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DIJON : Des fêtes décalées avec les Contes d'Hoffmann au Grand Théâtre

09/12/2017 09:07Imprimer l’article
Du 14 au 23 décembre au Grand Théâtre, l'Opéra de Dijon propose sa nouvelle production, un spectacle lyrique pas très catholique, «Les contes d'Hoffmann». Ce chef-d’œuvre inachevé de Jacques Offenbach a été revu par le metteur en scène Mikaël Serre et corrigé par Nicolas Chesneau à la direction musicale.
Si Jacques Offenbach, compositeur français du XIXème siècle, est connu pour ces opéras bouffes («La Belle Hélène», «La vie parisienne»...), on oublie parfois qu'il a voulu terminer sa carrière, et sa vie, par un opéra sérieux, «Les Contes d'Hoffmann». Offenbach est décédé durant les répétitions à l'Opéra-Comique à Paris en 1880. La musique des Contes fut alors achevée par Ernest Guiraud, un de ses élèves.

L'histoire, les personnages : Hoffmann est un poète qui a une relation conflictuelle avec son amante, la chanteuse Stella. Cette liaison est mal vue par Lindorf, l'agent artistique de la chanteuse. Sous l'influence de sa Muse, Hoffmann sombre dans un univers irréel dans lequel il croise l'automate Olympia qui s'effraie de se sentir humaine, l'amoureuse Antonia qui meurt de chanter ainsi que la légère et perverse diva Giuletta qui veut voler le reflet d'Hoffmann. Le poète et conteur en tirera d'amères conclusions sur l'amour.

«On n'est pas dans le Noël chrétien !»


Directeur de l'Opéra de Dijon, Laurent Joyeux a proposé à Mikaël Serre (metteur en scène et artiste polymorphe) de plancher sur une nouvelle production à partir de ce que ces Contes avaient de plus contemporain à l'époque : le regard sur les nouvelles technologies. Par ailleurs, la partition étant restée inachevée, cela laissait la possibilité d'un travail de décomposition et de recomposition de la musique en revenant à la source. Travail que Nicolas Chesneau (directeur musical et pianiste) a supervisé avec l'intervention de Fabien Touchard (compositeur-arrangeur) et avec des insertions de Peter von Poehl (auteur-compositeur-interprète).

Lors de la conférence de presse du 8 décembre 2017 au Grand Théâtre, Laurent Joyeux a revendiqué le côté décalé de cette programmation pour les fêtes de fin d'année : «on n'est pas dans le Noël chrétien ! Ce qui m'amusait de programmer cela pour les fêtes, c'est qu'on attend un objet scénique qui soit un Offenbach hyper-traditionnel». A contrario, il s'est dit plus enclin à «présenter un Offenbach qui s'intéresse aux problèmes de son temps. C'est s'interroger au moment où l'on offre des consoles de jeux vidéos et des casques de réalité virtuelle : 'qu'est-ce que cela nous raconte à nous, adultes ?'»

Plutôt qu'une fausse tradition,  Laurent Joyeux avait envie «d'explorer une manière nouvelle d'appréhender ce type de répertoire lyrique. C'est le fruit d'une longue réflexion. Il n'y a pas de trahison parce qu'il n'y a pas de version définitive d'Offenbach». Bien sûr, tous les grands airs sont maintenus dans cette version mais de la musique concrète (avec un travail sur les bruitages) et des projections vidéo sont ajoutées. Pour le directeur, «cette œuvre parle d'aujourd'hui, parle de l'artiste et de son rapport à l'art. C'est ce qui nous a vraiment intéressé dans le cadre de cette saison de l'Opéra de Dijon qui a pour thème la métamorphose. C'est la métamorphose par l'art et la métamorphose de la création.»

Des Contes drôles, fantastiques et accessibles


Pour sa part, Mikaël Serre, le metteur en scène, a été séduit par la richesse de ces Contes d'Hoffmann «qui mettent en jeu des sentiments humains assez forts. Souvent, on est à la frontière du réel et du cauchemar avec des sentiments de peur, de blessure refoulée qui souvent comme source l'enfance. C'est avec cette lecture que j'ai enrichi mon rapport à l'opéra qui est une cascade de situations, parfois drôles, parfois absurdes. C'est comme si l'humour et le fantastique avaient comme source un fond humain très fort».

Le metteur en scène a rappelé qu'il ne voulait pas voir ces Contes comme un objet historique traînant le passif de nouveaux contenus chargés au fur et à mesure des productions mais plutôt chercher à retrouver l'esprit d'Offenbach portant un regard actuel sur sa propre époque : «le public de l'époque était face à un auteur qui parlait de son temps et des émotions de son temps».

Un parfum gothique


Jules Barbier, dramaturge français du XIXème siècle, avait écrit le livret original pour l'opéra de 1880 en s’inspirant de l'écrivain romantique allemand Ernst Theodor Amadeus Hoffman, célèbre pour ses contes fantastiques.

Pour cette production de 2017, Mikaël Serre a, lui, ajouté des textes supplémentaires en citant le philosophe allemande Friedrich Nietzsche et l'écrivain français Michel Houellebecq : «Nietzsche était un contemporain d'Offenbach. J'ai lié Nietzsche à Hoffman, le poète, dans tous ces questionnements». Le mystérieux sous-titre, «laissez-moi hurler et gémir et ramper comme une bête», est tiré d'un recueil d'aphorismes de Nietzsche, 'Aurore - Réflexions sur les préjugés moraux', publié en 1881. «Pour Michel Houellebecq, c'était une manière de voir la résonance que peut avoir la poésie du XXème siècle avec celle du XIXème». Seront donc cités des extraits du 'Sens du combat' (recueil de poésie publié en 1996) comme si c'étaient des poèmes du personnage Hoffmann.

Un parfum gothique plane sur cet opéra. Quand Offenbach s’attelle à ses Contes, Mary Shelley a déjà publié depuis longtemps son roman 'Frankenstein', précurseur de la future science-fiction. Le thème des automates inspire alors de nombreux imaginaires. Selon Mikaël Serre, l'équivalent contemporain aux Contes se trouverait du côté des réflexions sur l'intelligence artificielle ou le transhumanisme : «pour Olympia, je trouvais assez gênant d'avoir juste une poupée qui dit 'oui', est-ce qu'elle est si innocente que ça ? Le thème du 'comment on rend vivant quelque chose qui ne l'est pas ?' est très présent». Le metteur en scène compte sur ce travail de décodage pour faire une proposition scénique rendant ces Contes accessibles au public.

Orchestre hors de la fosse


De la même manière qu'il ne s'agit pas de refaire un Hoffmann traditionnel, l'Opéra de Dijon a choisi de ne pas avoir recours à un orchestre complet en fosse. D'autant plus que le théâtre à l'italienne de Dijon permet un contact intimiste avec les chanteurs. L'orchestre sera donc en fond de scène, séparé de l'action par un rideau transparent permettant au public de deviner les musiciens. Il y aura onze instrumentistes sur scène (un piano, un quintette à cordes, un quintette à vent).

Le chef d'orchestre, Nicolas Chesneau, a souligné la pertinence de ce placement : «la musique a beaucoup d'importance dans cette histoire. On la voit en train de se faire». Il a même ajouté avec malice, sans en dire plus, que les musiciens auront des costumes pour changer de leur habituel vêtement noir.

Musique concrète et spectacle lyrique


À son tour, Nicolas Chesneau a prévenu ceux qui attendraient encore une n-ième déclinaison des Contes : «on a demandé à Fabien Touchard de repartir du piano-chant donc c'est une nouvelle version. On ne va pas reconnaître la harpe dans la Barcarolle ou tel solo de clarinette car Fabien Touchard est parti de zéro. C'est passionnant de pouvoir faire ça car, avec les principes de coupures que l'on a fait dans la partition tout en essayant de respecter au plus ce que l'on a comme schéma d'Offenbach, cela permet une plus grande liberté. Cela permet de revenir à quelque chose de plus efficace sans se dire 'Je trahis Offenbach' puisque tout le projet découle d'une volonté de faire un autre objet».

Ces coupures amènent à condenser l'opéra en passant de quatre heures à une heure quarante-cinq et permettent d'avoir une seule chanteuse pour les quatre rôles principaux, la soprano franco-canadienne Samantha Louis-Jean. Autour d'elle, on trouvera Kévin Amiel, Damien Pass, Marie Kalinine ainsi que des solistes du chœur de l'Opéra de Dijon. Pour ces quatre chanteurs, il s'agira de leur premier Hoffmann. Nicolas Chesneau a confié qu' «ils relevaient le défi avec beaucoup de panache».

Le souhait du directeur musical est que les chants, la musique, les bruitages, le son des vidéos dialoguent ensemble pour apporter un contrepoint, sans contredire Offenbach, dans ce spectacle lyrique qui interroge la possibilité de voir sous peu émerger nos doubles mécaniques et numériques.
Jean-Christophe Tardivon


«Les Contes d'Hoffmann, laissez-moi hurler et gémir et ramper comme une bête»
du 14 au 23 décembre au Grand théâtre de Dijon


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