dimanche 26 mai 2019
Les neuf artistes annoncés présentés par neuf clips.
Questions à...
L'adjointe à la culture sera aux premières loges vendredi pour l'inauguration et la réouverture du Musée des Beaux Arts de Dijon. Un moment qu'elle attend avec «fébrilité, impatience et curiosité».
> Faits-Divers > En Côte-d'Or

DIJON : Au procès d'une agression homophobe d'un couple de femmes, «j’avais bu, et fumé du cannabis aussi»

27/11/2018 16:45Imprimer l’article
Actualisé avec le verdict.
L'auteur de l'agression, qui remonte à deux ans, était jugé ce lundi au TGI de Chalon-sur-Saône. Il reconnaît avoir tabassé, y compris quand elles étaient au sol, deux femmes «en raison de leur orientation sexuelle».
C’était le 2 septembre 2016, pas loin de la place Wilson à Dijon. Faits anciens déjà ? Oui : fractures des os du nez réparée, fracture du rein résorbée, lèvre recousue, disparus les hématomes, même celui en forme de la semelle de chaussure. Non : les victimes sont venues assister au jugement de leur agresseur, ce lundi 26 novembre au TGI de Chalon-sur-Saône, car depuis, ces deux jeunes femmes vivent dans la peur, la peur d’être attaquées, passées à tabac, parce qu’elles sont homosexuelles. «Les insultes, depuis, on les subit.»

Ce soir du 2 septembre 2016, elles étaient sorties et marchaient se tenant par le bras quand a surgi un groupe de 4 garçons. «Bande de lesbiennes !» Ils les insultent. L’une d’elle a réagi, elle s’est tournée vers eux pour protester. A cette époque-là, elle ne subissait pas les insultes. Elle a pris un coup, sa compagne est allée gifler le garçon, il a rendu un coup, puis un autre, puis un autre, et puis quand elles furent au sol, il a continué, y compris en frappant la tête. Il aurait pu les tuer. A un moment donné un des garçons a dit «faut qu’on y aille». L’une des jeunes femmes a dû être hospitalisée, les certificats médicaux racontent le passage à tabac.

Il reconnaît les avoir tabassées «en raison de leur orientation sexuelle»


Ce soir-là, il y avait eu un vol rue d’Auxonne. La police arrête les voleurs, les entend, et les enquêteurs rapprochent ce groupe de celui qui a attaqué le couple de femmes. Elles reconnaissent formellement l’auteur principal des violences sur des photos extraites de son Facebook sur lesquelles il portait un nœud papillon, le même qu’elles ont vu ce soir-là, le même. Malheureusement il sera entendu beaucoup plus tard, eu printemps 2018. Il reconnaît tout, y compris les avoir tabassées «en raison de leur orientation sexuelle». A l’audience, pas de nœud pap, juste un jean et un tee-shirt. T. D. est né en juillet 1995 à Chalon, il y vit toujours. Il se tourne vers les victimes : «Je vous demande pardon», mais il poursuit «après, j’avais bu, et fumé du cannabis aussi».

«Il n’a que des idées reçues, des clichés datant du début du XXème siècle»


Les questions pressantes de la présidente Therme, renforcées par celles du procureur de la République, et soutenues par maître Lépine, ne tireront rien de plus du jeune homme : il était «très énervé», il «regrette», mais voilà, il était pété. La présidente ne se satisfait pas de cette attitude, d’autant moins que, condamné à 10 mois de prison assortis d’un sursis mis à l’épreuve pour le vol avec violences commis avant l’agression, le garçon est suivi, par un conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation, et par un juge d’application des peines (JAP). Le JAP a pris sur lui de parler avec le prévenu de l’homosexualité, et a noté : «peu en phase avec la réalité, il n’a que des idées reçues, des clichés datant du début du XXème siècle».

«Je suis persuadée que lui-même, intérieurement, ne comprend pas»


«Ça fait deux ans et vous n’avez pas réfléchi ?» Silence. «Vous les avez tabassées, y compris lorsqu’elles étaient au sol, pourquoi ? – Je saurais pas vous dire. J’avais vraiment beaucoup bu.» Il dit seulement que depuis qu’il a été condamné pour le vol, il s’est sevré de l’alcool et du cannabis, ce qu’il justifie par des analyses. «On ne vous sent pas… on vous sent distant…» Maître Lépine intervient : «Il n’est pas comme il est dans mon bureau, c’est l’audience qui le rend comme ça, il n’est pas fier, il a honte. Ses parents, sa copine, sa sœur sont dans la salle. Il aurait à dire, mais je suis persuadée que lui-même, intérieurement, ne comprend pas. Je suis persuadée que monsieur n’a pas de haine pour les homosexuels.»

Il ne donne aucune explication


Vrai ou faux, ça n’aide pas les victimes. Elles demandent tour à tour au prévenu de dire «pourquoi», d’expliquer, d’ancrer cette situation qui les a marquées physiquement et moralement, dans autre chose que de l’arbitraire. En vain. Damien Savarzeix, procureur de la République y revient, en prenant ses réquisitions : «Que pouvez-vous leur offrir pour modifier le regard qu’elles portent sur le monde après cette agression ? La seule façon d’y contribuer c’est de donner des explications pour qu’elles puissent rationaliser, ne pas rester dans l’inexplicable.»

«C’est un acte d’une lâcheté effroyable»


Le procureur tient le prévenu dans sa ligne de mire pendant un long moment au cours duquel tous les petits bruits parasites émanant de la salle bien remplie vont cesser. Un silence implacable se fait, à l’image du discours de Damien Savarzeix : «Vous niez l’autre dans son être et vous refusez de lui donner une place dans notre espace social en raison de qui il est. C’est odieux, c’est contraire à ce qui fait notre société. Et ça, vous l’ignoriez ? Quel mépris ! C’est un acte d’une lâcheté effroyable.» Le magistrat retient un risque de réitération puisque le prévenu ne dit rien de son regard actuel sur les couples de femmes, d’hommes.

«SI vous étiez passé en comparution immédiate, vous auriez été incarcéré, monsieur»


T.D. a déjà un casier judiciaire. Plusieurs infractions à la législation sur les stupéfiants (2014, 2015, 2016), en 2017, 6 mois avec sursis pour conduite sans permis et refus d’obtempérer, puis les 10 mois de sursis avec mise à l'épreuve et 2 ans pour un vol. Il a fait 2 jours de détention en septembre 2016, et actuellement il purge sa peine en portant un bracelet électronique. Cela étant il travaille, il ne boit plus comme avant, dit-il, ne se drogue plus, et les faits sont vieux de 2 ans, et juger longtemps après coup en correctionnelle, c’est différent que de juger dans la foulée ou au moins dans l’année. Le procureur en prend acte : «S vous étiez passé en comparution immédiate j’aurais requis et vraisemblablement obtenu un mandat de dépôt, vous auriez été incarcéré, monsieur.»

«Vous pouvez écrire aux victimes, je vous le conseille»


«Vous nous évitez, en reconnaissant ce qui a motivé vos actes, un débat oiseux sur l’orientation sexuelle des victimes, c’est aussi pourquoi je ne demande pas de mandat de dépôt, mais la question de l’incarcération se pose, au regard de la gravité des faits.» Le procureur requiert 2 ans de prison dont 6 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans. Il tend encore une perche à ce garçon mutique : «Vous pouvez écrire aux victimes, je vous le conseille. Vous ne vous êtes pas mis à leurs places, si vous l’aviez fait, vous tiendriez un autre discours.»

Par peur, ne plus avoir un geste d’affection dans l’espace public


«Vous avez une copine, monsieur ?» lui demandait la présidente Therme. «Oui». «Pouvez-vous imaginer que par peur, vous ne puissiez plus avoir un geste d’affection envers cette personne à l’extérieur ?». «Non». Non. Il ne peut pas l’imaginer. Les deux victimes, deux jeunes femmes, ne le peuvent plus. 10 jours d’ITT pour l’une, 15 jours pour l’autre. Une lèvre suturée dont la cicatrice ne cesse de rappeler le traumatisme. Un rein fracturé : «on ne voit pas ça tous les jours.» Un médecin généraliste nous explique : «ça peut guérir avec du repos, mais il faut surveiller s'il n'y a pas de saignement dans les urines ou d'hypertension. Ça peut ne pas guérir et finir avec l’ablation d’un rein.»

«Après l’agression je suis restée recluse, je pleurais beaucoup.» Le tribunal avait à cœur que «monsieur se rende compte aussi». La jeune femme du public qui a éclaté en sanglots pendant les réquisitions s’est rendue compte, elle. Lui, on ne sait pas.
Nous aurons la décision du tribunal dans l’après-midi.
Florence Saint-Arroman

Maître Bourg intervenait pour les deux victimes. Pour les deux, elle demande une expertise et un renvoi sur intérêts civils car outre le préjudice physique, le préjudice moral est important. «Il a terminé en lui crachant dessus, lui disant qu’elle l’avait bien mérité. Le lien social est altéré, elles ne marchent plus main dans la main dans la rue, leur liberté est restreinte.»

La décision :


Le tribunal déclare T.D. coupable des violences aggravées, et en répression le condamne à 2 ans de prison, dont 6 mois seront assortis d’un sursis avec mise à l’épreuve, avec obligation de soins, de travailler et d’indemniser les victimes.
Il doit leur verser à chacune 2000 euros de provision en attendant l’audience sur intérêts civils. Elles seront expertisées.