jeudi 12 décembre 2019
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MUNICIPALES : «La politique écologique du gouvernement est uniquement cosmétique» selon Benoît Bordat

01/12/2019 03:13Imprimer l’article
Benoît Bordat a été désigné chef de file de Cap 21, le mouvement de Corinne Lepage, afin de préparer les élections notamment à Dijon. Interrogé par Infos-Dijon, il critique la politique d'Emmanuel Macron et se félicite du travail mené avec les socialistes dijonnais.
Élu conseiller municipal à 24 ans, en 2008, Benoît Bordat a rejoint Cap 21 en 2010. Il a été conseiller foncier pour des agriculteurs pendant sept ans et travaille aujourd'hui au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté pour accompagner des élus sur des questions environnementales ou agricoles.

Depuis le printemps 2018, Benoît Bordat est délégué au commerce pour seconder Danielle Juban, adjointe au maire Modem, concernant les nouveaux commerçants, le marché des Halles et la gestion des terrasses. À la Métropole, il s'occupe de l'agriculture périurbaine, des circuits courts et de l'alimentation.



Le réformisme écologique de Corinne Lepage


Cap 21 a été fondé par Corinne Lepage en 1996. Ce CAP pour le XXIème siècle veut dire «Citoyenneté, Action, Proximité». Avocate, elle travaille les sujets environnementaux depuis la marée noire de l'Amoco Cadiz en 1978. Elle a fondée le Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN) en 1999. Corinne Lepage a été ministre dans le gouvernement d'Alain Juppé de 1995 à 1997 et députée européenne de 2009 à 2014.

Cap 21 a fait partie des fondateurs du Modem de François Bayrou. Une rupture est survenue en 2010. Corinne Lepage a alors appelé à voter François Hollande en 2012 puis a soutenu Emmanuel Macron en 2017.

Le rassemblement sauf exception


Depuis septembre dernier, prenant la suite de Jean Rapenne, Benoît Bordat est délégué régional de Cap 21 en Bourgogne-Franche-Comté. Le mouvement dit pouvoir compter sur «un réseau de 80 personnes» dont «une trentaine de personnes sur Dijon et la métropole». La déléguée départementale du parti en Côte-d'Or est Anne-Laure Lassoued (lire le communiqué).

Benoît Bordat a été désigné chef de file par François Damerval, président-délégué de Cap 21, afin de préparer les discussions concernant les élections municipales sur l'ensemble de la région. Une plateforme des partis de l'écologique politique a été constituée durant l'été dernier (Europe Écologie Les Verts, Génération Écologie...) afin de construire des listes de rassemblement partout en France avec des exceptions là où Cap 21 était dans la majorité municipale sortante.

Cela explique pourquoi Cap 21 soutient la liste de rassemblement écologiste et socialiste à Besançon, menée par Anne Vignot, mais soutien la future liste de la majorité sortante à Dijon sans rejoindre la liste initié par Europe Écologie Les Verts. En revanche, à Chalon-sur-Saône, les discussions sont encore en cours.

«On s'est senti un peu dupé»


Quel est le poids national de Cap 21 ?

«On est modeste. On est un petit mouvement écologiste et citoyen mais on a historiquement beaucoup d 'attaches sur l'ouest de la France ou d'autres secteurs. Ils sont liés aux actions de Corinne Lepage en tant qu'avocate quand ça pu être les problèmes de l'Erika ou la défense du dossier Linky ou, plus récemment Lubrizol à Rouen».

Quelle est la position de Cap 21 par rapport à la politique d'Emmanuel Macron ?

«On avait fait le choix en 2017 de soutenir Emmanuel Macron mais il faut avouer qu'on en est ressorti très rapidement, même avant Nicolas Hulot ou Matthieu Orphelin, puisque l'on a constaté que ce qui avait été discuté sur des propositions notamment écologiques, sur le nucléaire, n'étaient pas du tout respecté. On s'est senti un peu dupé».

«Aujourd'hui, on est très critique vis-à-vis de la politique écologiste du gouvernement. On a estimé que la suppression de l'ISF qui finalement a été la première grande réforme fiscale n'était pas un signe positif donné aux Français parce que, derrière, ils ont voulu mettre en place la taxe carbone et qui, en fait, a été aussi l'élément déclencheur des 'gilets jaunes' et une taxe carbone qui, en plus, n'était pas reversée pour l'écologie mais qui était reversée pour traiter le déficit de l’État. On a estimé que ce n'était pas acceptable.»

«Il y a d'autres dossier sur lesquels on n'est pas d'accord. Par exemple, le dossier sur les pesticides et sur le glyphosate, le manque d'ambition sur les énergies renouvelables, la suppression des aides au maintien de l'agriculture biologique. On voit aujourd'hui que la politique écologique du gouvernement, elle est uniquement cosmétique. Elle n'est pas traduite par de vrais actes forts du gouvernement. (…) On voit que même Nicolas Hulot, sur lequel beaucoup d'écologistes étaient unanimes, a lâché l'affaire.»

«On a voté tous les budgets»


Localement, quel est le bilan spécifique de Cap 21 dans cette mandature ?

«En 2014, on avait fait des propositions programmatiques. C'était beaucoup tourné autour de l'agriculture de proximité, de l'alimentation. Il y a un certain nombre de dossiers qui ont été lancés, que ce soit sur la Ville et sur la Métropole, avec l'exemple du plateau de la Cras. On avait aussi émis un certain nombre de propositions sur l'urbanisme en demandant une densification et l'arrêt de l'étalement urbain. Aujourd'hui, on peut dire qu'on peut dire qu'on va dans ce sens-là. Il y avait aussi le souhait de continuer à augmenter la part de produits bio et locaux dans la restauration scolaire, le développement des énergies renouvelables et du mix énergétique sur la ville et sur le territoire métropolitain.»

«Aujourd'hui, le bilan, c'est que l'on a suivi la politique municipale et on a voté tous les budgets. J'ai poussé un dossier qui était le dossier agriculture périurbaine.»

«On parle d'urgence écologique mais il y a aussi l'urgence sociale»


Europe Écologie Les Verts revendique aussi ces axes dans son bilan, qu'est-ce qui différencie localement Cap 21 d'Europe Écologie Les Verts ?

«C'est des gens avec qui on a bien travaillé depuis 2008. Chacun apportait sa sensibilité. J'estimais, par exemple, qu'on ne pouvait pas passer du bio du jour au lendemain mais qu'il fallait accompagner les agriculteurs et leur donner du conseil. Eux auraient souhaité aller plus vite. À un moment donné, il fallait aussi des moyens. Aujourd'hui, on est aussi parti sur des question d'agroécologie et de haute valeur environnementale.»

«Sur d'autres sujets, il y a eu dès fois des fixations qui sont faites sur des micro-sujets et on en oubliait l'essentiel. J'ai salué le travail de Jean-Patrick Masson sur tout le réseau de chaleur urbaine. Ce sont des dossiers qui sont transformateurs pour l'écologie. Au niveau local, je n'ai pas de divergence forte avec EELV. Au niveau national, on va peut-être avoir des positionnements qui ne vont pas être les mêmes sur des questions économiques. Je ne nie pas qu’aujourd’hui il y a une économie qui est mondialisée, qu'il faut que l'on fasse avec.»

«Les enjeux de politique nationale, les volontés d'indépendance ou d'exister individuellement au détriment d'un rassemblement, ce n'est pas le plus intéressant.»

«Cap 21 c'est un mouvement citoyen. Du coup, on a une proximité avec un certain nombre d'associations avec lesquelles on travaille sur les propositions du nouveau programme municipal pour 2020-2026».

Quelles sont les relations avec le PS ?

«On n'estime pas que l'écologie appartient aux uns ou aux autres. Dans les relations de travail que j'ai, elles sont objectivement très bonnes avec les socialistes locaux. Ce n'est peut-être pas partout le cas.»

Avez-vous une réaction à propos de l'annonce concernant les Lentillères ?

«Je me réjouis évidemment de cette décision. Elle ne me surprend pas, on savait que le maire y réfléchissait depuis un certain temps. (…) Je pense qu'à un moment donné, il y a des responsabilités que l'on doit tous porter collectivement. On parle d'urgence écologique mais il y a aussi l'urgence sociale.»

«Quand on doit loger des gens, dignement, dans de bonnes conditions, il n'y a que les villes qui peuvent le faire aujourd'hui si on ne veut pas poursuivre l'étalement du territoire métropolitain. C'est des décisions politiques, à un moment donné il faut trancher. Ce n'est pas simple.»

«On accompagnera, s'il le faut, des propositions pour occuper légalement ce site qui est un beau site et qui était historiquement un site maraîcher.»

«Tout le monde doit faire sa part sur l'écologie»


Est-ce l'urgence sociale qui va faire la distinction entre Europe Écologie Les Verts et Cap 21 ?

«Je dis attention ! Personne ne peut le nier, on a l'urgence climatique. Si on ne fait rien du tout, on va droit dans le mur. Il y a aussi des questions d'urgence sociale et quand on doit construire des logements pour accueillir des habitants, on peut aussi construire des logements qui ne soient pas énergivores, des logements à faire impact sur les émissions de gaz à effet de serre. (…) On a aujourd'hui une demande importante de logements à loyer modéré. La Ville doit faire sa part sur l'écologie mais tout le monde doit faire sa part sur l'écologie et sur tous les territoires.»

«Il faut que l'on soit force de propositions. Dans les sujets du climat, il y a un enjeu qui va être majeur, c'est l'eau et l'eau potable. Il va falloir que les nouvelles constructions intègrent cet enjeu-là pour que l'on puisse stocker les eaux pour les réutiliser soit pour les sanitaires ou pour de l'arrosage. Je suis favorable à deux circuits. On utilise des litres et des libres d'eau potable pour les sanitaires, c'est assez dramatique.»

«Un principe de retravailler avec l'exécutif sortant»


Quel est le rôle d'un chef de file ?

«Durant l'été, on a regroupé un certain nombre de propositions thématiques et programmatiques pour les municipales. On a eu des contacts avec des associations. On a aussi des gens qui nous ont contactés spontanément. On l'a recensé, je l'ai fait valider au secrétaire général de Cap 21. Sur la base de ces propositions, ça va être la base de discussions avec les socialistes de Dijon pour construire ensemble un programme s'ils souhaitent bien sûr poursuivre avec nous le travail.»

«On part sur un principe de retravailler avec l'exécutif sortant et on a préparé 33 propositions écologistes et citoyennes. Ces propositions seront proposées au secrétaire de la section socialiste de Dijon, Antoine Hoareau, qui les présentera aux militants socialistes pour qu'elles puissent déjà faire partie du projet programmatique. (…) Au niveau national, il faudra que Cap 21 valide les partenariats que l'on proposera».

Est-ce que Cap 21 va être être la «caution écolo» du PS ?

«Depuis 2008, je suis élu dans cette majorité. Depuis 2008, j'ai voté tous les budgets. S'il y a des dossiers sur lesquels on pouvait avoir des sensibilités un peu différentes, on s'en est toujours expliqué en interne. Je pense que l'on peut repartir ensemble sur de bonnes bases. Peut-être nous affirmer plus. J'aimerais bien que l'on soit plus nombreux à Cap 21 sur cette liste aux municipales. Je ne peux pas porter tout tout seul.»

«Au niveau de l'écologie, on peut apporter beaucoup d'idées sur beaucoup de thèmes différents et pas que les parcs et les jardins. Ça peut être au niveau culturel, au niveau citoyen. On a même des propositions au niveau tranquillité publique et sécurité. La particularité à Cap 21, c'est que c'est écologique et citoyen.»

«Inciter les citoyens à changer progressivement»


Quel regard a Cap 21 sur les grèves de l'école et les marches climat ?

«On a, quand on pouvait, participé à ces marches et ces alertes que font la jeunesse. On est en totale phase avec eux. On sent l'inquiétude pour l'avenir. On a la responsabilité en tant que décideurs locaux de les entendre et de mettre en œuvre plus de moyens.»

Quel rapport avez-vous à la radicalité dans l'écologie ?

«Je pense qu'il faut qu'on arrive à changer de logiciel et de mode de fonctionnement dans le sens où pointer du doigt ou incriminer les uns ou les autres par leur comportement (…) ça peut avoir un contre-effet. Je suis assez favorable à tout ce qui est pédagogie, éducation populaire, mise en œuvre par la collectivité de pratiques vertueuses pour donner l'exemple et, par l'exemple, inciter les citoyens à changer progressivement.»

Cap 21 ne dénonce donc pas l'ultralibéralisme ?

«Il y a des dérives au libéralisme et au capitalisme mais on ne va pas en sortir d'un claquement de doigts. Là où je vois que l'écologie a un effet bénéfique c'est qu'on peut dire, par exemple, sans attaquer tout un système, qu'on va reproduire nous-mêmes nos énergies renouvelables localement, que l'on va relocaliser notre alimentation.»

«L'écologie, c'est l'affaire de tous»


Quels vont être les principaux axes de campagne ?

«Il y a un premier axe que l'on a établi en disant que l'écologie, c'est l'affaire de tous. (…) Ca passe aussi par les citoyens. Hier [vendredi 29 novembre 2019], on a eu 'black friday'. Personnellement, je trouve que ça a un impact environnemental, un impact social. En plus, il est prouvé que c'est pas remises donc ça n'a pas trop d'intérêt pour les consommateurs. Nous, on peut inciter les commerçants à changer mais il faut aussi que les consommateurs changent leurs modes d'achat et qu'on les aide à comprendre et qu'on les accompagne dans ces démarches-là.»

«Je pense à la végétalisation. C'est devenu le sujet d'un coup. Dijon est la quatrième ville verte de France par ses surfaces en parcs, jardins et espaces végétalisés. (…) Je ne vois quasiment pas de cours végétalisées. Il faut que l'on accompagne pour que chacun s'implique dans une végétalisation de son espace. (…) Un des enjeux sérieux sera aussi l'entretien de nos forêts urbaines. Une forêt mal entretenue consomme plus de carbone donc quid de la replantation de forêts en périphérie des villes et de l'entretien de nos forêts françaises ?»

«Le deuxième axe est orienté autour de l'urgence sociale. L'écologie doit accompagner les plus fragiles, réduire leur facture d'énergie, les aider à mieux s'alimenter. On doit être là aussi sur des questions de santé. Ça me permet de faire une parenthèse sur l'arrêté anti-glyphosate. Pourquoi le maire a décidé de faire un arrêté anti-glyphosate ? C'est qu'il s'est rendu compte qu'il y avait des entreprises privées qui continuaient de traiter au glyphosate. (…) Le maire a pris la décision de défendre la santé des habitants. On verra les suites administratives. Si, nous, on ne peut même pas décidé de protéger la santé des habitants, peut-être qu'il faudra qu'on trouve d'autres mécanismes pour le faire. Mon idée, c'est d'accompagner financièrement les agriculteurs vers des démarches plus vertueuses.»

«Le troisième point, c'est la participation citoyenne. On voit, en dix ans, l'évolution des commissions de quartier. On voit que beaucoup d'idées, maintenant, elles émergent des habitants. Il faut qu'on les accompagne. Il faut qu'on réfléchisse à faire évoluer le dispositif de démocratie participative. Je pense aussi qu'on a un vivier gigantesque autour d'associations qui sont à la manœuvre tous les jours, que ce soit sur l'écologie ou sur d'autres sujets : se réapproprier les espaces publics, refaire des vergers ou des jardins partagés. On a une dynamique autour de ça.»

Un grand projet autour des abeilles


Durant la campagne, Cap 21 dévoilera aussi des propositions autour de la culture, du commerce ou encore des transports. Le parti revendique un programme «transversal» au-delà des questions environnementales. Un «grand projet» devrait être annoncé autour des abeilles et des autres insectes pollinisateurs.

Côté agenda, c'est mi-décembre que les conditions d'un partenariat entre Cap 21 et le Parti Socialiste devraient être validées. Le délégué régional se dit «optimiste». Quand viendra le temps du choix de la tête de liste PS, à titre personnel, Benoît Bordat pense à une personne qu'il voit comme ayant «l'expérience, la solidité», quelqu'un de «rassembleur qui est aussi très écologistes» et qui a «une énergie très importante» et, cette personne «c'est François Rebsamen». Le chef de file de Cap 21 souhaite donc que le maire sortant soit candidat aux prochaines élections municipales.

Propos recueillis par Jean-Christophe Tardivon


Benoît Bordat, conseiller municipal à Dijon et délégué régional Cap 21


Corinne Lepage est présidente de Cap 21 (image d'archives)