exemple, et même de sauver des vies, comme dans le cas d'enfants perdus. Ce n'est pas la panacée, mais c'est utile, notamment en centre-ville» juge Nathalie Koenders.

Rappels à l'ordre et convocations des parents


Dans la ville, les mineurs convaincus d'incivilités «font systématiquement l'objet d'un rappel à l'ordre avec convocation des parents, pour les responsabiliser et, éventuellement, déclencher une aide à la parentalité si les parents sont débordés». «Et quand on me dit que ce n'est pas efficace, je pense que si on ramène deux jeunes dans le droit chemin sur dix par cette méthode, ça aura été utile» ajoute-t-elle.

La «brigade verte» met des amendes


La première adjointe a aussi rappelé l'existence de la «brigade verte» et défendu l'action de cette équipe de 10 personnes chargée de veiller à la propreté de la ville : «On met des amendes !» a-t-elle lancé à l'adresse de ceux qui jugent qu'elle ne sert à rien. «Ce n'est pas la ville qui est sale, mais ce sont les gens». Approbation dans la salle. «Cela dit, Dijon est une ville plutôt propre comparée à d'autres. Les touristes nous le disent souvent» conclut-elle sur le sujet.

«Tous les maires, de droite comme de gauche, font face aux mêmes problèmes»


Nathalie Koenders a enfin terminé son intervention en précisant que si le maire est chargé des missions de tranquillité publique et l'Etat de celles de sécurité publique, «la frontière est ténue et il est donc important de travailler main dans la main avec la police nationale. Trafics, rodéos urbains, etc, tous les maires, de droite comme de gauche, font face aux mêmes problèmes».

Les demandes de la mairie aux législateurs


Ainsi, la première adjointe a rappelé un certain nombre de demandes, d'attentes qui sont les siennes pour augmenter les compétences de la police municipale : l'accès au fichier des plaques d'immatriculation, la possibilité de faire des contrôles d'identité même sans constat de délit, la forfaitisation de certaines infractions ainsi que la mesure de fermeture administrative des établissements de nuit. Avis aux législateurs.

Police nationale : prévention, répression, ordre public et renseignement


Jean-Claude Dunand, Directeur Départemental de la Sécurité Publique (DDSP), a ensuite présenté le travail de ses services. «Ce sont en effet des questions transversales, et il ne s'agit pas de se renvoyer les problèmes à la figure, mais de bien travailler ensemble. Notre présence à tous les trois ce soir prouve que c'est le cas à Dijon».
Prévention («s'afficher dans les lieux les plus criminogènes»), répression («procéder à des interpellations»), ordre public («la sécurisation des événements est devenue plus compliquée depuis 2015») sont les missions de la Police Nationale.
Le DDSP a aussi sous sa responsabilité le renseignement territorial (ex renseignements généraux) «dont la mission est de prévenir la radicalisation et le terrorisme».
Pour Jean-Claude Dunand, la difficulté consiste à gérer les moyens qui lui sont alloués : «la gestion des manifestations publiques par exemple, cela nous prend beaucoup de temps. Ce sont des heures fonctionnaires, mais je fais le choix de mettre beaucoup de policiers pour empêcher les dégradations».

«La Justice française n'a pas à rougir»


Le Procureur de la République, Eric Mathais, a ensuite rappelé que la Justice française, malgré les critiques dont elle fait l'objet, «est l'une des plus efficientes d'Europe». «La Justice française ne coûte pas très cher comparée aux autres pays, et elle n'a pas à rougir de son travail et de son efficacité».
A Dijon, le procureur dispose de 10 magistrats et 24 fonctionnaire pour traiter quelque 35.000 plaintes et procès-verbaux chaque année. «Tout est étudié, mais si on envoyait tout devant le tribunal correctionnel, les délais deviendraient rapidement encore plus déraisonnables qu'ils ne le sont» explique-t-il.

«Marginaux» en centre-ville


La réunion s'est ensuite prolongée par un échange avec la salle. La question des «marginaux» présents en centre-ville a été abordée. «Depuis 3 ans, ça a arrêté de se dégrader. C'est loin d'être parfait mais c'est mieux» lance un homme. «Avant, c'était la cour des miracles». «J'ai demandé une tolérance zéro» répond Nathalie Koenders, «mais ils connaissent le droit. On ne peut rien s'ils ne commettent pas de délit ou d'infraction. Nous mettons des amendes, même lorsqu'ils ne sont pas solvables, car l'accumulation est constitutive d'un dossier, et permet parfois de basculer en délit».

Trafics de drogues


Les problèmes de trafics de drogues, notamment rue de la Liberté, ont également été mis sur la table. «La rue de la Liberté est une rue où la densité policière est la plus grande de la ville» précise Jean-Claude Dunand. «Mais en matière de stupéfiants, ce qui est considéré comme "visible de tout le monde" n'est pas pour autant un élément de preuve pour la justice». Le procureur ajoute que «la législation française, contrairement à ce qu'on entend parfois, est une des plus sévères, et pourtant, la France est le premier pays consommateur d'Europe. On a manqué quelque chose à un moment, mais ce n'est pas une simple question de sévérité».

L'armement de la police municipale en question


La question de l'armement de la police municipale a également été posée. «La position du maire est de ne pas équiper les policiers municipaux d'armes létales» répond Nathalie Koenders. «Mais à titre personnel, je suis moins tranchée. Il y eu, depuis, des attentats, et on voit que les policiers, qu'ils soient nationaux ou municipaux, peuvent être des cibles. Mais ça doit être une décision réfléchie, qui ne se prend pas sous le coup de l'émotion». Et d'ajouter que les armes ont beaucoup plus de chances de tuer leur propriétaire ou un proche. Les taux de suicide sont en effet supérieurs chez les professionnels qui ont, à disposition, la possibilité technique de tuer. Une responsabilité lourde pour celui qui porte une arme comme pour celui qui lui a confiée.
Nicolas Richoffer
Photos N.R.