lundi 21 août 2017
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DIJON : Au jeu des pétitions, Lorenzo gagne par KO

01/08/2017 04:55Imprimer l’article
Alors que deux collectifs féministes tentent, par une pétition en ligne, d'interdire la venue du rappeur au concert de rentrée de Dijon, celui-ci a répliqué dans son style, acerbe et plein d'humour, clairement second degré. Sa contre-pétition avait recueilli, ce lundi soir, 25 fois plus de signatures que celle des féministes, qu'il invite à venir «montrer leurs seins»… Fallait pas s'attaquer à l'un des rois du troll.
Deux majeurs levés et un bob Pikachu. Cette photo pourrait à elle seule résumer Lorenzo, «l'Empereur du Sale». Franchement… Comment peut-on prendre au premier degré un rappeur qui se balade avec un bob promotionnel de la Game Boy Color et qui pousse l'absurde un peu plus loin à chaque fois qu'il en a l'occasion ?
Mais voilà… Après la première salve lancée par Le Bien Public le 30 mai dernier, et qui donnait l'idée à ceux qui ne l'avaient pas de faire de la venue de Lorenzo au concert de rentrée une «polémique», ce sont deux groupes de féministes qui tentent de faire interdire la venue de l'artiste à Dijon. BESTE, qui se présente comme un «Collectif d'artistes féministes s'organisant en non-mixité choisie», et le collectif «Greenwitches», sur lequel on peine à avoir des infos, ont donc décidé, il y a deux semaines, de s'attaquer à l'un des maitres du troll. Une vraie bonne idée pour faire parler d'elles, puisque Lorenzo a l'habitude de faire réagir le tout Internet à chaque fois qu'il bouge une oreille.

Vouloir l'interdire, c'est le servir


Alors oui, Lorenzo est un artiste qui peut choquer. En fait, c'est un artiste qui veut choquer. S'offusquer de ses frasques, de ses paroles, de ses clips, c'est rentrer dans son jeu, et même faire son jeu. Vouloir le censurer, c'est tomber dans le piège de son marketing bien rôdé. Issu de la pure génération Internet, qui a grandi aux mèmes et aux buzz, il réclame tout sauf l'indifférence. Vouloir l'interdire, c'est donc le servir. Il s'amuse avec les choqués et les censeurs comme un chat qui serait devant une araignée, l'observant tisser sa toile en ronronnant avant de choisir le moment opportun pour donner son premier coup de patte avec nonchalance. Car malgré ce que ses tweets volontairement écrits en langage SMS peuvent laisser croire à certains, Lorenzo est tout sauf un écervelé. C'est un provocateur des temps modernes, et drôle de surcroît. Ne serait-ce que par son style mi-bobo mi-Deschiens et sa voix criarde.

Enchaînements de punchlines


Son premier coup de patte est donc venu ce lundi 31 juillet avec une contre-pétition qui a sorti celle des deux collectifs de l'anonymat dans lequel elle s'engluait depuis deux semaines. «Ce rappeur français tient ouvertement des propos à caractère raciste, fasciste, sexiste, homophobe, transphobe, pédophile et fait l’apologie de diverses formes de violences, comme le viol» affirment les collectifs féministes qui citent quelques phrases sorties de leur contexte. Et ce contexte, c'est justement l'absurde, l'auto-parodie 3.0 d'un rap qui, jouant des codes du web à buzz, s'applique la dérision et le non-sens par l'humour grossier et parfois pipi-caca.

L'auto-dérision du rap moderne


Prenez un sketch des nuls des années 90, ajoutez-y les codes parodiés du gangsta rap des banlieues françaises, mixez tout ça dans un soupçon de web à buzz parfaitement maîtrisé, et vous obtenez les vidéos de Lorenzo qui, avec quelques autres, donnent au rap français ce coup de fouet et cette auto-dérision qu'il attendait depuis longtemps. Des enchaînements de punchline fortes, acerbes, provocatrices et caricaturales. Pour certains, ça frise le génie, pour d'autres, c'est juste vulgaire. La vérité est sûrement entre les deux. Quoi qu'il en soit, ce n'est jamais à prendre au premier degré, comme en attestent tous les détails, toutes les apparitions, toutes les interventions de Lorenzo.

Elles «pourront quand même venir montrer leurs seins»


Dans sa contre-pétition par exemple, le rappeur rennais ne pouvait se contenter de réclamer le maintien du concert. Le texte demande «de laisser programmer Lorenzo mais d'interdire la présence des féministes durant son super concert», avant d'en remettre une petite couche : «Lorenzo a quand même précisé que les collectifs de femen «Beste» et «Greenwitches», qui demande l'annulation du concert, pourront quand même venir montrer leurs seins». Si elles s'y risquaient, pas sûr que le public de Lorenzo soit choqué. Il risquerait fort de s'en amuser et de tourner les activistes en ridicule.
Ce lundi 31 juillet, peu après minuit, la contre-pétition de Lorenzo atteignait 29.800 signataires quand celle de ses opposantes recueillait 1190 signatures.

La culture, mètre étalon de la société


Une des questions que pose cette polémique artificielle est celle des limites de la culture et de la liberté d'expression. La société a-t-elle besoin d'œuvres moralisantes et d'une musique aseptisée à l'auto-tune ou est-elle prête à accepter que la culture reste le domaine de référence pour flirter avec les limites du bon goût et de la bienséance, qu'elle a toujours été ? La société a toujours eu besoin de personnages borderlines qui lui permettent de s'interroger sur elle-même. Lorenzo fait partie de cette mouvance nécessaires d'artistes qui vont trop loin aux goûts de certains, comme toutes les époques en ont connus. En débattre est louable et nécessaire. Vouloir censurer est aussi choquant pour certains que les textes de Lorenzo le sont pour d'autres.
N.R.

Pour mieux comprendre «Le troisième degré du rap», cliquez ici pour visionner le reportage de l'émission d'Arte «Tracks» (13 minutes)

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La pétition des «anti» est ici

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La pétition de soutien à Lorenzo est là


Une vidéo typique d'humour absurde de Lorenzo :



42 millions de vues sur Youtube pour «Freestyle du Sale» :