samedi 23 juin 2018
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DIJON : La pratique sportive des personnes handicapées physiques décomplexée dans l’eau et aux abords

12/03/2018 19:07Imprimer l’article
La journée «Nageons dans la peau d’un autre» a donné lieu, ce lundi à la piscine olympique de Dijon métropole, à des ateliers devant faire comprendre que le handicap et le sport ne sont pas incompatibles, avec des personnes handicapées encouragées à pratiquer les activités sportives et des personnes valides mises à l’épreuve du handicap physique dans la pratique sportive. La journée a lancé la Semaine nationale des personnes handicapées physiques.
«C’est important que les valides se mettent dans notre peau et réalisent ce qu’on vit tous les jours. Mais c’est montrer que le handicap n’est pas horrible non plus. Il faut aussi dédramatiser la chose et les journées comme celle-ci servent à ça». Laura Mahieu était aux abords du grand bassin de la piscine olympique dès l’ouverture de la journée ce lundi.
La jeune nageuse handicapée n’a pas hésité à se lancer dans plusieurs longueurs, du fauteuil roulant jusqu’à baigner dans l’eau et se sentir à l’aise.

«Accepter le regard des autres» par la pratique sportive


Amputée des parties inférieures de ses jambes à la naissance en raison d’une malformation (absence de tibias), aujourd’hui âgée de 18 ans, elle a appris à vivre avec son handicap. La natation qu’elle pratique - «depuis toute petite» - l’a aidée à «accepter le regard des autres», dit-elle. «Je suis passée au-dessus et je me suis même dépassée», ajoute-t-elle.
Ce lundi, elle s’est donc présentée en maillot de bain, sans ses prothèses, comme elle le fait «tous les soirs de la semaine à l’Alliance Dijon Natation, parmi les valides».
Quant à sa pratique sportive, jusqu’à un niveau compétitif, elle assure : «C’est le même sport que pour les personnes valides, avec des entraînements réguliers. Dans le domaine du sport, je pense que le regard des autres sur le handicap a beaucoup évolué, peut-être moins dans la rue et dans la vie de tous les jours mais il y a des progrès. Etre parmi les valides à l’entraînement, ça me booste et je me dis qu’il faut que je les rattrape même si c’est compliqué».

La roue des handicaps a tourné


Les «5 à 10 secondes d’écart sur une distance de 50 mètres» sont bien peu par rapport à ce que représente l’intégration de Laura Mahieu, étudiante très bien dans sa peau et ayant visiblement à coeur de prouver que sport et handicap ne sont pas à dissocier.
En natation handisport donc, celle qui a déjà été titrée au niveau national participera à nouveau aux championnats de France jeunes et adultes cette année. En parlant de compétition, on pouvait aussi remarquer la présence du champion paralympique Charles Rozoy (à Londres en 2012) aux côtés des membres de l’Handphyclub, ce club présidé par Dominique Paris qui assure un créneau de natation handisport tous les lundis soirs (de 18h30 à 20h30, hors vacances scolaires) à la piscine olympique pour des personnes hémiplégiques, paraplégiques ou présentant des troubles associés.
Le handisport - avec comme point fort donc «Nageons dans la peau d’un autre, partagé avec l'APF - était bien l’occasion de sensibiliser au handicap physique. Sur une longueur de 25 mètres, quatre lignes d’eau étaient réservées sur la journée aux personnes s’engageant dans l’épreuve, dans le cadre de laquelle le total de longueurs était comptabilisé par les encadrants.
Afin de rappeler notamment qu’un handicap ne se choisit mais qu’il doit être accepté, le roue des handicaps était déclenchée et déterminait avec quels handicaps les personnes valides devaient se mettre à l’eau et nager.

«Si on le veut, on peut toujours adapter la pratique»


Tony Simon était pour le coup non-voyant. Seulement quelques longueurs lui ont fait en quelque sorte mesurer la difficulté de nager sans la vue.
«C’est déstabilisant quand on sait que la natation est un sport assez cadré. Là, on se rend compte qu’on ne va pas droit. L’évaluation de la longueur doit je pense se travailler avec le nombre de mouvements, mais la difficulté est de suivre la bonne ligne. Il y a forcément d’autres repères à trouver mais c’est forcément plus difficile», a-t-il livré comme ressenti à la sortie de l’eau.
Educateur au service des sports municipal à Longvic, il souligne aussi le mérite des personnes handicapées dans le sport, ainsi que la possibilité d’adaptabilité de la pratique sportive par rapport au handicap : «Si on le veut, on peut toujours adapter. Il y a bien sûr des activités plus compliquées à adapter, comme l’escalade pour les personnes en fauteuil roulant par exemple, mais il y en a d’autres assez accessibles. La natation, ça dépend du monde dans la ligne d’eau, mais la personne handicapée sait nager comme une autre».

Une belle mobilisation


Tony Simon n’était pas venu à la piscine spécialement à l’occasion de cette manifestation. Il s’agissait là aussi de l’intérêt d’une telle journée : attirer des personnes convaincues par le sens de l’action ou en tout cas curieuses quant à l’approche présentée, mais aussi sensibiliser plus largement à la question abordée, en l’occurrence la pratique sportive pour les personnes handicapées physiques. La mobilisation était dynamisée notamment par des étudiants du CREPS Dijon Bourgogne et l’UFR STAPS, des stagiaires associatifs et des services civiques.
L’Association des paralysés de France assurait quant à elle la collation à l’étage de la piscine olympique, mais aussi, avec la participation de l’association Handynamic, l’animation d’ateliers et de parcours (maîtrise du fauteuil, motricité, coordination...) devant la structure.
Etaient invités à cette journée, entre autres nageurs réguliers ou bien visiteurs plus convaincus par la démarche développée, des collégiens de Longvic et des publics venant d’ESAT.

Alix Berthier