lundi 10 décembre 2018
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Antoine Hoareau : «Je souhaite que Ségolène Royal soit candidate aux élections européennes»

13/11/2018 05:07Imprimer l’article
Le secrétaire de la section de Dijon du Parti Socialiste revient sur sa fidélité à Ségolène Royal et explique pourquoi elle serait selon lui une bonne candidate pour «rassembler la gauche», notamment au regard de son engagement pour la transition écologique, et de sa force de caractère au service d'«idées justes».
A l'occasion de la sortie du livre «Ce que je peux enfin vous dire» par l'ancienne ministre de l'Environnement et candidate à l'élection présidentielle de 2007, Antoine Hoareau, secrétaire de la section de Dijon du Parti Socialiste, revient pour Infos-Dijon sur sa fidélité à Ségolène Royal et explique en quoi, selon lui, les idées qu'elle incarne sont plus que jamais d'actualité.

Vous êtes un «ségoléniste historique». Racontez-nous…


Historique, je ne sais pas si c'est le mot, mais je dirais certainement «fidèle». En 2005, après les régionales de 2004, avec un certain nombre de camarades avec qui je militais au MJS et au Parti Socialiste, nous avions un journal étudiant qui s'appelait «Post-Scriptum», et nous avions titré «et si c'était elle» avec une photo de Ségolène Royal. Parce que nous avions senti dès le départ qu'elle apportait un nouveau regard sur la gauche. Il faut se souvenir du contexte : juste après l'échec de Lionel Jospin en 2002, dans un PS dont les grands leaders sont Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry et François Hollande, on a cette personnalité qu'est Ségolène qui commence à émerger, et on se dit «pourquoi pas ?»… et on s'engage fortement derrière sa candidature à l'élection présidentielle de 2007. J'ai même été coordinateur Grand-Est de la Ségosphère. C'est, pour moi, ce qui restera une des plus belles campagnes que j'ai eu l'occasion de mener, car en 2007, elle avait perçu les aspirations profondes de la société française dont la gauche ne parlait plus : la démocratie, la justice, la citoyenneté, le multiculturalisme et la lutte contre les discriminations, la patrie et son drapeau, la sécurité, le changement climatique. Bref, elle parlait de l'avenir.
Et après 2007, il y a eu le congrès de Reims : je la soutiens toujours, avec les camarades de Dijon. Nous nous étions fait voler le congrès par Martine Aubry, mais nous avons continué à la suivre, et en 2011, au moment de la primaire, j'ai été son mandataire en Côte-d'Or.

Ne faisait-elle pas un peu partie des éléphants du PS, en 2005, quand vous la décrivez comme une personnalité émergente ?


Non. Déjà, ce n'est pas une femme d'appareil. Elle n'était pas inscrite dans les tragicomédies du PS. Et elle avait clairement un positionnement politique qui correspondait à ce que j'aime : la gauche populaire, et pas la gauche populiste.

Aujourd'hui elle sort un livre et on évoque même la possibilité d'une candidature aux européennes… Ségolène Royal est-elle de retour ?


Est-elle vraiment partie un jour ? Je ne crois pas. Elle fait partie de ces responsables politiques dont la parole compte inévitablement.
Son livre est particulièrement intéressant à plusieurs titres : déjà, elle exprime ce que beaucoup de femmes politiques subissent, à savoir un machisme et une misogynie incroyables dans le milieu politique. Et là où c'est plus effrayant, c'est qu'elle ne parle pas du machisme de ses opposants mais de celui de ses propres camarades. Elle participe avec ce livre de la libération de la parole des femmes.

N'est-ce pas un effet d'opportunité que de rebondir sur le mouvement MeToo ?


Non. Pourquoi n'en a-t-elle pas parlé avant ? Parce que, comme elle l'explique, quand on est une femme en politique, pour gagner en crédibilité, il faut travailler deux fois plus que les hommes et sans cesse prouver qu'on est légitime et compétente. C'est une discrimination.
Elle arrive aujourd'hui à un moment de sa vie politique qui fait qu'elle n'a plus rien à prouver.

Vous voulez dire que si elle l'avait fait plus tôt, ça l'aurait pénalisée dans sa carrière ?


Certainement mais ça ne l'a jamais empêché de tenir un discours fort sur l'égalité homme-femmes. Je me souviens qu'à Dijon, le 7 mars 2007, elle avait tenue un grand meeting au Zénith sur ce thème. Mais elle a probablement occulté une partie des attaques qu'elle a subies car elle voulait avancer. Aujourd'hui, la parole des femmes se libère, donc celle de Ségolène se libère aussi.

L'écologie est un autre point important de son livre…


Son action au ministère de l'écologie et sa dénonciation de l'importance des lobbies et de leur influence sur un certain nombre de responsables politiques m'a aussi marqué dans le livre. Je pense notamment à Manuel Valls, qui est allé à l'encontre de sa ministre de l'écologie pour répondre aux demandes des lobbies, et sur des dizaines de sujets : le glyphosate, l'huile de palme, l'éco-taxe, Notre-Dame-des-Landes, Roland-Garros, etc. On voit que Manuel Valls et Emmanuel Macron, en cela, ne sont pas des frères ennemis mais des frères jumeaux. Nicolas Hulot démissionne en septembre, après avoir signé tout ce qu'elle avait refusé, en dénonçant la présence des lobbys au plus haut niveau de l'Etat. Ça aurait pu être la même chose sous Manuel Valls, sauf que Ségolène avait une expérience et un poids politique qui lui permettait de résister, ce que n'avait pas Nicolas Hulot.

Au sujet des carburants d'ailleurs, on lui reproche aujourd'hui de dénoncer la hausse des taxes alors qu'elle l'avait fait avec l'éco-taxe lorsqu'elle était ministre… Qu'en pensez-vous ?


Ségolène, dans la loi sur la transition énergétique, a fait adopter un article novateur qui fait qu'un euro de taxe supplémentaire doit être un euro rendu à la transition énergétique, donc au pouvoir d'achat des Français… Par exemple au sujet des carburants, si l'Etat prenait un centime supplémentaire, il devait être reversé à un dispositif comme par exemple un crédit d'impôt consacré à la rénovation énergétique des bâtiments pour changer des fenêtres et baisser la facture de chauffage. Or, que fait le gouvernement actuellement ? Il augmente les taxes de 7 centimes pour financer ses carences de gestion, et donc, sous couvert d'écologie vertueuse, il fait de l'écologie punitive. Et même pire, il ment : quand Emmanuel Macron dit dans la presse qu'il préfère taxer les carburants plutôt que le travail, il taxe indirectement le travail car il taxe les travailleurs des zones péri-urbaines et rurales qui doivent conduire pour travailler. Il devrait dire qu'il préfère taxer les salariés plutôt que les entreprises pour dire la vérité.

Ségolène Royal se montre aussi comme une farouche opposante à la fusion des régions…


Sur la réforme territoriale, elle dit qu'il y a une succession de réformes qui ont bouleversé le paysage et bousculé des siècles de tradition française. Je suis plus mesuré qu'elle. Certes la loi NOTRe n'est pas parfaite mais je pense qu'il est utile de réfléchir à l'organisation territoriale française.
Pour la loi Maptam, qui a permis la création des métropoles, on le voit ici à Dijon, elle a permis d'amplifier la dynamique d'attractivité territoriale engagée par François Rebsamen.

Ségolène Royal doit-elle être candidate aux élections européennes ?


Je le souhaite. Il faut voir de quelle manière c'est possible dans un rassemblement de la gauche, notamment avec le Parti Socialiste auquel je reste très attaché.

Vous disiez qu'Olivier Faure devait être candidat puisqu'il est chef de parti. Vous avez changé d'avis ?


Je l'ai dit. Olivier Faure est chef de parti, il peut donc logiquement conduire la liste du parti socialiste. Mais la possibilité de voir Ségolène, sur un débat européen où la question des transitions énergétiques et de la qualité de vie seront primordiales, apparaît comme une évidence s'il y avait un choix à faire entre les deux. Elle est experte, compétente et engagée, et en plus, elle ne se couche pas devant les lobbies. Elle n'est pas influençable sur ces questions parce qu'elle a cette idée du bien commun qui surpasse toutes les autres.

Mettre l'écologie au cœur d'un programme de gauche, c'est ce que proposait la France Insoumise en 2017…


Qui a fait la Cop 21, la loi de transition énergétique, etc. ? Nous sommes à la fois un parti qui défend une juste redistribution des fruits du travail et qui met la transition écologique au coeur des politiques publiques au service de la qualité de vie. D'ailleurs, partout où on est en responsabilité, c'est ce que nous faisons.

N'appartient-elle pas trop à ce qu'on appelle «l'ancien monde» pour revenir sur le devant de la scène ?


Si l'ancien monde, ça veut dire répondre aux problématiques concrètes des gens, tandis que le nouveau monde répond aux besoins des riches, ça ne me pose pas de problème d'être de l'ancien monde. La politique, c'est quand même d'améliorer le quotidien des gens dans toutes ses dimensions.
Ce qui me semble aussi intéressant chez Ségolène, c'est qu'elle porte un discours vrai sur la lutte contre les inégalités, qui est l'essence de la gauche. Florence Aubenas a écrit la semaine dernière que la France est coupée en deux entre ceux qui comptent en centimes et ceux qui comptent en millions. Ça illustre bien cette question centrale.

Ségolène a déclaré à Laurent Delahousse dans l'émission 20h30 le dimanche qu'elle n'exclut pas d'être à nouveau candidate à l'élection présidentielle… Qu'en pensez-vous ?


Il est sans doute un peu tôt pour penser à ça. Mais que l'on imagine aujourd'hui la possibilité d'une candidature de Ségolène Royal à l'élection présidentielle est enthousiasmant. A l'heure du dégagisme et du tous pourris, une personne défendant des idées justes, rassembleuse et populaire, c'est vivifiant.

Propos recueilli par Nicolas Richoffer
Photo N.R.
 
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