jeudi 17 octobre 2019
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MUNICIPALES : Sylvain Comparot, une voix qui compte avec «Pour Dijon»

13/10/2019 03:15Imprimer l’article
Il a fondé une association il y a moins de deux ans, son nom revient à gauche comme à droite. À Infos-Dijon, Sylvain Comparot présente «Pour Dijon» qui va participer aux élections municipales en axant plus sur la méthode que sur les personnes.
Dans la petite musique des conciliabules autour des municipales, une voix va crescendo. Peu connu du grand public, certains ténors de la politique font pourtant appel à lui afin de se joindre à une coalition. Chorale harmonieuse ou chœur en sourdine derrière un soliste ?

Le député des Républicains Rémi Delatte a fait grincer quelques dents en évoquant le nom de Sylvain Comparot lors du lancement de campagne d'Emmanuel Bichot début septembre (lire notre article). Une fausse note ? Pour autant, la partition des municipales est encore à écrire. Afin que cela sonne plus clair, Infos-Dijon a invité Sylvain Comparot, président-fondateur de l'association «Pour Dijon», à s'exprimer.



La fin de l'histoire avec le PS


Son nom parle aux habitués du campus dijonnais de l'Université de Bourgogne où il travaille. Sylvain Comparot a 37 ans, il est en charge des relations avec les entreprises de l'Université de Bourgogne et occupe les fonctions de directeur de cabinet du président de l'université, Alain Bonnin. Sylvain Comparot explique à Infos-Dijon que l'idée d'une association citoyenne lui est venue après avoir mis un terme à son engagement politique à la fédération de Côte-d'Or du Parti Socialiste. Il concède avoir participé sans grand enthousiasme – mais loyalement – à la campagne de Benoît Hamon pour l'élection présidentielle de 2017.

Pour autant, au vu des déroulés des différentes campagnes, il a pris position pour Emmanuel Macron peu avant le premier tour. Ensuite, «j'ai fait mon job de militant de base» explique-t-il en évoquant son accompagnement des candidats PS aux législatives de juin 2017. «J'ai décidé d'aller jusqu'au congrès par respect vis-à-vis des militants qui m'ont fait confiance», le congrès national du PS d'avril 2018 s'entend. Sylvain Comparot quittera le Parti Socialiste à ce moment-là. Il n'aime pas en reparler : «c'est le passé, c'est derrière moi».

«Être responsable de ce qui va se passer dans les quinze prochaines années»


Cette rupture l'amène à réfléchir sur la nature de son engagement : «quand j'étais étudiant, j'étais engagé dans le milieu étudiant, dans tout ce qui était associations, corpos, indépendants mais pas vraiment les syndicats. (…) Je me suis jamais senti d'être dans un dogme soit tout à droite, soit que du gauche. Ce qui j'aimais bien dans ce milieu-là, c'est que t'étais d'abord là pour les étudiants».

Ce n'est plus un étudiant mais un homme actif qui cherche un engagement politique : «la génération qui a entre 25-50, c'est elle qui va être responsable de ce qui va se passer dans les quinze prochaines années sur le plan économique, sur le plan académique mais aussi sur le plan politique». «Ce n'est pas irrévérencieux de le dire mais le maire actuel [NDLR : François Rebsamen] ne fera pas les quinze prochaines années» lance-t-il dans une sentence que l'on sent bien rodée.

«Mon engagement profond est d'abord pour la ville»


Au sortir des séquences électorales de 2017, la petite musique des municipales était déjà présente dans le concert politique dijonnais : «on entend beaucoup parler des candidatures mais on parle peu de 'qu'est-ce qu'on pourrait faire pour cette ville ?' Nous, on aime d'abord cette ville. On est des amoureux de Dijon. J'y ai rencontré mon mari, j'y ai trouvé mon travail, j'y ai mes amis. On a envie d'apporter à cette ville. Mon engagement profond est d'abord pour la ville».

En août 2018, avec quarante fondateurs, Sylvain Comparot crée l'association à but politique «Pour Dijon», «indépendante de tout parti politique national», afin de travailler à «un projet pour le territoire à l'image des citoyens». Deux valeurs sont mises en avant : «des valeurs humanistes, républicaines, européennes» – donc «pas d'extrême» – et «la mixité des idées comme une force». Avec cette structure, Sylvain Comparot veut cultiver le goût du débat : «faire débat, c'est faire société. Si on veut du vivre ensemble, si on veut rassembler les Dijonnais et les Dijonnaises du territoire, d'abord apprenons à débattre». Un questionnement devant permettre d'arriver «à des propositions peut-être nouvelles ou des positions qui sont finalement mesurées et concertées».

Noms et professions des fondateurs, tout est affiché sur le site web de l'association : «Sans transparence, tu ne crées pas de confiance». L'orientation économique saute aux yeux quand on parcourt la liste des professions qui comporte un important contingent de dirigeants : sur 41 fondatrices et fondateurs, 14 sont chefs d'entreprise ou cadres supérieurs.

L'association revendique à présent 220 adhérents. «On a ramené des gens qui ne s'intéressait pas à la chose publique et des personnes qui ne sont pas forcément très âgées. (…) Il y a a toute une partie de la population qui est active et qui ne peut pas s'engager parce que ce n'est pas la politique qui s'adapte à elle, c'est les gens qui doivent s'adapter au fait politique».

Une plateforme numérique de participation citoyenne


Jusqu'en mars 2019, l'association a conduit des ateliers-débats. Puis, le nombre de personnes impliquées grandissant, une plateforme collaborative a été utilisée afin de pouvoir toucher tout le monde en étant accessible à tout moment. C'est un dérivé de Decidim, l'outil utilisé à Barcelone pour gérer le fonctionnement collaboratif de la municipalité avec ses citoyens. D'après le manuel d'administration, «Decidim est un projet technopolitique. Une plateforme numérique de participation citoyenne pour une ville démocratique, construite de manière ouverte et collaborative à l’aide de logiciels libres». Pour le dire vite, c'est un équivalent participatif du logiciel Wordpress bien connu des blogueurs sur Internet. Une dizaine d'institutions l'utilisent en Europe (dont des villes comme Nanterre ou Nancy).

L'association Pour Dijon compte s'appuyer sur les idées et commentaires déposés sur cette plateforme. Sylvain Comparot souhaite «expliquer aux gens comment on va partir de leurs idées pour arriver à un projet». Une approche qui a une limite forte : «Pour Dijon n'a pas vocation à s'occuper de la politique nationale». Le président-fondateur ne se reconnaît plus dans un clivage droite/gauche mais trouve plutôt de nouveaux repères dans les votes oui/non du référendum sur le traité de Maastricht en 2005 ou face au clivage progressistes/souverainistes.

Concrètement, tout se veut transparent sur la plateforme : «tout le monde peut voir toutes les idées qui sont déposées sur la plateforme». Il faut néanmoins s'inscrire pour écrire quelque chose, une proposition ou un commentaire. S'inscrire ne veut pas dire adhérer. Il y a un bulletin d'adhésion avec une cotisation à zéro euro pour «ne pas mettre un frein» à l'engagement. «Si on a des idées [de la plateforme] qui sont reprises par d'autres, ça veut donc bien dire que l'association a atteint son but : faire bouger les choses». Bientôt, les adhérents se prononceront sur les propositions par votation.

«Pour Dijon a vocation à participer aux municipales»


L'objectif affiché est de peser sur les municipales, néanmoins «l'association n'a pas vocation à présenter sa liste aux municipales. La question de la participation aux municipales sera posée aux adhérents». «Les municipales sont un moment où les gens doivent faire des choix. Ce qui nous intéresse, c'est le Dijon des quinze prochaines années. Oui, on a vocation à participer aux municipales. Sous quelle forme ?» Concernant cette forme, plusieurs options se présentent : faire signer à des listes une charte reprenant les idées de l'association, présenter des candidats au sein d'une coalition ou présenter une liste autonome.

Sylvain Comparot étudie donc la faisabilité «d'une coalition de projets avec tous ceux qui voudraient nous tendre la main». Il le reconnaît, l'UDI, En Marche et d'autres ont tendu la main. Il dialogue avec. En revanche, «la majorité en place n'a pas tendu de main». «On est contre personne, on travaille avec ceux qui veulent travailler» pour «faire en sorte d'offrir un projet pour Dijon qui soit à l'image de ses habitants». Sylvain Comparot considère que les partis politiques historiques «sont composés d'hommes et de femmes qui ont un engagement sincère. Les personnes qui s'engagent pour les autres dans le milieu politique, ce sont des gens qui, d'abord, servent leurs concitoyens, il faut avoir du respect par rapport à ça».

Cependant, l'inscription formelle dans le processus électoral n'est pas complètement écartée : «si une coalition de projets n'émerge pas, les adhérents auront peut-être à se prononcer sur la mise en place ou non d'une liste». Parmi les critères que l'association a fixé et a rendu publics, il y a celui d'une relative indépendance des partis politiques nationaux. Pour cela, en cas de coalition, Pour Dijon demande à ce que la tête de liste soit issue de la société civile. Cela tendrait donc à écarter les personnes déjà déclarées en tant que tête de liste et à limiter les possibilités.

Améliorations et disruptions


Au regard  de ce qui se trouve sur la plateforme, «il y a des propositions qui sont dans la continuité de ce qui a été fait. De toute façon, on hérite d'une ville. Il y a une des propositions que l'on a présentées le mois dernier qui est dans l'amélioration des commissions de quartier, les faire fonctionner autrement pour les rendre plus efficaces». D'autres propositions se veulent plus en rupture avec les annonces de la majorité et des oppositions de la mandature actuelle : «la végétalisation du centre-ville, tout le monde en parle. Ce qui est intéressant, c'est de voir comment. Il y a une proposition qui est assez concrète. Il y a à la fois faire travailler la recherche (savoir quel type de plantations mettre, il faut faire confiance aux experts) et ensuite faire travailler un cabinet d'architecture sur quel type de propositions sont possibles pour qu'on puisse le faire» (retrouver les premières propositions publiées publiquement en septembre et en octobre).

La votation citoyenne, ou referendum d'initiative locale, est aussi envisagée : «est-ce qu'il y a des sujets où il appartient plus aux citoyens de trancher qu'aux élus ?» Sylvain Comparot prend l'exemple de la semaine des quatre jours ou des quatre jours et demi à l'école : «on parle d'abord du temps des enfants, de quelque chose qui concerne la famille». Il reviendrait donc à la collectivité de présenter les conséquences de chacune des options et aux citoyens de trancher. Pour l'instant, une votation a lieu chaque mois avec 35% de participation des adhérents. Chaque votation entraînerait une augmentation sensible du trafic sur la plate forme.

«L'association ne vit que de dons» rappelle son président. La principale dépense concerne l'équipement de base des militants : pulls, kakemonos, tracts... Les militants vont les samedis sur les marchés pour tracter, les lundis soirs pour distribuer les documents de communication dans les boîtes aux lettres, une série vidéo est complétée un mercredi sur deux... Sylvain Comparot se refuse à évoquer un «agenda de campagne», ce temps-là ne serait pas encore venu. Il reconnaît que sont prévues des réunions régulières dans les quartiers notamment pour les personnes qui n'ont pas accès à l'informatique et que, dans quelques semaines, commencerait des actions de porte à porte. Un tempo rythmé qui sonne comme l'orchestration d'une campagne.

Jean-Christophe Tardivon


Sylvain Comparot, président-fondateur de l'association politique Pour Dijon


Le 7 octobre 2019, des membres de Pour Dijon se retrouvent pour tracter dans le quartiers des Allées du Parc


Le même tract sert depuis août 2018


Sylvain Comparot a déjà une grande expérience des actions de militantisme