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TRIBUNAL CORRECTIONNEL DE DIJON : 85 videos pédopornographiques et des secrets inavouables

16/05/2019 08:28Imprimer l’article
Un Dijonnais de 52 ans était jugé ce mercredi pour des images publiées sur un site web.
Il ne sait dire que cela : «j'ai pas de mots», «y a pas de mots». Y a pas de mots mais y a de la pulsion et c'en est devenu «maladif», «comme si» il était «alcoolique ou drogué», et maintenant il doit répondre de ses actes. Tout est parti d'un signalement de l'hébergeur OVH, début 2016  : un internaute a mis en ligne des contenus pédopornographiques sur un compte Hubic. L'enquête de l'office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information mène à Dijon, via une adresse IP et une adresse mail auquel le compte Hubic était rattaché : l'auteur est identifié.

Il a une image très dégradée de lui-même


L'auteur présumé en ce début d'audience au TGI de Dijon ce jeudi 15 mai comparaît libre, il fut placé sous contrôle judiciaire. Marié et père de famille, il est venu seul. Il est poursuivi pour consultation, détention, diffusion et mise à disposition d'images pornographiques d'enfants, de septembre 2016 à novembre 2018. Ses 52 ans sont «claquemurés dans un bunker», expliquera maître Bonfils, «une enfance malheureuse, son père les frappait, lui et sa mère, c'est un homme en grande souffrance». L'avocat estime que son client est dans un état «suicidaire». «Il est perdu. Il dit que sa vie est foutue, qu'il aimerait être soigné, qu'il se sent enfermé dans un espace de souffrance, emprisonné. Il a une image très dégradée de lui-même, 'je suis une larve'.» Souffrance pour souffrance, l'instruction va le confronter à celle des enfants exploités à des fins plutôt innommables en effet.

Le prévenu est incapable de «dire les choses telles qu'elles sont»


En juillet 2017 les gendarmes de Mirebeau-sur-Bèze se saisissent à leur tour de l'enquête, «la première audition sera des plus embarrassées, dit la présidente Vivier, ce qu'on peut comprendre, mais aujourd'hui ? Après 6 mois de contrôle judiciaire, que pouvez-vous nous dire ?» Le prévenu ne dit presque rien et l'audience dure presque trois heures. L'homme balbutie, bredouille, bégaye, chuchote, minimise autant qu'il le peut. La présidente doit sans cesse revenir à la procédure pour en faire émerger tous les éléments : ils sont accablants et le prévenu est incapable de «dire les choses telles qu'elles sont». L'écart entre ce qu'il vivait (à l'abri, croyait-il, derrière des écrans) et les réalités sordides (qu'il recherchait sciemment), prend des dimensions incommensurables à la lumière du jour. «C'est violent, plaidera maître Bonfils. Il a des stratégies d'évitement, oui, mais c'est inavouable, ce dont on parle.»

«Les petites filles qu'on voit sont victimes de viols»


Inavouables, les 85 videos au contenu pédopornographique «clairement avéré» installées sur son compte Hubic . Inavouable, sa participation active à un forum de discussion sur le thème «j'aime les jeunes filles». C'était sur le site coco.fr, il y a échangé des fichiers et des photos, mineurs de 14 ans environ. Inavouable, le fait que son nom apparaisse dans une procédure espagnole : les autorités y arrêtent en 2013 le principal suspect d'un réseau de prostitution de mineurs. Lors de la perquisition, on trouve des adresses mail dont celle du prévenu. Ça ne lui évoque rien, ça «pose question» à la présidente. Autre saisie, 806 images de fillettes nues, seules, ou violées par des adultes, car «les petites filles qu'on voit sont victimes de viols», dira le vice-procureur Jean-Luc Chemin lors de ses réquisitions.

Certains enfants ont moins de 5 ans


Tout cet inavouable, c'est le premier temps de l'enquête. Le prévenu fut entendu, mais le 12 novembre dernier on le place à nouveau en garde à vue pour le réentendre, on saisit à nouveau du matériel, et on constate que l'homme avait repris son activité effrénée. Outre le long travail de récupération des fichiers supprimés à la hâte quand les gendarmes s'étaient présentés à son domicile en septembre 2017 - «beaucoup d'efforts de dissimulation, donc vous avez conscience que tout cela a un caractère déviant», relève la présidente – les enquêteurs versent à la procédure un échange sur Skype, de 2018 : téléchargement et échanges de photos. 344 nouvelles images d'enfants dont certains ont moins de 5 ans. L'audience a commencé il y a une heure, on est accablé, on voudrait que ça en soit la fin. C'est violent, en effet, et pas que pour le prévenu. Lui, il se tient droit, son teint est rouge et parfois il baisse les yeux, comme à cet instant où la présidente observe que «l'âge des mineurs ne correspond pas à ce qu'il dit».

«Ce sont de vrais enfants, de vraies victimes»


Qui, de toute façon, pourrait dire, comme ça, à un tribunal et devant un auditoire, et devant la presse, que oui, il s'est masturbé à en jouir sur des photos d'enfants de 4 ans soumis à des viols ? Qui ? «Ce sont de vrais enfants qu'on filme et photographie pour des personnes comme vous : il y a de vraies victimes.» C'est bien ce qui rend ces dossiers si douloureux pour tout le monde. Si on peut entendre et comprendre pour une part que l'histoire de cet homme-là détient ce qui pourrait expliquer comment il est devenu un adulte en proie à cette perversion (sa prétendue frustration sexuelle ne l'explique en rien), on est saisi d'une douleur blanche, au goût de métal, au goût impitoyable, à la pensée que des enfants de tous âges soient littéralement sacrifiés, ainsi détruits. La rage n'est pas loin d'apprendre que des femmes ont participé aux viols. Des enfants.

«Le terreau sur lequel ça recommence, c'est le non-dit»


«Si vous mentez tout le temps, sur quelle base on travaille ? L'interroge encore la présidente. Si vous n'êtes pas capable de dire les choses telles qu'elles sont... En termes de prévention de la récidive, c'est ce qui nous intéresse et non le peu que vous nous dites. Monsieur, le terreau sur lequel ça recommence, c'est le non-dit.» Il a vu psychologue et psychiatre pendant son contrôle judiciaire, et le tribunal voudrait entendre quelque chose qui le rassure sur l'avenir. «Je reconnais... J'ai fait des erreurs... J'en suis... J'ai pas de mots...» Du coup, nouvelle couche : «Vous avez réclamé des photos d'enfants âgés de 7 à 11 ans.» L'audience donne d'autres détails, inutiles de les écrire car si c'est un vocabulaire pornographique plutôt banal, et sans aucun intérêt en fait, il devient ignoble lorsqu'il est appliqué à l'enfance, et c'est ce qui se passait.

«Y a pas de mots»


Sexualité complétement larguée (inexistante, dit-il) mais vie génitale intense. Episodes de masturbation au parc de la Colombière à Dijon avec d'autres hommes. Ce n'est pas interdit par la loi, c'est juste pour dire combien ce qui agite cet homme est triste et compliqué. Dans son téléphone, la photo d'une petite fille en short, c'est lui qui l'avait prise. Et puis dans cet historique de recherche, «enlèvement d'enfants en douceur». Le parquet s'en dit inquiet. Sur un disque dur externe, on récupère des données partielles dont 233 photos d'actes sexuels d'adultes sur des enfants, des mineurs, et des photos de lui s'exhibant nu. «On s'y perd, monsieur. - C'est lui qui est perdu», répondra maître Bonfils lors de sa plaidoirie. «Monsieur pouvez-vous imaginer vos enfants qui seraient victimes ? l'interroge le procureur. - Je serais dégoûté, anéanti. Y a pas de mots.»

Il y a des mots, si


«Il dit qu'il est malade, ça m'agace profondément. Ce n'est pas une maladie :c'est une perversion. Il faut se rappeler qu'on est un être humain, et que les petites filles qu'on voit sont victimes de viols.» Le vice-procureur met des mots sur ces réalités, car le prévenu avait reconnu que la pensée que ces enfants-là existent, sont victimes de crimes et que personne ne les protège, ne lui était jamais venue à l'esprit. «Se rappeler qu'on est un être humain et se prendre en main, la démarche de soin doit être volontaire» : il y a encore du chemin à parcourir. Le prévenu n'a pas de casier judiciaire, le procureur requiert «un sursis mis à l'épreuve long de 3 ans au moins». «Si, monsieur le procureur, il faut être malade car la perversion est une maladie, plaide la défense. Il peut s'en sortir, la décision du tribunal fera partie du processus de soin.»

Le prévenu est déclaré coupable. Il est condamné à 30 mois de prison entièrement assortis d'un sursis mis à l'épreuve de 3 ans. Obligation de soins, interdiction d'exercer une activité professionnelle au contact de mineurs, inscription au FIJAIS.

Florence Saint-Arroman