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RENCONTRES CINÉMATOGRAPHIQUES DE DIJON : Le ministre de la Culture défend sa loi audiovisuelle devant les cinéastes

08/11/2019 03:37Imprimer l’article
Après un agenda quelque peu bousculé, Franck Riester a pu prononcer son discours en soirée ce jeudi pour souligner les mérites d'une «grande loi» ayant trait à l'audiovisuel public mais aussi au financement du cinéma selon le «modèle français».
Le maire PS de Dijon François Rebsamen s'est dit ravi d'accueillir Franck Riester. Des ministres de la Culture, «il y en a eu beaucoup, beaucoup ne sont pas venus». Depuis que ces Rencontres de l'ARP ce sont déplacées de Beaune à Dijon en 2006, huit ministres se sont succédé rue de Valois. Pourtant, l'agenda de Franck Riester a été particulièrement chargé. De retour de Chine où il accompagnait le président de la République, il a marqué de sa présence les funérailles de la chanteuse Marie Laforêt décédée le 2 novembre dernier.



Initialement prévu à 17 heures, ce jeudi 7 novembre 2019, en clôture de la journée de débats consacrée à la réforme de l'audiovisuel public, le discours du ministre a finalement pu être prononcé à 21 heures lors du dîner des professionnels du cinéma et de la télévision se tenant dans le Palais des ducs de Bourgogne.

«Refonder l'exception culturelle pour le cinéma à l'ère numérique»


En premier lieu, Franck Riester a tenu à réagir à l' «affaire Adèle Haenel» (lire notre article). Ensuite, il a pu défendre le projet de loi relatif à la communication audiovisuelle et à la souveraineté culturelle à l'ère numérique. La dernière loi remonte à 1986, durant le premier mandat de François Mitterrand. Le projet de loi est actuellement en cours d'examen au Conseil d’État, au Conseil Supérieur de l'Audiovisuel et auprès d'autres autorités saisies pour avis. Il sera présenté en conseil des ministres début décembre et sera défendu devant le Parlement en février 2020.

«C'est une grande loi qui va voir le jour» a-t-il lancé alors que planent les souvenirs de François Mitterrand et de Jack Lang sur la loi audiovisuelle de 1986. Elle sera l'occasion «de refonder l'exception culturelle pour le cinéma à l'ère numérique», «d'affirmer dans notre système vertueux le financement de la création de certains acteurs qui en sont pour l'instant exclus». L'évolution du secteur ne se fera pas «contre les plateformes mais avec» selon le ministre qui aspire à insérer ces plateformes «dans notre modèle français». Il voit ces plateformes de vidéo à la demande comme de futurs partenaires contribuant au financement.

La loi devrait poser des règles «plus justes» pour garantir le droit des auteurs qui seront «au cœur» du nouveau modèle puisque la place importante de l'auteur «est une part de l'identité du cinéma français». Le ministre a signalé que seuls 4% du budget d'un film français est consacré à son écriture. Le Centre National du Cinéma aura à se pencher sur les conditions de travail des auteurs lors de réflexions menées en 2020.

«Conforter le système français du financement de la création»


L'indépendance des producteurs devrait aussi être garantie dans «ce nouveau modèle» surtout «dans un monde numérisé ou un petit nombre de diffuseurs ont acquis une puissance économique considérable et une influence auprès du public sans précédent». Le couple auteur-producteur étant vu comme «le noyau du film». Le projet de loi prévoit de flécher «une partie substantielle des obligations d'investissement des diffuseurs vers la production indépendante». Et, «pour la première fois», l'importance du préfinancement sera inscrit dans la loi.

Du côté des obligations des diffuseurs, la loi veut «conforter le système français du financement de la création». Pour rassurer les cinéastes, Franck Riester s'est adressé à Delphine Ernotte-Cunci, présidente de France Télévisions, pour signaler que «l'audiovisuel public est essentiel au financement du cinéma et il le restera». Le ministre a défendu «une vision globale» qui ne soit segmentée entre télévision ou radio, entre diffusion internationale ou territoriale. La loi devrait garantir «l'indépendance éditoriale».

La contribution affectée à l'audiovisuel public sera maintenue malgré la suppression après 2022 de la taxe d'habitation à laquelle est adossée la redevance télévision. Plusieurs scénarios sur la forme «alternative» de ce financement sont en cours de réflexion.

La fin des «jours interdits» ?


Tout cela était connu des cinéastes qui restent vigilants. En revanche, un point à entraîner quelques crispations, celui des «jours interdits». Pour éviter de détourner les spectateurs des projections en salle lors de jours considérés comme particulièrement favorable, des «jours interdits» de diffusion télévisées de longs métrages ont été instaurés : mercredi soir, vendredi soir, samedi et dimanche jusqu'à 20h30 (avec un régime plus avantageux pour Canal +). Avec le développement d'Internet, le débat sur la levée de cette interdiction dure depuis près de dix ans. En 2018, le CSA s'est clairement positionné en faveur de la fin de cette interdiction.

Franck Riester proposera prochainement des décrets aménageant ces «jours interdits», il invitera aussi à «une expérimentation d'ouverture de la publicité pour le cinéma à la télévision». Le ministre repend l'ancien argument de «l'accès au plus grand nombre» afin de «faire découvrir [le cinéma]» à l'heure où les séries se développent fortement dans les cases horaires interdites aux films.

Conséquemment, les exploitants de salles ne sont pas oubliés : «la salle de cinéma tient un rôle irremplaçable» car «la salle porte une expérience incomparable» et «c'est aussi de cette étape que l’œuvre tire encore le plus souvent sa force pour une vie sur d'autres modes d'exploitation». La loi garantira donc des engagements de programmation homologués par le CNC. Le ministre a tenu à souligner l'effet d'un accord de mai 2016 ayant entraîné une «chute» de la déprogrammation des films à l'issue d'une seule semaine de projection.

Parallèlement à cela, Franck Riester a demandé à l'interprofession d'étudier «une évolution soutenable» de la fameuse «chronologie des médias». En conclusion de ces travaux nombreux, le ministre a rappelé son «ambition pour toute la filière».

Jean-Christophe Tardivon

Retrouver notre article sur les débats autour de la loi audiovisuelle

Retrouver la déclaration des cinéastes de l'ARP à l'issue de ces Rencontres