mardi 22 mai 2018
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GESTION DE L'EAU : François Sauvadet et les présidents de comité de bassin tirent la sonnette d'alarme

01/02/2018 18:36Imprimer l’article
Réunis ce jeudi à Dijon, cinq présidents de comité de bassin mettent en garde d'une seule voix contre les prélèvements financiers du gouvernement, qui les «privent de moyens d'agir». «Soit le gouvernement assume ses responsabilités et nous laisse assumer les nôtres, soit il revoit le périmètre des ses priorités».
François Sauvadet, président du comité de bassin Seine-Normandie, et Thierry Burlot (Loire-Bretagne), Martial Saddier (Rhône-Méditerranée), Claude Gaillard (Rhin-Meuse), André Flajolet (Artois-Picardie) tenaient ce jeudi une conférence de presse à l'issue du séminaire des Présidents de Comité de Bassin. Et le message qu'ils ont unanimement porté -manquait Martin Malvi, président du comité de bassin Adour-Garonne-, se veut alarmiste, à fortiori en cette période de crues qui ont touché toute la France.

«Cette organisation par bassins a fait preuve de son efficacité»


«Plus personne ne conteste le changement climatique avec les excès d'eau en période hivernale et les sécheresses en été» explique François Sauvadet, rappelant que cette conférence des présidents de comité de bassin a été créée il y a un an et se veut un «Parlement de l'eau».
«Le changement climatique exige une stratégie que nous devons avoir en partage. Les bassins sont très différents, donc cette organisation par bassins a fait preuve de son efficacité. Ces comités sont composés de toutes les parties prenantes du sujet : c'est quasiment un des seuls parlements où siègent toutes les forces vivent concernées».

«La situation est sérieuse»


Entrant ensuite dans le vif du sujet, François Sauvadet poursuit : «Le gouvernement a confirmé ses orientations fortes, avec notamment l'ambitions d'être au rendez-vous des renouvellement de réseaux. Il a fixé une feuille de route et nous avons rencontré plusieurs fois le ministre Nicolas Hulot, avec qui nous avons de bons contacts, et faisons notre cette feuille de route. Mais nous sommes aujourd'hui dans un contexte grave. Nous tirons la sonnette d'alarme. Nous souscrivons aux objectifs, mais on nous prive des moyens d'intervenir, par le biais de prélèvements. La situation est sérieuse. On ne peut pas continuer à prélever sur les agences de l'eau des montants considérables sans remettre en cause notre capacité à agir, ou alors il faut revoir ces prélèvements».

«Cette année, ce sera 160 millions de moins de capacité d'action»


Sur les 2,2 milliards d'euros perçus par les agences de l'eau, 500 millions sont prélevés par l'Etat, notamment pour alimenter le budget de l'office national de la chasse et de la faune sauvage (40 millions), l'agence de la biodiversité et les parcs nationaux. «Cette année, ce sera 160 millions de moins de capacité d'action : ce prélèvement de l'état va priver nos partenaires d'une année d'investissement sur les six à venir. Pour le Bassin Seine Normandie, c'est 10% de notre capacité d'investissement en moins» poursuit François Sauvadet. «Soit le gouvernement assume ses responsabilités et nous laisse assumer les nôtres, soit il revoit le périmètre des ses priorités. On ne pourra pas tout faire. Nous avons la main tendue, et allons demander à revoir le ministre Hulot et les deux secrétaires d'état ainsi que la mission parlementaire sur l'eau».
N.R.

Ils ont également dit :


Claude Gaillard, président du comité de bassin Rhin-Meuse :


«Le bassin Rhin-Meuse n'est pas très grand mais a la particularité d'être très international. La ressource, c'est une redevance, payée à 75-80% par les consommateurs. Globalement, quand nos redevances font 2,2 milliards, on nous prend 500 millions. Soit 25%. Nous avons tous développé notre champ de compétence en nous ouvrant à la biodiversité, mais ça demande des fonds. Et on nous dit "vous ne pouvez prélever plus". Et on a aussi des engagement européens en matière de dépollution à tenir. Notre système français par bassins est pris en référence dans beaucoup de pays mais la tendance lourde de recentralisation va le détruire. On touche peut-être à une particularité reconnue et copiée dans le monde entier».

Martial Saddier, président du comité de bassin Rhône-Méditerranée :


«Nous fêtons nos 50 ans d'existence, et 50 ans d'efficacité. Aujourd'hui, la France est encore en train de vendre ce dispositif au monde entier, sur tous les continents. C'est un modèle qui fonctionne.
Par exemple, dans le Bassin Rhône-Méditerranée (+ Corse), il y a le massif du Mont-Blanc. L'an dernier, on a eu deux mois sans eaux au sommet, ce qui n'était jamais arrivé depuis 1870. L'année d'après, on a eu 730 litres (en décembre-janvier à Chamonix), et n'avions jamais enregistré pareille pluviométrie. Alors si des gens doutent encore que la machine se dérègle…
Outre les masses d'eau, la qualité est directement liée à ces 50 ans d'effort. Les coupes budgétaires en fin de 10e programme représentent 70 millions d'euros de retrait financier à trouver : nous devons donc envoyer des lettres de refus de demandes de subventions. Et en 2019 il y aura la deuxième lame du rasoir : la coupe sera encore supérieure».

André Flajolet, président du comité de bassin Artois-Picardie :


«Je suis un ancien parlementaire, ayant notamment conduit le texte sur la DCE : je le dis, on renie notre parole. Il faut maintenir le système car il est gage d'efficacité, de lisibilité et de partenariats. Nous avons, avec lui, affronté les pollutions industrielles, les pollutions domestiques et les pollutions agricoles, et avons fait des efforts considérables, à poursuivre. Nous sommes enthousiastes à poursuivre mais ne pouvons assumer que si nous en avons les moyens. Nous disons donc à l'Etat : respectez le sens même des redevances, qui sont des budgets affectés. Nous ne sommes pas là pour boucher les trous de Bercy. Nous avons décidé de renforcer notre collaboration au niveau national, car si nous ne sommes pas unis, nous n'existons pas, et si on l'est, peut-être aurons nous une chance d'être entendus».

Thierry Burlot, président du comité de bassin Loire-Bretagne :


«Nous devons avoir une vraie politique de l'eau qui intègre le changement climatique, l'aménagement du territoire et la biodiversité. Nous avons vécu 50 belles années, de travail fantastique grâce au système des redevances. Aujourd'hui, on vit une révolution institutionnelle, avec les nouvelles compétences. Avec la compétence de l'eau, dite Gemapi, les collectivités sont passées à la gestion du grand cycle de l'eau. Ce transfert aux EPCI, c'est le passage de l'eau "technique" à l'eau "grand cycle", mais avec des moyens qui ne sont plus à la hauteur. En plus, c'est une mission totalement bénévole. Je veux bien, mais si c'est seulement pour nous dire qu'il n'y a plus d'argent, ça ne durera pas. D'autant qu'on nous rend responsables de la raréfaction des financements».