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ZENITH : Le «Jésus» politiquement correct de Pascal Obispo

11/03/2018 04:21Imprimer l’article
La fresque musicale «Jésus, de Nazareth à Jérusalem» a rassemblé 5.000 spectateurs au Zénith de Dijon ce samedi. Christophe Barratier et Pascal Obispo nous livrent un Jésus sans aspérité où la seule polémique semble être l'amour porté par Marie-Madeleine. Découvrez les photos des deux parties du spectacle.
Jésus en comédie musicale ? Ou plutôt en drame musical. Après tout, il y a bien la Bible en bande-dessinée ! La figure chrétienne inspire encore et toujours les artistes contemporains. Avec «Jésus, de Nazareth à Jérusalem», produite par Olympia Productions et Arachnée Productions, Christophe Barratier et Pascal Obispo se confrontent à leurs prédécesseurs.

Pour rester dans le cinéma français,  Jean Delannoy avait raconté la vie de Jésus du point de vue de sa mère («Marie de Nazareth» en 2008). Côté scène française, il faut remonter à 1983 pour trouver un Jésus sur les planches avec le spectacle de Robert Hossein et d'Alain Decaux («Un homme nommé Jésus», adaptant l'évangile de Luc). Chaque époque ayant son Jésus, le cinéaste Christophe Barratier, à la mise en scène et au livret, et le chanteur Pascal Obispo, à la musique, ont conçu cette «fresque musicale», comme ils en revendiquent l'appellation, en tournée depuis octobre 2017 et pour deux représentations au Zénith de Dijon ce samedi 10 mars 2018.

Entre rock et bande-originale de péplum


Après «Les dix commandements», après «Adam et Ève : la seconde chance», les deux auteurs ont souhaité éviter l'écueil d'une comédie musicale festive : «une fresque musicale nous emmène dans une ambiance plus sobre» comme l'a confié Pascal Obispo à Infos-Dijon. L'auteur-compositeur a incorporé à la touche rock de son univers musical des instruments traditionnels et des sonorités du Moyen-Orient. Le metteur en scène, lui, a puisé son inspiration dans quelques péplums hollywoodiens. Quand résonne le tonnerre introductif, on pense évidemment aux «Dix commandements» de Cecil B. De Mille, le film de 1956. La musique prend d'ailleurs des allures de bande-originale de film. Les textes sont, eux, les fruits de trois auteurs : Victor Sabot, Didier Golemanas et Pierre-Yves Lebert.

Retrouvez l'interview de Pascal Obispo.

Une lecture politiquement correcte


On suit le périple de Jésus dans ses trois dernières années, du baptême par Jean le Baptiste jusqu'à la crucifixion par les Romains. Si le début est un rien grandiloquent, le ton se fait plus posé au fur et à mesure de l'histoire. L'ambiance est effectivement sobre, mais sans être austère, pour un public attentif. Près de 3.000 spectateurs étaient présents ce samedi après-midi au Zénith de Dijon et plus de 2.000 avaient acheté leur billet pour la séance du soir. Pas de nuée de smartphones filmant tout le concert mais des applaudissements parfois timides, un public relativement âgé, tout en retenue.

Sans surprise, ce Jésus de Barratier-Obispo est politiquement correct : la trame historique qui sert d'arrière plan au personnage de Jésus est respectée, la balance de chaque décision politique est soulignée, personne n'est stigmatisé, la place des femmes est valorisée (mention spéciale pour Crys Nammour qui campe une Marie de Magdala expressive). C'est un des rares risques pris par les auteurs en lorgnant cette fois du côté du «Da Vinci Code», le roman de Dan Brown publié en 2003 : toute de rouge vêtue Marie de Magdala, ou Marie-Madeleine, est amoureuse de Jésus et le fait savoir.

Les aspérités sont globalement lissées. Le gouverneur romain Ponce Pilate (joué par Solal) est blanchi, la lâcheté de Judas (Clément Verzi) est soulignée plutôt que sa traîtrise, le chef des Juifs Nicodème (François Roy) s'interpose en contre-pouvoir et seul Caïphe, grand prêtre du Temple de Jérusalem, est – quand même – rendu responsable du sort définitif de Jésus. Au point que, lors des saluts, le public limitera ses applaudissements pour le puissant Jeff Broussoux (Caïphe) et les lâchera pour Mike Massy (qui campe très sobrement Jésus) et Anne Sila (alias Marie) dont le solo «Adieu» a été ovationné.

Les tableaux s'alternent avec une certaine emphase, lentement mais sans perte de rythme. Parties chantées et parlées se succèdent tandis que la mise en scène fait la part belle au mapping pour figurer les lieux dans des projections sur d'impressionnants remparts. Jusqu'à une vingtaine de comédiens et de danseurs occupent la grande scène du Zénith pour apporter des moments de respiration dans cette histoire tragique. Une belle poésie visuelle se niche dans certains tableaux comme l'animation des statues romaines ou la danse des ombres crochues. Quel dommage que la résurrection de Lazare ne soit pas, elle aussi, touchée par cette poésie !

Porter la bonne nouvelle


Cette fresque musicale se veut résolument familiale. La cruauté de l'occupation romaine en Judée est édulcorée, la violence résultant de la Passion du Christ est mise à distance par une utilisation judicieuse du mapping. Et nous ne dirons rien sur la crucifixion pour ne pas trop en dévoiler. Il reste un voyage, de Nazareth et les premiers fidèles jusqu'à Jérusalem et le pouvoir à affronter. Un voyage et un message. La dimension symbolique du «Jésus» de Christophe Barratier et de Pascal Obispo s'éclaire quand ce dernier nous dit qu'aujourd'hui, «Jésus serait dans une association et il filerait un coup de main sans compter». Proche des gens et accessible comme le rêvent certains qui recherchent un exemple dans le concret de la vie de Jésus de Nazareth ou qui voient dans le retour aux origines du christianisme une façon d'aborder le monde post-moderne.

Si ce «Jésus, de Nazareth à Jérusalem» peut faire œuvre de culture générale en permettant à tout un chacun de réviser son histoire du fait religieux, l’œuvre était néanmoins attendue au tournant par les croyants. Dans l'ensemble, il semble bien que le public du Zénith ait été séduit, à voir cette dame voulant toucher Jésus/Mike Massy, à voir les spectateurs – et surtout les spectatrices – se lever pour applaudir le final portant la bonne parole, oups, «la bonne nouvelle», titre phare de cette fresque musicale.

Jean-Christophe Tardivon