vendredi 22 mars 2019
Avec notre vidéo de la manifestation.
Youth for climate Dijon a réussi à mobiliser environ 2000 lycéens et étudiants dijonnais à l'occasion de la grève et marche pour le climat ce 15 mars, suite à l'appel de Greta Thunberg.
Questions à...
Après l’affaire Christophe Dettinger, sur laquelle il revient largement pour Infos-Dijon, l’avocat dijonnais Jean-Philippe Morel représentera aussi l’association «Gendarmes et Citoyens» dans l’affaire de la caserne de Dijon et plaidera pour des policiers victimes en décembre dans le cadre du mouvement des gilets jaunes. Interview.
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GILETS JAUNES : À Dijon, toujours beaucoup de monde pour l’acte 14, marqué par moins de violence

17/02/2019 00:41Imprimer l’article
Le cortège a fait moins de kilomètres que lors des actes précédents, ce samedi 16 février à Dijon. Et si les forces de l’ordre ont lancé un assaut rapide et virulent rue de la Préfecture à 17 heures, la dispersion n’a pas été totale. Des Gilets Jaunes sont revenus place de la République pour un face à face qui a duré jusqu’à 19 heures.
Vu de loin, ou de derrière son écran, les samedis de manifestations des Gilets Jaunes se ressemblent sans doute tous. Mais il y a en réalité toujours une histoire différente. Toujours un imprévu.

Au rayon de ce qui était prévisible, notons qu’il y avait toujours énormément de monde dans le cortège. Combien ? Difficile à dire avec précision, et finalement, est-ce ça le plus important ? Ce qui est certain, c’est que sous un beau soleil quasi printanier, quand le cortège des Gilets Jaunes a quitté la place de la République en direction de Darcy sur le coup des 14h30, il y avait plus de manifestants que la semaine dernière. La grande ligne droite de la rue Devosge étaient toute de jaune vêtue, ce qui a eu le don de donner du baume au coeur aux participants.
Alors disons le, au plus fort de l’après-midi, ils étaient à coup sûr plus de 2000 à Dijon, sans doute plus. On nous a soufflé 4000 durant la déambulation mais ça paraît beaucoup. Quoi qu’il en soit, il faut dépasser la bataille des chiffres, car aucun nombre ne fera l’unanimité. Il faut juste constater ce que les images montrent : la mobilisation ne faiblit pas.

20 minutes sur les voies SNCF


Toujours au rayon des points prévisibles de cet acte 14 : les manifestants ont investi les voies de la gare SNCF, un peu plus longtemps que d’autres fois mais finalement assez brièvement encore. Une vingtaine de minutes en tout, le temps de crier quelques slogans visant essentiellement Emmanuel Macron et son ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, lequel a le tort d’avoir un nom de famille qui rime avec le mot «mère». Il faut le reconnaître aussi, certains manifestants en ont profité pour prendre quelques cailloux dans le ballast, destinés à servir un peu plus tard de projectiles. Au loin, des agents de la sécurité ferroviaire ont observé le début de la scène, puis ont préféré se mettre en retrait quand ils ont été visés par un manifestant, un seul, stoppé dans sa volonté d’en découdre par des Gilets Jaunes. Une Marseillaise et quelques pétards et fumigènes plus tard, tout le monde repartait, laissant la gare comme ils l’avaient trouvée, à ce petit détail près que plusieurs trains affichaient évidemment quelques minutes de retard.

Un parcours moins long


Pour le reste, ce fut un acte pas vraiment comme les autres. Le cortège était toujours aussi bon enfant, avec de plus en plus de déguisements (la Mort et ses câlins gratuits, des clowns, etc.) mais il a parcouru moins de kilomètres que par le passé. Pas de détour par les extérieurs de la ville cette fois-ci : les manifestants sont passé, en résumé, par les places de la République, Darcy, Libération, Emile Zola, Darcy à nouveau en allant à la gare SNCF, puis retour par la rue de la Liberté, la place François Rude, les Halles et enfin République.

Dans les rangs des Gilets Jaunes, le message est clair : «on ne lâchera rien», «pas maintenant, pas après tout ça». Pour l’énorme majorité des «Jaunes», «pas besoin de Grand Débat» : ce sont des mesures rapides et fortes en faveur du pouvoir d’achat qu’il faut. Et aussi «plus de justice sociale et fiscale» et de démocratie directe, notamment par le biais du Référendum d’Initiative Citoyenne. Au Président de la République de faire avec ça et de changer de cap s’il veut que les manifestants changent de programme le samedi.

Des forces de l'ordre plus discrètes


L’autre point qui en a surpris plus d’un, c’est la discrétion des forces de l’ordre. La stratégie est claire et l’expérience des treize premiers actes montre que c’est la bonne pour éviter au maximum les débordements.
Place de la Libération, la police municipale et la SIG ont retenu la leçon des événements de samedi derniers, qu’Infos-Dijon avait été le premier média à raconter, dès le samedi soir (cliquez ici pour lire notre compte-rendu de l’acte 13). La semaine dernière, les agents, bien alignés dans la cour d’honneur du Palais des Ducs, attendaient les manifestants et les ont aspergé à l’aide d’une lance à eau d’un camion de nettoyage et d’extincteurs. Cette semaine, ils ne se sont pas montrés. Et comme on pouvait le prévoir, les manifestants, venus voir s’il y avait du répondant à la mairie, ont rapidement passé leur chemin en constatant qu’ils avaient à faire à une cour vide de tout homme.

Plus de gendarmes mobiles ni de policiers non plus rue de la Liberté, comme ce fut le cas pendant de nombreux actes, sans doute par peur d’un saccage de la ville. Les autorités le savent désormais : s’il y a des débordements, parfois graves, à Dijon comme ailleurs, les Gilets Jaunes de Dijon ne cassent pas de vitrines et ne s’attaquent pas aux commerçants. Alors à quoi bon provoquer des rencontres qui finissent dans un nuage de lacrymogène, y compris pour les passants. Pas de forces de l’ordre non plus place François Rude. Alors le cortège l’a empruntée pour se rendre autour des halles.

Un point de tension aux halles, mais sans heurts


Là en revanche, la rencontre avec des gendarmes était inévitable. À l’angle de la rue Bannelier et de la rue Quentin, une compagnie bloquait l’accès à la place de la banque. Ça, ça ne changera pas. Car c’est clair : on n’accède pas à la Préfecture. Le moment a été assez tendu. Des manifestants ont pris à partie les gendarmes, leur lançant comme à chaque fois qu’ils devraient «changer de camp», d’autres les insultaient et les provoquaient, tandis que des projectiles rebondissaient sur le camion et sur les boucliers. Les gendarmes mobiles ont fait des sommations, prévenant qu’ils allaient faire usage de la force. Mais il n’en fût rien. Les quelques fauteurs de trouble avaient été abandonnés par le gros des Gilets Jaunes, et, bien seuls, ils ont renoncé sans même avoir enflammé une poubelle.

Assaut rapide et tendu rue de la préfecture


C’est donc une fois de plus rue de la Préfecture qu’on a vécu les heurts les plus forts. Pas de barricade ni de poubelle enflammée là non plus, mais comme chaque samedi, des provocations, insultes et projectiles, notamment des feux d’artifice, ont visé les policiers en place derrière le barre-pont. Il était encore tôt, 17 heures à peine, quand ils ont donné l’assaut après une salve de mortiers. Un assaut particulièrement rapide et virulent, pour ne pas dire violent. Un Gilet Jaune pas vraiment menaçant qui n’avait pas fuit a reçu des coups à l’angle de la rue de la préfecture et du boulevard de la Trémouille, tout comme un street médic quelques minutes plus tard. Les policiers semblaient particulièrement tendus ce samedi 16 février. Il faut dire qu’ils sont mobilisés chaque samedi depuis le 17 novembre, et qu’au delà de la fatigue, cela doit commencer à peser sur leur moral.

Une interpellation


Mais quand ils donnent l’assaut, rien ne leur résiste. Comme c’est désormais une habitude, ils ont repoussé les manifestants sur l’avenue du Drapeau, jusqu’à l’Intermarché, dispersant les plus récalcitrants. Mais ils l’ont peut-être fait trop tôt cette fois-ci. Pour une fois, il faisait encore jour quand la dispersion était finie, et après un long moment de discussion dans le calme entre gendarmes et Gilets Jaunes, tout le monde est retourné place de la République. Là, on a cru un temps que ça allait recommencer. Une voiture de la bac, prise à partie au milieu des manifestants, a fuit dans la précipitation, et failli renverser une manifestante. Plus de peur que de mal. Mais un groupe se reformait et policiers et gendarmes ont dû réinvestir la place de la République. Certains échanges étaient tendus, d’autres avaient lieu dans les sourires, et c’est finalement au bout de près de deux heures de face à face que les forces de l’ordre se sont retirées. Les derniers manifestants présents n’étaient plus assez nombreux pour représenter une menace. Il était 19 heures et tout le monde allait pouvoir rentrer.
Pour cet acte 14, aucun blessé n’a été à déplorer. La préfecture signale qu'une personne a été interpellée.
Nicolas Richoffer
Photos N.R.

Cliquez ici pour voir nos vidéos de l'acte 14




 
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