jeudi 12 décembre 2019
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HANDICAP : Y aura-t-il de la luge à Noël ?

02/11/2019 03:15Imprimer l’article
Experts du quotidien, les membres de l'association Envie d'aller plus loin avec mon handicap étudient l'accessibilité des événements ou des moyens de déplacement à Dijon. Après deux années de déboires, ils espèrent que les prochaines animations des Féeries de Noël seront réellement inclusives.
L'association Envie d'aller plus loin avec mon handicap (EAPLAMH) a été créée à la suite d'un incident de déplacement de Christelle Auger sur la voie publique à Dijon, en décembre 2016. À partir de cet événement personnel et constatant certaines difficultés d'accessibilité à Dijon, Christelle Auger et Olivier Bertat ont fondé cette association «pour tenter de changer les choses».

Olivier Bertat est président d'EAPLAMH. Christelle Auger est consultante pour cette structure. Olivier Bertat précise qu'«en vivant les choses quotidiennement aux côtés de Christelle, je me suis aperçu qu'il y avait des choses aberrantes qui existaient en ville». Il considère qu'«il y a un manque énorme d'inclusion».

L'association compte une dizaine de membres et a réalisé en 2018 une pétition qui a regroupé 700 signatures concernant l'accessibilité des animations de Noël. L'EAPLAMH songe à rejoindre prochainement APF France Handicap (anciennement dénommée Association des Paralysés de France) et, plus localement, l'association Les yeux en promenade. Les membres de l'EAPLAMH constituent ainsi des «experts du quotidien» à même d'apporter leur éclairage sur des aspects pratiques de la vie de la cité.



«Participer à la vie citoyenne comme d'autres personnes»


Un problème survenu à l'entrée de la Caisse d'Allocations Familiales (CAF) de Dijon revient en mémoire à Olivier Bertat : «les personnes handicapées n'étaient plus prioritaires dans les files d'attentes alors que c'est quelque chose qui est légal». Il a alors eu plus de succès en mobilisant l'attention des médias qu'en s'adressant à la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) auprès de laquelle il faisait remonter des problèmes de ce genre. Dans chaque département, la MDPH est le «guichet unique» pour toutes les situations ayant trait au handicap.

Au niveau de EAPLAMH, on considère que des améliorations pourraient être apportées concernant l'accessibilité des handicapés à Dijon. Olivier Bertat constate néanmoins qu'«en l'espace de dix ans, il y a eu des progrès, les mentalités ont un peu changé au niveau des élus de la mairie, il y a un peu plus de prise en compte de la difficulté des personnes handicapées en local». Mais «il pourrait y avoir plus de choses qui soient faites». Et ce ne serait pas toujours une question de budget : «de temps en temps, il n'y a pas de coût financier pour qu'une personne handicapées puisse vraiment participer à la vie citoyenne comme d'autres personnes».

L'accès au tramway ? Impeccable !


Concernant les transports en commun, Christelle Auger signale en premier la difficulté d'utiliser la passerelle de la navette Divia City qui circule au centre-ville de Dijon. Dans la théorie, Divia Mobilités a prévu des dispositifs d'accès à ses transports en commun. Dans la pratique, c'est plus compliqué selon les membres d'EAPLAMH.

En 2016, les conducteurs n'auraient pas reçu la formation pour manipuler une rampe d'accès à positionnement manuel se trouvant pourtant à bord. «Les deux premières réclamations se sont perdues» indique, dépité, Olivier Bertat. Depuis septembre 2017, les nouvelles navettes électriques Divia City sont équipées de rampes automatiques mais «deux ne fonctionnent pas» selon le président d'EAPLAMH.

Olivier Bertat signale aussi que deux handicapés en fauteuil doivent prendre deux bus différents puisqu'une seule place spécifique serait aménagée par bus. À Paris et Toulouse, les bus auraient pourtant deux places réservées.

En revanche, à propos du tramway, Christelle Auger retrouve le sourire : «impeccable» ! De la même façon, le service Divia Accès est vu comme «pratique» et «agréable» par la consultante de l'association. Il s'agit d'un véhicule utilitaire adapté qui, sur réservation, transporte la personne handicapée installée à l'arrière. Divia Mobilités indique avoir enregistré les dossiers de 450 personnes en 2016 sur la métropole.

«Accéder à ce que n'importe quel valide peut accéder»


Si ces questions de déplacement interpellent évidemment les personnes à mobilité réduite au quotidien, la période de Noël, qui se veut traditionnellement la plus inclusive de toutes durant l'année, est encore plus sensible. Or, en 2017, l'association a eu quelques déboires autour des animations des festivités de fin d'année organisées par la Ville de Dijon et confiées à différents prestataires selon un cahier des charges.

Des estrades positionnées sous les tentes afin de surélever les visiteurs faisaient obstacle aux fauteuils faute de rampes d'accès. Les passe-câbles protégeant les câbles électriques se révélaient difficile à aborder suivant le type de fauteuil utilisé. Certains fauteuils motorisés à six roues pouvant se retrouver bloqués dessus.

Face à ces problèmes pratiques, les membres de EAPLAMH ont buté sur la bureaucratie à la française alors qu'ils veulent «accéder à ce que n'importe quel valide peut accéder pendant ce genre de fête».

Glisser sur la glace aux côtés d'un champion du monde


La principale problématique soulignée concerne l'accès à la glace de la patinoire. EAPLAMH demande une luge ou une chaise pour adultes mise à disposition pour que les personnes handicapées puissent glisser elles aussi. Fin 2017, il a fallu des réclamations, des mails, des prises de contact direct et, après deux semaines, la luge a été mise à disposition ! Christelle Auger a alors pu faire de a luge sur la patinoire aux côtés du champion du monde Brian Joubert (retrouver notre reportage sur Brian Joubert en 2018). Elle ne fut pas la seule : «d'autres personnes handicapées également, dont une personne non voyante».

En 2018, Olivier Bertat a constaté «un effort au niveau des passe-câbles» passant cette fois derrière les animations. Mais, concernant la luge «il n'y en a pas eu du tout pendant toutes les Féeries». Christelle Auger signalant que le prestataire avait changé par rapport à l'année précédente.

«Des petites choses inclusives»


Pour l'hiver 2019, les membres d'EAPLAMH demandent à ce qu'il y ait «vraiment de l'accessibilité pour ces Féeries, à savoir une ou plusieurs luges pour adultes». Ils souhaitent aussi que les tonneaux qui servent de support où les valides posent leur verre ou leur gaufre soient adaptés aux personnes en fauteuil. Ils espèrent encore que des rampes douces soient apposées autour des passe-câbles. Des «petites choses inclusives» afin de «pouvoir profiter des fêtes de Noël en famille».

Plus globalement, l'association EAPLAMH demande plus de «transparence» à la Ville de Dijon et d'être à l'écoute des adhérents qui pourraient s'investir pour donner des conseils : «on ne sait pas qui organise vraiment tel ou tel événement et on ne sait pas à qui faire les remarques».

Selon nos informations, la Ville de Dijon est sensibilisée à ces demandes pour l'accessibilité des personnes à mobilité réduite. Pour ces prochaines Féeries de Noël, la luge pour les adultes handicapées devrait être présente sur la patinoire de la place de la République et il n'y aurait plus d'estrade sous les tentes à proximité des chalets. En revanche, techniquement, la résolution du franchissement des passe-câbles poserait problème, à moins d'organiser un parcours bien signalé pour contourner ces protections homologuées de gros câbles techniques. La proposition de tablette d'une hauteur adaptée resterait liée à la bonne volonté des commerçants.

La problématique de l'accessibilité renvoie aussi à des enjeux économiques. On considère qu'environ 2 à 3% de la population française utilisent un fauteuil roulant. Mais les personnes handicapées ont un entourage qui les accompagne et qui consomme aussi lors de ces événements. L'accessibilité peut se doubler d'attractivité.

Jean-Christophe Tardivon