dimanche 17 novembre 2019
Experts du quotidien, les membres de l'association Envie d'aller plus loin avec mon handicap étudient l'accessibilité des événements ou des moyens de déplacement à Dijon. Après deux années de déboires, ils espèrent que les prochaines animations des Féeries de Noël seront réellement inclusives.
Questions à...
Depuis mars 2018, Sophie Harent occupe la direction du musée Magnin. À l'occasion d'un nouvel accrochage, elle explique pour Infos-Dijon comment elle donne un nouveau souffle à ce musée national.
> Dijon > Dijon

RENCONTRES CINÉMATOGRAPHIQUES DE DIJON : Des débats «brûlants» autour de la réforme de l'audiovisuel public

07/11/2019 19:03Imprimer l’article
Ce jeudi au Grand Théâtre de Dijon, une journée de discussions autour du projet gouvernemental de réforme de France Télévisions notamment avec les interventions très attendues de sa présidente Delphine Ernotte Cunci, du président du CSA Roch-Olivier Maistre et de la députée LREM Aurore Bergé.
Le président de la société civile de Auteurs Réalisateurs Producteurs Pierre Jolivet avait prévu des débats «avec beaucoup d'enjeux». Les coprésidents de ces 14ème Rencontres, Jeanne Herry et Cédric Klapisch, envisageaient même que cela allait être «brûlant» (lire notre article sur le lancement des RCD). Ce jeudi 7 novembre 2019 au Grand Théâtre de Dijon, la totalité de la journée était consacrée aux discussions concernant la réforme de l'audiovisuel public prévue par le gouvernement.



La journée commença par le discours de Christine Martin (adjointe au maire de Dijon en charge de la culture) pour qui «tout ne peut pas se marchander ou servir de support à des fins loin d'être culturelles». L'élue socialiste se mit à la place des spectateurs : «nous souhaitons la pluralité des expressions», «nous ne nous résolvons pas à une standardisation des émotions».  Elle a remercié les cinéastes «pour ces films qui, parfois, ont changé notre vie».

«Pérenniser l'exception culturelle française»


Le président de l'ARP appela ensuite des réalisateurs au «cinéma très engagé, très populaire, très exigeant» à venir s'exprimer, les coprésidents de cette édition. Jeanne Herry rappela la chance qu'ont les spectateurs français d'avoir accès «à tous les cinémas du monde». À ses yeux, il faut se battre pour «pérenniser cette exception culturelle française en l'adaptant au contexte actuel» et en maintenant «l'équilibre de rentabilité économique et de vitalité créative».

Pour sa part, Cédric Klapisch souligna la complexité grandissante des relations industrielles : «avant il fallait juste réguler le rapport du cinéma et de la télévision, maintenant il faut aussi gérer le rapport du cinéma, de la télévision et d'Internet». Pourtant, «quand on est créateur, on veut réaliser des films, c'est à dire rendre réel des rêves», ce qui revient à dire «que notre métier consiste souvent à vendre du vent et à essayer de prouver à des industriels que ce vent peut faire tourner des moulins».

L'étudiant en cinéma des années 1980 se souvient des noms de la génération précédente, la Nouvelle Vague, et les noms qui émergeaient alors (Luc Besson, Jean-Jacques Beineix et Leos Carax). Il se souvient aussi de «l'élan politique donné au monde de la culture» par le président de la République François Mitterrand et son ministre de la Culture Jack Lang : création de Canal + en 1984 et création de la Sept en 1986, qui deviendra Arte en 1991, accompagnées d'obligations pour équilibrer le rapport entre les chaînes de télévision et le cinéma. Aujourd'hui, il y a de nombreux jeunes créateurs français.

Il se souvient aussi de l'Italie. Il se souvient de Fellini, Antonioni, Pasolini... Puis, avec l'ère Berlusconi, «quand on laisse faire le marché, il ne se passe rien». Et de chercher les noms des jeunes créateurs italiens aujourd'hui. Un manque culturel accompagné de pertes d'emploi à Cinecittà en particulier. Il a donc appelé à de «nouvelles règles pour relancer la création».

D'après Cédric Klapisch, «il y a eu plusieurs annonces au gouvernement qui me font plutôt flipper : quand il parle de culture, il parle à chaque fois de rentabilité». Or, «faire des économies quand on parle de la culture, c'est juste faire l'économie de la culture». Il insista : «j'espère que la loi audiovisuelle n'est là juste pour faire des économies».

De nouvelles alliances mutuellement positives


Le premier débat abordait les missions et les financements de l'audiovisuel public, il fut  animé par les cinéastes Audrey Diwan et Radu Mihailenu. Ont participé Delphine Ernotte Cunci (présidente de France Télévisions), Régine Hatchondo (vice-présidente d'Arte GEIE et directrice générale d'ARTE France), Marie Masmonteil (productrice pour Elzevir Films et vice-présidente longs métrages du SPI), John McVay (directeur exécutif de l'association britannique des producteurs cinéma et audiovisuel indépendants britanniques (Pact UK) et Bruno Studer (député LRM du Bas-Rhin, président de la Commission des Affaires Culturelles et de l’Éducation de l’Assemblée nationale).

Du point de vue des membres de l'ARP, le contexte est à une tendance vers la désinformation, l'uniformisation culturelle et l'isolement social. Face à cela, le rôle du service public de l'audiovisuel leur apparaît essentiel. Le gouvernement prévoit la création d'une holding «France Médias» chapeautant France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l'Institut National de l'Audiovisuel. La gouvernance de cette holding pose question aux professionnels du cinéma.

Concernant le financement, la bataille capitalistique que se livrent les nouveaux entrants sur le marché des contenus – comme la fameuse plateforme de contenus à la demande Netflix – interroge sur les moyens dont sera dotée la future société. Les professionnels du cinéma souhaitent pouvoir être entendus pour inventer de nouvelles alliances mutuellement positives aux producteurs de films, de documentaires ou de séries et aux diffuseurs.

Un équilibre entre art et industrie


Rien que le titre du second débat montrait le pessimisme des personnalités réunies à Dijon ce jeudi. Avec la loi audiovisuelle, «la France, toujours pays de la culture ?». C'est bien l'exception culturelle française qui semble menacée et que les professionnels du cinéma entendent défendre.

Une table-ronde qui fut animée par les cinéastes Pierre Jolivet et Cédric Klapisch. Ont participé Aurore Bergé (députée LRM des Yvelines, co-présidente du groupe d’études Cinéma et production audiovisuelle, auteure du rapport «Une nouvelle régulation de la communication audiovisuelle à l’ère numérique»), Frédéric Brillion (producteur pour Epithète Films et président de l'Union des Producteurs de Cinéma), Pierre-Antoine Capton (co-fondateur et président du directoire de Mediawan), Marie-Laure Daridan (directrice des relations institutionnelles de Netflix France) et David Kessler (directeur d'Orange Content) ainsi que Roch-Olivier Maistre, président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel).

Les cinéastes de l'ARP défendent un modèle ayant trouvé son équilibre entre art et industrie, un modèle qui semble remis en cause par le développement de l'économie numérique. Ils craignent que la France ne face pas le poids financièrement entre les États-Unis et la Chine si l'excellence du secteur français était abandonnée. Ils aspirent à ce que la loi audiovisuelle traduise les principes fondamentaux du modèle français.

Est bousculée la fameuse «chronologie des médias» en débat depuis plusieurs années aux Rencontre. C'est un des piliers de l'économie du secteur avec ses échelles de temps pour les sorties  sur support matériel (DVD), en vidéo à la demande (SVOD) avec paiement à l'acte, sur les chaînes cryptées (Canal +), sur les chaînes gratuites et en SVOD par abonnement. Le raz-de-marée Netflix pourrait entraîner une révision de cette chronologie à moins que la loi audiovisuelle ne retienne le principe de fenêtres d'exclusivité.

Les cinéastes se sont aussi penchés sur le fléau du piratage, les règles pour le financement de la création cinématographique, les obligations différenciées entre cinéma et audiovisuel ou encore les systèmes de régulation pour des opérateurs non établis en France.

Jean-Christophe Tardivon

Retrouver l'interview du ministre de la Culture pour défendre la loi audiovisuelle