mardi 15 octobre 2019
Le mosaïste a ajouté Dijon à la longue liste des villes du monde qui hébergent ses oeuvres. Il en a fixé six sur des façades du centre-ville.
Découvrez notre carte Google pour retrouver les six oeuvres.
Questions à...
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Christine Martin : «C’est le regard des gens que j’attends avec impatience»

15/05/2019 03:04Imprimer l’article
L'adjointe à la culture sera aux premières loges vendredi pour l'inauguration et la réouverture du Musée des Beaux Arts de Dijon. Un moment qu'elle attend avec «fébrilité, impatience et curiosité».
C'est l'événement de l'année à Dijon : le musée des Beaux Arts, après 15 ans de travaux et quelque 60 millions d'euros de rénovation, va rouvrir ses portes vendredi. Avant que François Rebsamen ne coupe le ruban, son adjointe à la culture, Christine Martin, nous parle avec passion et impatience de ce qui attend les Dijonnais.

Comment vous sentez-vous à l’approche de l’inauguration tant attendue du Musée des Beaux Arts ?


Fébrile, impatiente, curieuse… Et la curiosité qui domine, c’est le fait de voir le regard de toutes celles et ceux qui vont enfin découvrir la globalité du musée, non seulement le patrimoine architectural du Palais des Ducs et des États de Bourgogne, mais aussi les collections et oeuvres comme elles n’ont jamais été vues. Nous avons restauré 1000 oeuvres sur les 1500 qui vont être présentées. Ce n’était pas toujours en profondeur, parfois que des dépoussiérages, mais 1000 oeuvres sont passées entre les mains des restaurateurs et restauratrices. Ça veut dire que le musée a complètement changé et les oeuvres sont presque nouvelles aussi.


On a un ensemble qui est d’une cohérence la plus parfaite possible : on a fait le choix de la chronologie pour présenter les oeuvres. Il y aura des outils de médiation complètement nouveaux, et de nouveaux parcours ont été créés, au fil de 50 salles d’exposition… un palais comme vous ne l’avez jamais vu. Je commence à connaître le musée et ses oeuvres, à les avoir vus petit à petit, chaque fois que j’y vais, je découvre des choses nouvelles, mais maintenant, c’est le regard des gens que j’attends avec impatience. Ça rendra mon émerveillement encore plus fort.

Le musée sera-t-il plus accessible aux personnes à mobilité réduite ?


Oui, le musée sera accessible à toutes les personnes à mobilité réduite. C’est un plus indéniable. On va pouvoir parcourir sans encombre les étages du musée des Beaux-Arts grâce aux ascenseurs. Ça a l’air simple, mais l’accessibilité était un enjeu majeur.

Si vous deviez citer une chose nouvelle qui va sauter aux yeux de ceux qui ne sont pas venus depuis longtemps ?


La nouvelle entrée principale, qui se situe place de la Sainte-Chapelle. C’était un parking encore en 2016, ça devient une vraie place, et le signe d’entrée dans le nouveau musée. C’est aussi le retour d’une entrée que les plus anciens Dijonnais connaissent. Aujourd’hui, il y a ces grilles monumentales qui s’ouvrent sur cette place, puis les premiers pas à l’intérieur du musée se font par une nouvelle entrée, avec une nouvelle boutique, un nouvel accueil plus spacieux.
Ensuite, on découvre la salle des statues avec ce plafond Prudhon, absolument magnifique, qui a été rénové pendant un an. Ceux qui connaissaient le musée après la première rénovation de la partie Moyen-Âge-Renaissance vont retrouver les retables de la Chartreuse de Champmol dans la galerie de Bellegarde, et non plus dans la petite salle avant de rentrer dans la salle des tombeaux. Vous allez aussi retrouver les oeuvres de Pompon dans des espaces totalement repensés. Vous allez redécouvrir Pompon d'une façon extraordinaire. Les espaces de la donation Granville sont eux-aussi totalement transformés.
Et puis, et c'est peut-être la chose la plus importante, vous allez de nouveau découvrir de nouveaux panoramas de la ville à travers le musée. Bien-sûr il y a le patrimoine et les oeuvres qui ont été rénovés, mais aussi une perception de la ville nouvelle à travers des fenêtres désormais ouvertes.

On dit que c'est la deuxième collection après le Louvre, vous confirmez ?


Il y a 130.000 oeuvres au musée et c'est à peine 1/100e des collections qui sont exposées. C’est une collection extrêmement importante. On compare souvent le musée des Beaux Arts de Dijon au musée du Louvre, notamment parce que c’est un des rares musées à être dans un palais, et c'est l'un des premiers musées ouverts en France. Avant l'ouverture du musée le 30 novembre 1787, il y a d’abord eu l'ouverture d'une école de dessin, par Devosge en 1766, dans ce qui est aujourd’hui le musée. Ensuite, il y a eu des adjonctions au fil du temps.
Pour ce qui est des oeuvrs, il y aura une rotation régulière et on pourra présenter des oeuvres qui ne l’ont jamais été… Mais tout n’a pas la même valeur et ne raconte pas la même histoire.

Quelle est votre œuvre préférée ?


La Japonaise au bain de James Tissot. Je l’ai découverte quand j’avais une vingtaine d’années, et dès la première fois, j’en suis tombée amoureuse. Pas parce que je savais à quelle époque de peinture elle appartient, mais par le sujet traité : le portrait de cette femme, etc. J’aime son étoffe, son regard. Elle ose. On ne sait pas si elle est dans l’attente, etc. On peut imaginer toute une histoire autour. D’autres oeuvres sont extrêmement importantes, les pleurants sont magiques, les retables de Champmol aussi, mais moi, c’est celle ci. Ça fait plus de 30 ans qu’elle me raconte des histoire.

Quelle sont les retombées espérées ?


L’espoir de la Ville ? Quand on a terminé l’année 18 alors que le musée était fermé aux deux tiers, on était sur une fréquentation du musée des Beaux-Arts de près de 160.000 visiteurs. On peut donc se dire que 350.000 visiteurs sur une année, ce n’est pas fou à imaginer. Ça me semble un chiffre raisonnable.
Un petit exemple : en mars 2018, on avait +22% de visiteurs par rapport au même mois de 2017. Le chiffre de fréquentation en 2018 de tous nos musées confondus, c’est 328.000, avec des musées qui ont vu leur fréquentation grimper en flèche : le musée archéologique a fait +72% en 2018. Le musée d’art sacré, pas très connu, a augmenté de plus de 40% en 2018. On s’est rendu compte en 2018 que la ville était de plus en plus attractive, touristique, et que nos musées étaient des lieux de visite incontournables.
En 2019, avec seule la salle des tombeaux ouverte, on arrive quand même en avril à une fréquentation en baisse de seulement 9% de ses visiteurs. Ils étaient 13.000 en 2018 avec un tiers du musée, et en 2019 déjà 12.251. Ça veut dire qu’on a un potentiel de rayonnement de ce musée et de nos musées en général majeur.

Comment expliquez-vous ces chiffres ?


La Gratuité est un facteur important pour les Dijonnais. Pour les touristes, Dijon est mieux repérée comme une ville culturelle. On a réussi à montrer ce qu’était la ville. Le classement Unesco a aussi été un levier formidable en 2015. Le label ville d’art et d’histoire en 2008 aussi. Et il y a un effet bouche à oreille : il y a de plus en plus de reportages sur Dijon, mais ceux qui viennent aussi en parlent à leurs amis, leurs familles, etc. Aujourd'hui, Dijon est perçue comme une ville de patrimoine et d’art vivant. Cette ouverture, je l’espère, ne va faire qu’amplifier cette impression là.

Combien de temps faut-il prévoir pour une visite ?


Dans la globalité, d’après les équipes, on en a pour 5 heures. Mais on peut déjà faire un beau parcours des chef-d’oeuvre en une heure, une heure et demi.

Pour l'inauguration, y aura-t-il des événements pour le grand public ?


Bien sur il y aura des surprises le soir de l’inauguration, avec des spectacles, etc. Un grand spectacle gratuit le lendemain aussi. Mais avant toute chose, les Dijonnais vont pouvoir redécouvrir leur musée. Si j’en crois les réseaux sociaux, je n’ai jamais vu un événement rencontrer autant de succès que cette réouverture. Ça fait des années qu’ils ne l’ont pas vu dans la globalité.

Il y aura aussi l'exposition temporaire de Yan Pei-Ming…


L’impatience de ceux qui aiment l’art et le patrimoine, c’est de trouver un peintre de renomée internationale qui propose une expo qui s’appelle l’homme qui pleure, et qui est une réflexion sur l’«artiste au monde». Comment aujourd'hui un artiste reçoit ce qui se passe de façon générale en matière de conflits, de démocratie, etc ? L’artiste doit il y prendre sa part, simplement constater ou témoigner ? C’est une réflexion sur tout ça et sur la difficulté d’être.

Certaines personnes, notamment dans l’opposition, ont ouvertement critiqué le budget alloué à l’inauguration, annoncé de 1,5 million d’euros. Que leur répondez-vous ?


Ce chiffre, c'est un ensemble. Ce n’est pas un million d'euros en petits fours.
Le budget consacré à l’inauguration du musée des beaux-arts prend en compte une programmation culturelle et évènementielle ambitieuse, en amont et au-delà du temps inaugural lui-même. Vous avez pu voir des oeuvres des musées installées dans des lieux inhabituels à la gare, dans les vitrines ou les bâtiments publics, des actions ont été menées avec les commerçants. Le musée va accueillir l'exposition temporaire exceptionnelle de l'artiste Yan Pei-Ming jusqu'à la fin septembre. Nous attendons lors de cette réouverture des milliers de visiteurs.
Un grand spectacle gratuit de la compagnie Transe Express se déroulera place de la Libération le samedi soir, il y aura d'autres propositions durant tout le week-end. Et au-delà, des festivités, des spectacles s'étendront sur une saison complète «hors les murs». Je vous invite à regarder le programme édité pour l'occasion (en cliquant ici).

Par ailleurs des actions de communication sont menées sur le plan local, national et international...
Le Musée des beaux-arts métamorphosé est un atout majeur pour le développement économique et touristique de notre territoire. Il est notre carte de visite dans le monde entier et contribuera à l'attractivité et à la vitalité de notre ville.
Comme d'autres collectivités européennes (Florence, Rome, Séville, Barcelone, Berlin, Londres…), nous faisons de la culture un axe fort de développement.
Nous avons cette chance à Dijon de pouvoir mettre en valeur un patrimoine extraordinaire ! Nous en attendons des retombées économiques importantes, source d'emplois non délocalisables pour le territoire.
Recueilli par Nicolas Richoffer
Photos N.R.