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MUNICIPALES : Laurent Bourguignat débat du plan local d'urbanisme de Dijon métropole

03/11/2019 03:25Imprimer l’article
Une soirée débat de «Dijon ensemble»  menée par le chef de file de Libres! a pris des airs de réunion de campagne pour une sévère critique du PLUi-HD de Dijon métropole.
Un salon feutré de l'hôtel Mercure à Dijon accueille les sympathisants voulant critiquer le plan local d'urbanisme prochainement soumis au vote des conseillers par Dijon métropole ainsi que les curieux voulant entendre les experts annoncés ce mardi 29 octobre 2019 au soir.

Une centaine de personnes s'installent confortablement autour de l'équipe de Dijon ensemble et autour des orateurs. Laurent Bourguignat est chef de file de Libres ! – le parti politique de droite modérée fondé par Valérie Pécresse – pour préparer les élections municipales à Dijon (retrouver notre interview).



Pourtant, Laurent Bourguignat prévient d'emblée que ce n'est pas une réunion de campagne et que les orateurs ne sont pas des soutiens. Le président de Dijon ensemble préfère s'inscrire dans le cadre de l'opposition actuelle à la majorité de François Rebsamen à la Ville de Dijon à quelques jours du vote sur le PLUi-HD, l'avenir du plan local d'urbanisme. Cependant, la campagne à venir s'immiscera quand même dans le débat devant l'attente de l'assistance.

Le PLUi-HD sera voté le 9 décembre


Le PLUi-HD est la continuité de l'actuel plan local d'urbanisme voté en 2010, l'éco-PLU. Il est l'émanation des orientations politiques d'une majorité et des réglementations décidées par l’État lors du mandat de François Hollande avec la loi ALUR. Les PLU deviennent intercommunaux, donc à l'échelle de la métropole pour Dijon. Les Plan Local de l'Habitat et Plan de Déplacement Urbain sont ajoutés pour constituer le futur PLUi-HD.

La procédure aboutissant au PLUi-HD est complexe et longue. Délibération en 2015, concertation avec la population en mars 2018, projet décidé en décembre 2018, enquête publique arrêtée le 14 juin 2019. À noter que le PLUi-HD est déjà applicable depuis décembre 2018, les futurs projets devant déjà le respecter.

C'est un sujet technique qui va «dessiner la métropole de demain et d'après demain» selon Laurent Bourguignat. Avant les prochains votes du 25 novembre au conseil municipal de Dijon et du 9 décembre au conseil métropolitain, Dijon ensemble a voulu organiser «une réunion critique» qui soit «ouverte à d'autres points de vue».

«Des quartiers entiers qui sortent de terre»


Le président de Dijon ensemble veut faire passer l'emploi avant le logement : «ça n'a de sens de créer autant de nouveaux logements que s'il y a une dynamique économique au sein de la métropole qui fait qu'il y a vraiment beaucoup de nouveaux habitants». Une dynamique qu'il ne constate pas actuellement.

En revanche, il a constaté «les ravages de tous ces programmes qui pullulent dans les quartiers résidentiels» : stationnement, circulation, vis-à-vis, luminosité... Des «ravages» qui entraîneraient la «dépréciation des biens» immobiliers de petits propriétaires qui voient «le fruit d'une vie de travail perdre de la valeur».

En chœur avec l'assistance, Laurent Bourguignat s'étonne de «quartiers entiers qui sortent de terre» et d’égrainer Cité de la gastronomie, quai des Carrières-Blanches, Via Romana, Arsenal, Jardins des maraîchers... Ce dernier suscite particulièrement la réprobation du conseiller métropolitain : «on reproduit les erreurs du passé parce que c'est un quartier renfermé sur lui même». Pas de crèche, pas d'école, pas de tram, taux de logement social extrêmement élevé indique-t-il. «Celui-ci, on en entendra parler» augure-t-il en accord avec la plupart de l'auditoire.

Lors de l'enquête publique d'un mois au printemps 2019, l'association Dijon ensemble a déposé une contribution concernant principalement la hauteur des immeubles, le coefficient de biotope (le pourcentage consacré à la nature dans lequel les toits et façades végétalisés seraient inclus), les règles de stationnement (1 place par logement, 0,8 par logement social, 0,5 par logement social près d'un arrêt de tram), la part modale des voitures (qui serait diminuée de 53% aujourd'hui à 43% dans le PLUi-HD proposé). La contribution contenait aussi des focus sur des dossiers qui «choquent» l'équipe de Dijon ensemble dont le «scandaleux programme du cours du parc».

«Entrevoir une alternative»


Face à ces critiques, le président de Dijon ensemble revendique des propositions comme «marque de fabrique» afin d'«entrevoir une alternative» : «je soutiens que les jeunes couples souhaitent à un moment donné de leur vie habiter une maison avec un bout de terrain». Un terrain que les jeunes couples trouveraient dans la vallée de l'Ouche ou dans la plaine de Genlis provoquant ainsi des liaisons pendulaires. Autre proposition : «les cours d'école pourraient être systématiquement étudiées pour créer des îlots de fraîcheur».

Paraphrasant presque François Hollande, Laurent Bourguignat lance à un auditoire attentif : «l'ennemie, ce n'est pas la voiture, l'ennemie, c'est la pollution». Assumant la dimension prospectiviste de son propos, il ajoute : «demain, les voitures seront plus petites, connectés et propres (électriques ou plus sûrement à l'hydrogène). Dans 20 ans, les voitures vous déposeront au centre-ville et iront se garer toutes seules». Il songe aussi à la «création d'un réseau cyclable sûr : tout le contraire de la vélorue de l'avenue Jean-Jaurès» et souhaite s'engager «sur les constructions à basse consommation voire à énergie positive» prenant pour exemple la tour Elithis (lire notre article où la règlement RE2020 est évoquée).

La contribution de Dijon ensemble fut compilée avec d'autres pour aboutir à un rapport de 1.400 commentaires dont 80% seraient négatifs. Les conclusions de la commission d'enquête contiennent une séries de recommandations «qui reprennent très largement les positions défendues par Dijon ensemble» : plus de végétal, création prioritaire d'îlots de fraîcheur, revoir le calcul du coefficient de biotope, instituer un cahier de recommandation architecturale pour éviter de dénaturer les quartiers, s'appuyer sur les associations de quartier.

Face à cela, la métropole proposerait des «amendements à la marge» : part modale du vélo passant de 10 à 12% (amenant la part modale de la voiture à 38% dont Laurent Bourguignat ne «croit pas» à la faisabilité), suppression de la possibilité d'un attique au niveau des bâtiments, suppression de quelques programmes immobiliers envisagés. En résumé, Laurent Bourguignat indique avoir le souci «d'incarner une opposition qui soit équilibrée, qui soit force de proposition, l'objectif étant d'améliorer le quotidien des Dijonnais et d'anticiper les évolutions de la société, on prépare la ville pour les 50 années à venir».

La lutte contre l'étalement urbain


Premier des experts à s'exprimer, Maître Alexandre Ciaudo est avocat, spécialiste du droit de l’urbanisme, et restera sur des propos techniques. Il rappelle que l’État fixe des objectifs de plus en plus précis aux collectivités et laisse de moins en moins de manœuvre pour fixer les PLU. Les principes sont la lutte contre l'étalement urbain pour densifier le bâti et éviter de grignoter les terres agricoles, la mixité sociale dans l'habitat, la protection des milieux naturels et des paysages et la lutte contre le changement climatique. Ces objectifs se traduisent par un certain nombre de règles dans le PLUi. Il est lui-même contraint par d'autres documents d'urbanisme dont le Schéma de Cohérence Territoriale du Dijonnais.

L'avocat incite les futurs acheteurs d'un bien immobilier à «regarder qu'elles sont les potentialités d'urbanisme de votre terrain et des terrains voisins» avant de se décider. Si une modification du PLUi-HD apparaît faisable au juriste, sa durée prendrait «deux mandats». Une remarque qui vaudrait pour toutes les intercommunalités.

«Une forte demande d'appartements de petite surface»


Stéphane Colaïacovo est expert dans le domaine de l’habitat. Le promoteur immobilier a vite compris qu'il avait le rôle de représenter les «méchants bétonneurs». Il aura à cœur de défendre une profession plutôt que de s'engager sur le terrain politique. Concernant l'état du marché, il constate «une forte demande d'appartements de petite surface» du fait d'un «afflux de jeunes» et de «départs des familles».

Les promoteurs répondent à cette demande en réalisant des projets de résidences étudiantes dans le cadre des règles fixées qui posent des problèmes en ce qui concerne la place attribuée aux voitures. Les projets prévoient une place de stationnement pour trois chambres. Or, «dans la réalité, la quasi totalité des étudiants ont une voiture», ce qui entraînerait la saturation des rues alentour.

Critiquant implicitement ses concurrents, Stéphane Colaïacovo signale que «les habitants déjà en place sont demandeurs d'une charte avec les promoteurs» réalisant de nouvelles constructions. Il revendique une méthode de concertation qui aplanit les difficultés : «depuis vingt ans que je fais ce métier, je n'ai eu aucun recours des tiers parce que je vais voir les gens autour».

Les prix de vente à Dijon se situeraient dans la fourchette haute et «le marché dijonnais commence à peiner à absorber ce niveau de  prix». Les biens neufs sont vendus entre 3.500 et 4.000 euros/m². Pour le prix d'un T4 à Dijon, certains choisiraient d'opter pour «une petite maison» à Chevigny-Saint-Sauveur.

«Il faut une vraie révolution de l'urbanisme»


Après des propos très techniques, un orateur invite à prendre de la hauteur en bousculant l'assistance. Vincent Athias est architecte-urbaniste à Dijon. Il commence son propos par un rappel historique «les terres les plus fertiles se trouvent autour des métropoles» et ces terres sont à l'origine du développement des grandes villes.

Vincent Athias invite les personnes favorables aux pavillons à se remettre en cause : «vouloir plus de végétalisation au sol est contradictoire avec vouloir moins de hauteur». Il pointe aussi une contradiction des approches de construction : des méthodes «valables pour la lutte contre le réchauffement climatique mais pas valables contre les effets du réchauffement climatique».

Selon lui, dans l'avenir, «les territoires devront s'envisager en termes d'archipels plutôt qu'en métropoles toujours plus denses». Il incite les décideurs à étudier les villes du pourtour méditerranéen puisqu'elles ont à supporter des étés chauds et secs : «on n'a plus le choix, il faut lutter contre les effets du réchauffement climatique». Cela passerait par une autre approche de l'espace public pour accepter «des encorbellements à partir du bâti ancien» et de «moins densifier pour créer des patios».

Selon cet intervenant, «il faut une vraie révolution de l'urbanisme dans nos métropoles» pour «accepter un peu plus de vivre ensemble dans le même espace». Lui aussi donne son «conseil immo» du jour : «revendez rapidement les combles de bâtiments haussmanniens» car il devrait vite devenir insupportable de loger là. «Les combles sont des espaces tampons au bénéfice des habitants de l'immeuble». 40% des logements en France étant antérieurs à 1949, «le gisement d'économies est là, dans les copropriétés, dans des immeubles qu'on ne peut pas isoler par l'extérieur».

«On fera un nouveau PLUi-HD»


Alors que Laurent Bourguignat reprend la parole pour la conclusion, une tonalité de campagne apparaît de façon plus marquée. Lui qui parlait de «révision» jusqu'à présent lance carrément «on fera un nouveau PLUi-HD». Son principal objectif est de «revitaliser le centre-ville» pour «y faire habiter les gens» en menant un «travail de réhabilitation avec un outil, le bail à réhabilitation». Il se dit inquiet du devenir des logements de la Toison d'Or, «un quartier qui posera problème dans 10 ou 15 ans».

Plutôt que de s'en prendre aux «méchant aménageurs», il préfère fustiger la politique de la majorité actuelle à Dijon : «il y a une vraie idéologie qui soutient tout ça, du nivellement par le bas et de l'égalitarisme». Et, à ses yeux, «le meilleur moyen de changer de politique, c'est de changer d'équipe municipale».

Jean-Christophe Tardivon