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EUROPÉENNES : Ex-numéro 1 de Biocoop, Claude Gruffat balance

12/05/2019 03:15Imprimer l’article
Dans une réunion publique ce jeudi à Dijon, l'ancien président du réseau Biocoop, maintenant candidat aux élections européennes sur la liste EELV, n'a pas mâché ses mots pour critiquer l'agriculture intensive et promouvoir l'agriculture biologique.
Claude Gruffat est numéro 13 derrière Yannick Jadot, tête de liste Europe Écologie Les Verts pour les élections européennes 2019. Il y a quelques semaines encore, il était numéro 1 de Biocoop, le réseau d'épiceries spécialisées dans la distribution de produits issus de l'agriculture biologique. Pendant ses quinze ans de présidence, le nombre de magasins a triplé. Biocoop est devenu le leader des spécialistes de la distribution du bio avec des ventes s'approchant de celles réalisées dans les rayons bio des hypermarchés Carrefour (plus d'un milliard d'euros en 2017).

Autant dire que cet entrepreneur engagé, ayant démissionné pour faire campagne, fait partie des «belles prises» de Yannick Jadot qui, a contrario, a vu partir des anciens d'EELV sur la liste de Nathalie Loiseau (Pascal Canfin et Pascal Durand).  L'agriculture et l'alimentation sont donc des domaines que Claude Gruffat travaille depuis 35 ans. Aujourd'hui, il se lâche.

Traumatisé par les suicides d'agriculteurs


Le principal intervenant commence cette réunion de campagne électorale sur le thème des modèles agricole et alimentaire du jeudi 9 mai 2019 par une présentation de son parcours.  Fils d'éleveur laitier en Haute-Savoie, «cette culture de mon enfance dans l'agriculture m'a donné (...) les fondamentaux d'une bonne agriculture, une agriculture durable». Le Savoyard a fait des études pour devenir conseiller agricole et, durant quinze ans, il a accompagné des jeunes pour installer et moderniser leur exploitation.

Dans les années 1980, il fait le lien entre malaise agricole et endettement avec «des dossiers qui arrivaient de plus en plus nombreux sur mon bureau et parmi lesquels je retrouvais des jeunes qui s'étaient installés peu de temps avant en fait, trois-quatre ans avant. Pourquoi étaient-ils en difficulté ? Parce qu'on les avait fait investir dans des systèmes industriels lourds (porcheries industrielles, volailles industrielles, etc.)». L'instabilité des marchés de matières premières agricoles pouvant entraîner des faillites personnelles.

L'ancien conseiller décrit l'effet dévastateur d'une telle situation économique : «dans ces faillites, tout y passe, tous les biens familiaux y passent. Et là, je me retrouvais dans des familles où, le jeune qui s'était installé (…) et en trois-quatre ans, il avait ruiné tout le patrimoine familial de plusieurs générations avec, à la sortie, la banque, en l’occurrence le Crédit Agricole, qui lui dit 'pour les prêts qui restent, on fera une saisie sur salaire pendant soixante-dix ans' et je vous jure que l'ai entendu !». Claude Gruffat n'a pu que constater des suicides parmi ses interlocuteurs : «quand on ramène ça à la maison le soir, vous imaginez l'état du couple (…). Pour une partie d'entre eux, cela se finissait au bout d'une corde dans la grange. J'ai suivi des dossiers comme ça. Et là, ça m'a quand même profondément traumatisé».

«On est en train de fusiller la fertilité des sols !»


Des drames qui ont entraîné une remise en question du système dans lequel Claude Gruffat évoluait : «avec ma forte culture agricole dans les tripes, je ne voulais pourtant pas lâcher l'agriculture». Basé près de Blois, il rencontre alors les trois seuls agriculteurs bio qui existaient dans le Loir-et-Cher mais «leurs pratiques techniques et résultats techniques à ce moment-là de la bio, c'était pas probant du tout !». De facto, leurs résultats économiques n'étaient pas bons non plus. Il remarque néanmoins «comment ces gens-là parlaient de leurs sols, de leurs terres, d'agronomie, de la qualité...». Des rencontres qui le font évoluer : «j'ai cru dans ce modèle d'agriculture, (…) j'ai vraiment pensé que c'était quelque chose qui avait de l'avenir».

Il devient consommateur bio et rejoint un petit groupement d'achat de quinze famille. Ce sera la base de l'ouverture de la Biocoop de Blois, en 1993 : «si on veut développer l'agriculture biologique, il faut que la consommation se développe». De plus, «si on veut une alimentation de qualité pour tous, il faut une agriculture de qualité partout (…) dans le monde». De fil en aiguille, il deviendra président de la coopérative Biocoop en 2004.

Claude Gruffat pointe un recul des surfaces agricoles cultivées dans le monde du fait de l'artificialisation des sols en occident et de l'avancée des déserts ailleurs. Cela alors que la population humaine augmente : «si on est de plus en plus nombreux, il va falloir qu'on partage de plus en plus les surfaces cultivables disponibles et qu'on les préserve». Il préconise donc d'arrêter «le bétonnage des sols».

Il prend appui sur un rapport de la FAO, l'organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation,  afin d'indiquer que la France fait partie des pays dont les sols seraient devenus parmi les moins fertiles de la planète : «la fertilité des sols, c'est la vie. C'est ce qui fait que l'on a de quoi produire pour manger, ou pas !». Prenant l'exemple de la Beauce : «pour arriver à l'état de fertilité de sols comme ça, c'est deux cents millions d'années de vie pour fabriquer une telle quantité de quatre mètres de sols fertiles qu'on a sous les pieds. En soixante-dix ans, deux générations, on est en train de fusiller complètement la fertilité des sols ! En 1965, il y avait 6% de matière organique dans les sols de Beauce où j'habite, aujourd'hui, on est à 1,4 . On a quasiment consommé le patrimoine. (…) Les agronomes disent qu'en-dessous de 1,2, c'est le processus de désertification qui commence».

Claude Gruffat pose avec gravité le problème du modèle agricole : «l'agriculture conventionnelle productiviste basée sur la chimie est responsable de cette baisse massive de la fertilité en moins d'un siècle». D'où une volonté politique de changer de modèle avec comme proposition principale d'arrêter le recours aux pesticides : «les pesticides, c'est ce qui tue la vie microbienne des sols».

«L'INRA travaille sur la bio depuis moins de dix ans»


L'agriculture biologique est donc ce que Claude Gruffat souhaite voir soutenir politiquement : «tout ce qui tourne de modèles de production qui font de l'agriculture qui peut être intensive, parce qu'il y a des modèles d'agriculture bio intensive avec la permaculture par exemple en maraîchage – c'est le modèle d'agriculture qui produit le plus de fruits et de légumes au mètre carré – on est capable de produire sans produit chimique». L'ancien conseiller agricole regrette que l'intérêt de la recherche pour ces sujets soit très récent : «l'INRA travaille sur la bio depuis moins de dix ans, avant c'était hors de question de les faire travailler là-dessus hormis quelques chercheurs» (NDLR : l'INRA est l'Institut national de la recherche agronomique).

«Le plus gros plan de licenciement en France» dans l'agriculture


Vingt-cinq ans après le début de son militantisme, d'abord en tant que consommateur puis en tant qu'entrepreneur, Claude Gruffat arrive en politique. Son expérience entrepreneuriale lui a fait prendre des paris dont il a beaucoup appris : «la coopération entre les différentes parties prenantes, du producteur au consommateur, ça pousse et ça crée des tas de choses qu'on ne connaît pas dans le monde de la compétition».

L'ancien entrepreneur milite à présent pour voir se constituer au niveau européen «un groupe écologique suffisamment fort, puissant, structuré, avec du monde pour imposer un changement». Les écologistes proposant de réorienter la Politique Agricole Commune en 2021 afin de flécher les neuf milliards d'euros venant de l'Union Européenne et les quatre milliards de subventions françaises vers une agriculture qu'ils considèrent comme plus durable : «les gens n'attendent que ça, de bien manger, d'avoir de la qualité, d'avoir un environnement propre, de l'eau propre, etc.».

Claude Gruffat rend hommage au Grenelle Environnement (institué par Nicolas Sarkozy en 2007) et à la COP 21 (durant le mandat de François Hollande en 2015) comme événement institutionnels et médiatiques ayant grandement contribué à modifier le point des Français sur les thématiques environnementales et climatiques. Il souligne ainsi une sorte d'écologisation des esprits : «on a déjà eu une victoire, nous, Les Verts, c'est celle de mettre la question du climat sur la table dont tous les groupes politiques aujourd'hui s'emparent avec toute la mauvaise foi pour certains qu'on veut y mettre».

Le nouvel engagé dans la vie politique demande à être jugé sur son expérience, pensant avoir fait la preuve que «le modèle d'agriculture bio pouvait fonctionner», avoir souligné la pertinence des commerces de proximité de petite taille et avoir interpellé sur le commerce équitable pour une juste répartition de la valeur. Prenant comme principe de ne jamais acheter à un producteur «en dessous de son coût de production», il critique les EGalim : «cette loi [NDLR : loi Agriculture et Alimentation de 2018] n'a à peu près rien apporté à la profession (…), ça a été un coup d'épée dans l'eau malheureusement, je dis bien vraiment malheureusement, parce que je pense que la profession a besoin d'un vrai coup de main de la force publique en France pour sortir du marasme dans lequel elle est».

Pour autant, il ne veut pas accabler les individus : «j'ai toujours considéré que tous les agriculteurs ne sont pas responsables de ce qui se passe dans le modèle d'agriculture (…). C'est un modèle et un système dans lequel ils sont faits embarquer il y a soixante-dix ans, qui les a mis dans le mur aujourd'hui et, pour une partie d'entre eux, ils ne peuvent même plus en sortir, le drame c'est ça ! (…) Si tu n'as pas fini de payer à la banque tes traites pour ce modèle-là, t'es coincé. Et s'il n'y a plus de marché, c'est la clé sous la porte. Le plus gros plan de licenciement en France, c'est ce modèle d'agriculture qui l'a produit».

«La bio, c'est aussi créateur d'emploi»


Se référant aux données de l'Agence bio, Claude Gruffat souligne que la bio emploie bien plus de main-d’œuvre que l'agriculture conventionnelle : «la bio, c'est aussi créateur d'emploi». « J'ai calculé qu'il fallait au moins 60.000 installations de paysans bio de proximité pour répondre à la demande d'aujourd'hui » (distribution, cantines, etc.). D'où les actuelles importations de produits bio en France : «il y a une mine de richesses à côté de laquelle on passe qui est fabuleuse».

Des installations qui lui paraissent faisables. D'un côté, 25.000 départs en retraite d'agriculteur chaque année. De l'autre, 12.000 installations. Constat de Claude Gruffat : «le différentiel de surface entre les deux, ça part tout à l'agrandissement» et de regretter que des jeunes volontaires pour s'installer ne se voient pas attribuer de terres. «On pourrait redonner une nouvelle fonction à la SAFER pour réorienter les surfaces vers de l'installation». Sans avoir attaqué aucun rival partisan, il conclue son propos en invitant les électeurs à voter aussi avec leur assiette.

Joignant le discours et la pratique, le principal intervenant se dirige finalement vers un buffet bio partagé avec la vingtaine de personnes de l'assistance. Autour de lui, on retrouve deux autres candidats de la liste « Votez pour le climat » – Catherine Hervieu (vice-présidente de Dijon métropole) et Vincent Talmot (viticulteur bio dans la Saône-et-Loire) –  ainsi que Patrice Chateau (conseiller municipal de Dijon) et Cécile Artale (association Pirouette Cacahuète).

Chiffres clés


Pour donner un repère contextuel global, l'industrie agroalimentaire est le premier secteur industriel français. Elle emploie, tous secteurs confondus, 400.000 personnes et représente un chiffre d'affaire de 172 milliards d'euros (données 2016 du ministère de l'Agriculture et de l'alimentation). La France exporte plus qu'elle n'importe avec un excédent commercial agroalimentaire de 6 milliards d'euros en 2016. S'il y avait plus d'un million d'agriculteurs en 1988, ils sont environ 448.000 aujourd'hui selon la Mutualité Sociale Agricole (en ajoutant les conjoints et salariés permanents, cela fait 885.000 emplois dans l'agriculture). Le revenu médian d'un agriculteur est estimé à 14.000 euros, il serait négatif sans les aides de la PAC. La superficie moyenne par exploitation est de 65 hectares. Chaque année, il y a environ 14.000 nouvelles installations.

En ce qui concerne l'agriculture biologique, elle représente environ 7% des surfaces cultivées en France et 26.000 exploitations selon l'Agence bio en 2017. L'AB implique 134.500 emplois directs (production, transformation, distribution...) avec une croissance annuelle de plus de 9% depuis 2012. Les structures bio emploient, en moyenne, 60% de personnels de plus que les conventionnelles. Le marché des produits bio (particuliers et restauration collective) est estimé à plus de 8 milliards d'euros. Hors produits exotiques, 82% des produits bio consommés en France sont produits en France. La France exporte pour 700 millions d'euros de produits AB mais présente une balance commerciale déficitaire d'un milliard d'euros sur ce secteur.

Jean-Christophe Tardivon