jeudi 22 août 2019
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TRIBUNAL CORRECTIONNEL DE DIJON : Un couple d’amoureux devenu relation toxique et violente

18/05/2019 07:03Imprimer l’article
CHRONIQUE : Lui est convoqué en comparution immédiate au TGI de Dijon pour des violences sur sa compagne de toujours. Elle est là en tant que victime et pourtant elle va passer sur le grill à la barre. Que reste-t-il de leur amour ? L’audience met au jour un champ de ruines et deux vaincus.
Aimer, c’est regarder ensemble dans la même direction, dit-on volontiers. Vous êtes sûrs ? Parce que, ces deux-là, posés comme des oiseaux sur un fil, regardent tous deux dans la même direction, mais on a comme un doute. Ils regardent la juge. Lui, il est convoqué par une procédure rapide devant une juge unique à l’audience des comparutions immédiates de ce mercredi 15 mai au TGI de Dijon, pour des violences sur sa compagne de toujours. Elle, elle est là en tant que victime et pourtant elle va passer sur le grill à la barre. Ils regardent dans la même direction mais que reste-t-il de leur amour ? L’audience met au jour un champ de ruines et deux vaincus.

Plus rien en commun que de se faire du mal


33 ans de vie commune ont pris fin au cours de la procédure. Il l’a passée dehors le 24 décembre dernier, définitivement. Faut dire que la maison est à lui. «Il l’a mise en dépendance économique» lance Maître Baldini pour la femme. «Il a fait seul l’emprunt parce qu’elle était interdite bancaire, il n’a eu de cesse que de lui faire une belle maison» renvoie maître Touraille. Formidable : les conseils du couple nous jouent le conflit, nous jouent le quotidien de cette relation infernale. D’un autre côté, le point «maison» est emblématique de l’absence de commun, et la victime résistant au feu roulant des questions de la présidente va porter ce fait à son incandescence en disant «sa» fille, au lieu de «notre». Pas de commun, rien en commun.

«Conjugopathie»


D’un autre côté encore, ce rejet à l’audience s’explique par le fait que leur fille s’est rangée au côté du père : la mère se sent rejetée, alors elle rejette, c’est quasi mécanique, c’est violent  (leur quotidien était violent au dernier degré, leur fille fut prise dans une violence intrafamiliale, victime elle aussi de ce couple qui pourtant est resté ensemble «pour elle»…) , mais rien d’irréversible avec la fille, au fond, si cesse un jour ce jeu de «tu me blesses, je te blesse – je te blesse, tu me blesses». «Conjugopathie», disent les magistrats. La définition est limpide : «Souffrance pathologique due aux mauvaises relations dans le couple.» Cette souffrance, c’est lui qui en parle le mieux. «Je suis épuisé», «détruit psychologiquement». Il parle de dénigrement incessant, que rien n’allait jamais, rien, jamais. Il décrit une femme perpétuellement insatisfaite, et alcoolique.

Le déni couplé à l’alcoolisme


Voilà pourquoi elle est retenue si longtemps à la barre : le tribunal trouve que son alcoolisme ressort de la procédure. «Non, non» se défend la dame. Elle parle sur un ton très assuré, ne quitte pas un air pincé, ne se démonte pas alors que la juge la confronte avec insistance à ses incohérences, confusions, voire mensonges. Elle se démonte encore moins quand maître Touraille l’étrille, brandissant son taux de gamma GT en janvier 2017 (345, quand la limite est à 40). Elle avait fait un malaise en sortant du travail à midi, les pompiers l’avaient embarquée dans une clinique, son alcoolémie était à de plus de 4 grammes, c’est fou mais «c’était l’apéritif, c’est tout». Le déni est inclus dans la définition de l’alcoolisme considéré désormais comme une maladie.

«Pour qu’un couple aille mal, il faut être deux»


«Quand de telles procédures arrivent jusqu’à nous, personne n’est tout blanc ou tout noir, lui explique la présidente Vivier, car pour qu’un couple aille mal, il faut être deux.» Les faits qu’on juge datent du 15 juin 2018 en début d’après-midi, du côté de Corcelles. Elle : il s’est énervé parce qu’elle avait fait «une réflexion» sur sa manière de ranger le contenu du lave-vaisselle, ça a dégénéré en insultes, il lui a «jeté des coussins» dessus, elle a levé le bras pour se protéger, il a cogné son bras. Elle a filé à l’hôpital : bras fracturé en 3 endroits, 45 jours d’ITT. Elle dit aux gendarmes qu’elle ira dormir ailleurs mais elle réintègre le domicile conjugal le soir-même, y restera jusqu'au 24 décembre, quand il va mettre fin, brutalement, à ce cirque.

«Je voulais qu’elle se taise»


Lui : le 15 juin, elle a fait des réflexions insupportables sur sa mère tout récemment décédée, puis s’est posée dans le canapé, «comme si de rien n’était, comme d’habitude» mais lui, au lieu de subir comme presque toujours, il a craqué, s’est saisi d’un coussin lui a frotté durement le visage avec. «Je voulais qu’elle se taise.» On frémit, c’est une phrase qui peut mener à de l’irréversible, elle dit son incapacité à en supporter davantage, son usure. Il dit qu’il lui a seulement «pris le bras». Les magistrats (juge et procureur) lui opposent la fracture en trois endroits.

Les violences psychologiques sont aussi graves que les violences physiques


Voilà, ce «désastre humain» comme dira maître Touraille. Ils furent amoureux, lui il dit qu’il l’aime encore, pour autant que ce mot ait encore du sens dans un contexte où ils se sont appliqués à se manger la vie, à en faire un tas de cailloux, comme deux forçats appliqués. Rien ne danse plus en eux et entre eux et ils sont maintenant posés sur les tabourets, à regarder dans la même direction devant un tribunal. Ils ont concédé assez facilement le recours habituel aux violences verbales, à croire que c’est moins grave. Merci à Emmanuel Touraille de rappeler que les violences psychologiques sont parfaitement destructrices, aussi grave que les violences physiques (mais plus difficiles à prouver donc plus difficile à porter devant la justice, c’est tout, ndla).

Le prévenu pleure en silence, la victime garde son air pincé


«Chacun a essayé de dire les choses à son avantage» synthétise maître Baldini. L’avocate resserre son propos sur les faits qu’on juge, «on nous dit qu’elle boit, c’est vrai mais ce n’est pas une infraction. Frapper, si. Il a répondu à des mots par des coups.» Jean-Luc Chemin, vice-procureur, requiert sobrement : ITT de 45 jours, fracture multiple du cubitus droit, le prévenu n’a pas de casier, a respecté un contrôle judiciaire «très lourd», «n’a pas d’agressivité particulière». Il demande 4 à 6 mois de prison avec sursis. Maître Touraille se fait un peu véhément, il reprend le harcèlement moral dont il estime que son client fut victime, «et comment fait-on taire ? Stop ! Tais-toi ! Mais l’autre est sourd, ne se tait pas. Il lui saisit le bras, ‘arrête, arrête’». Le prévenu pleure en silence, la victime garde son air pincé, renfermée. L’avocat demande l’indulgence du tribunal, «ce n’est pas un dossier de violences conjugales comme les autres».

Le tribunal estime, comme le ministère public, que «rien ne semble nécessiter un suivi ou des soins» pour monsieur, en conséquence le condamne à 4 mois de prison avec sursis pour des violences sur conjoint suivies d’ITT supérieure à 8 jours.

Florence Saint-Arroman

Maître Baldini a demandé un renvoi sur intérêt civil avec une expertise médicale avant et une provision en attendant. Le tribunal ordonne l’expertise, monsieur devra verser une provision de 2000 euros et 500 euros au titre de l’article 475-1. La CPAM est également reçue dans sa constitution de partie civile, ses droits sont réservés. Les règlements de comptes se poursuivront en novembre.