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CÔTE-D’OR : Le Conseil départemental vote une aide d’urgence en faveur de l’approvisionnement en eau des éleveurs de l’Auxois-Morvan

09/09/2019 11:25
Elle a été votée en session extraordinaire ce lundi matin.
Ce lundi matin, c’est une session exceptionnelle consacrée aux effets de la sécheresse en Côte-d’Or qui s'est tenue salle des séances au Conseil départemental de la Côte-d’Or. Il s’agissait de la première session départementale depuis le mois de juin.

Après un hommage à Louis Berthou, «un homme qui a beaucoup compté pour notre institution et pour notre territoire», François Sauvadet est rentré dans le vif du sujet, en faisant état de la gravité de la situation due à la sécheresse.
«Aujourd’hui, j’ai décidé de réunir le Conseil départemental afin de voter la création d’une aide d’urgence en faveur de l’approvisionnement en eau destiné à l'abreuvement du bétail des élevages du secteur de l’Auxois-Morvan», a notamment déclaré le président. En expliquant : «Il s’agit d’une subvention pouvant aller jusqu’à 50 % d’une enveloppe de dépenses de 50.000 euros HT par projet d’investissement visant notamment à expérimenter des dispositifs de stockage et de distribution d’eau aux éleveurs».

Le président François Sauvadet a ensuite poursuivi en soulignant l’engagement du Syndicat des Eaux et de Services de l’Auxois-Morvan. «Il devrait être l’un des premiers syndicats à bénéficier de cette nouvelle aide à l’investissement du Conseil départemental», a-t-il insisté, avant de parler des actions durables de la collectivité et de faire savoir qu'un engagement de 11 millions d'euros de la collectivité territoriale sera soumis au vote de l'assemblée en novembre prochain, dans le cadre de l'accord-cadre pluriannuel avec la Chambre d'agriculture.

La mesure d’urgence proposée ce lundi matin a été votée à l’unanimité par l’assemblée départementale, de même qu’un amendement stipulant que des demandes d’aides sur les territoires extérieurs au secteur concerné pourront être étudiées au cas par cas, ainsi qu'un voeu visant les mesures du CETA. Un amendement et un voeu à l'initiative du groupe des Forces de Progrès.

Alix Berthier
Photo : Alix Berthier

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Le discours de François Sauvadet :


«Nous sommes réunis aujourd’hui en session extraordinaire, il s’agit donc de la première session départementale depuis le mois de juin.
 
Hommage à Louis BERTHOU (1925-2019)
 
J’aimerais débuter cette session de rentrée en évoquant la disparition d’un homme qui a beaucoup compté pour notre institution et pour notre territoire : je veux bien sûr parler de notre ami Louis BERTHOU, décédé le 8 août dernier à l’âge de 93 ans.
Chez Louis BERTHOU, je veux saluer, tout d’abord, le courage, la loyauté et le dévouement au service de l’intérêt général.
 
Son engagement militaire, bien sûr.
Engagé en 1943, à l’âge de 18 ans, aux côtés des Forces Françaises en Tunisie, il a très vite rejoint l’artillerie divisionnaire de la légendaire division blindée du Général Leclerc.
Son amour de la France et son combat pour la liberté l’amèneront à participer aux batailles les plus marquantes : le débarquement en Normandie, la libération de Paris, les combats dans les Ardennes, puis en Allemagne.
Il sera ensuite engagé à partir de 1947 dans les combats en Cochinchine, Anam et au Laos aux côtés du Corps Expéditionnaire Français.
 
Son engagement politique mérite également d’être salué.
Maire de Saint Apollinaire de 1971 à 1995, et Vice-président du district de l’agglomération Dijonnaise de 1976 à 1995, Louis BERTHOU aura modernisé sa commune durant ses 4 mandats, transformant un village de 1.000 habitants en une commune de 7.000 personnes où 4.000 emplois seront crées.
Suppléant du Député Louis de BROISSIA pendant 10 ans (1984-1994), puis Conseiller régional de 1995 à 1998, Louis BERTHOU achèvera son dernier mandat au Département de la Côte-d’Or, où il siégera en tant que Conseiller général de 1982 à 2001.
 
Au Département, Louis occupera les fonctions de Vice-président de la Commission affaires financières et générales, de Questeur, et de Vice-président.
 
Enfin, on ne peut saluer la mémoire de Louis sans évoquer son engagement associatif.
Conseiller général honoraire, Louis BERTHOU s’est illustré par son engagement en qualité de Président de l'Amicale des anciens Conseillers Généraux, Départementaux et Régionaux de la Côte-d'Or, mandat qu’il exerçait depuis 2007.
Il avait également exercé les responsabilités de Vice-président délégué du CAUE.
Très actif au sein du monde combattant, il présidait aussi l’association départementale des anciens de la 2ème DB, pour laquelle il avait fait de la transmission de la mémoire aux nouvelles générations une priorité.
Je retrouvais régulièrement Louis lors des travaux de l’association des anciens conseillers généraux, mais aussi chaque année à Nod-sur-Seine, à l’occasion des commémorations de l’anniversaire de la jonction entre la 2e DB et la 1ere DFL [la prochaine cérémonie aura lieu le samedi 14 septembre, où il sera rendu hommage à Louis].
Avec la disparition de Louis BERTHOU, la Côte-d’Or perd donc une figure emblématique.
Sa hauteur de vue, son expérience et sa personnalité attachante nous manqueront.
Je tiens à présenter à son épouse Geneviève, à sa famille, à ses camarades de la 2e DB, à ses anciens collègues conseillers généraux et aux Epleumiens, mes plus sincères condoléances.
 
A présent, Mesdames et Messieurs, je vous demande de bien vouloir vous lever et observer une minute de silence.
 
[Minute de silence]

Aujourd’hui, c’est une session exceptionnelle consacrée aux effets de la sécheresse en Côte-d’Or
 
Nous sommes réunis aujourd’hui pour une session exceptionnelle.
Exceptionnelle, parce que c’est un défi collectif qui se présente à nous et nous n’en sommes qu’au début de nos actions.
Nous l’avons déjà dit en cette enceinte : il nous faut réduire notre vulnérabilité aux variations climatiques, afin d’éviter de forts dommages environnementaux, matériels, financiers mais aussi humains.
La situation est grave aujourd’hui, très difficile dans le monde de l’élevage, en particulier dans l’Auxois-Morvan, en raison de la sécheresse qui a généré une pénurie d’eau.
 
Après trois années de sécheresse estivale, cette année 2019 peut-être considérée comme ayant été marquée par une sécheresse décennale.
C’est une situation inquiétante lorsque l’on sait que 40 millions de m³ d’eau sont prélevés chaque année dans notre seul département.
Depuis novembre 2018, chaque mois connaît une pluviométrie déficitaire.
L’une des conséquences les plus concrètes de ce déficit pluviométrique est que la pousse cumulée des prairies permanentes était déficitaire, au 20 juillet, de -15 %, dans notre région.
L’autre problème, c’est que l’ouest de notre département, (où se situent les ¾ du cheptel départemental) situé en tête de bassin, dispose de réserves aquifères, c'est-à-dire de nappes sous-terraines, de tailles réduites en raison de la géologie.
Et sans apport extérieur sur les 4/5 du territoire, le département ne peut compter que sur les précipitations.
 Et les conséquences sont redoutables lorsque la pluie se fait rare.
Très concrètement, on parle de 160.000 têtes de bovins qui consomment plus de 100 litres d’eau par jour par forte chaleur.
Vous le voyez, les enjeux sont énormes.
 
Pour les cheptels, et bien sûr pour les agriculteurs, qui passent, pour certains, jusqu’à 80 % de leurs temps à abreuver leurs animaux.
Cette situation n’est pas tenable.
En 2015, nous avions voté une aide sécheresse exceptionnelle, mise en place pour l’année en cours, face aux difficultés estivales rencontrées par les éleveurs.
 
Cette aide a permis de prendre en charge partiellement le transport de fourrages bruts grossiers et les aliments de substitution pour un montant total d’environ 200.000 €.
L’an dernier, nous avons aussi connu un épisode de sécheresse, mais moins localisée, qui nous avait conduits à prendre des premières mesures d’urgences pour accompagner les éleveurs en 2018.
Nous avons ainsi maintenu notre dispositif d’aide départementale aux investissements en bâtiment de stockage de fourrage.
Nous avons également renforcé l’aide d’urgence pour l’approvisionnement en fourrage en lien avec la Région qui a la compétence, notamment la compétence pour les aides directes.
 
Aujourd’hui, j’ai décidé de réunir le Conseil départemental en session extraordinaire afin de voter la création d’une aide d’urgence en faveur de l’approvisionnement en eau destiné aux élevages du secteur de l’Auxois-Morvan.
 
Il s’agit d’une subvention pouvant aller jusqu’à 50 % d’une enveloppe de dépenses de 50.000 € HT par projet d’investissement visant notamment à expérimenter des dispositifs de stockage et de distribution d’eau aux éleveurs.
Le dispositif doit être à la croisée des préoccupations, c’est-à-dire être écologiquement durable et économiquement tenable.
 
Le Syndicat des Eaux et de Services de l’Auxois-Morvan (le « SESAM ») a d’ores et déjà engagé des expérimentations pour utiliser de l’eau non potable pour la consommation humaine.
D’ici la fin de l’année, le seul SESAM engagera 5 opérations de mobilisation de ressource en eau existante, il s’agira notamment d’exploiter d’anciennes sources.
Nous sommes bien entendu à ses côtés et aux côtés des collectivités et des syndicats techniques désireux de mener à bien des dépenses d’investissement, afin de faire face aux surcoûts liés à l’approvisionnement exceptionnel en eau (car plus l’approvisionnement est difficile, plus il est cher).
 
Il devrait être l’un des premiers syndicats à bénéficier de cette nouvelle aide à l’investissement du Conseil départemental.
A ces mesures d’urgence, le Département engage des actions durables.
Car ce nouvel effort financier, malgré les contraintes financières et législatives qui pèsent sur notre collectivité, s’inscrit pleinement dans notre Stratégie Départementale d’Adaptation au Changement Climatique (SDACC), dont l’un des piliers porte sur notre politique agricole.
 
Pour son volet agricole, notre SDACC compte 3 grands leviers qui doivent être activés concomitamment :
- adapter les pratiques en conciliant économie et écologie. Cela passe par la réduction de l’usage des intrants, et par le développement de l’agro-écologie.
- investir pour adapter les bâtiments au réchauffement ou encore pour réaliser des bassins de stockage pour l’irrigation,
- expérimenter, innover, conserver : en expérimentant des cultures et des variétés moins gourmandes en eau et plus adaptées localement.
 
Dans cet esprit, le volet « changement climatique » constituera l’un des nouveaux axes de notre accord-cadre pluriannuel avec la Chambre d’Agriculture.
Nous le savons, la gestion de la ressource en eau représente l’une des clés de la capacité de résilience de notre agriculture.
 
La conclusion des Assises Nationales de l’Eau a d’ailleurs ouvert la possibilité de financement par les agences de l’eau de ces bassins et retenues collinaires.
Cela avait notamment été rappelé par le ministre de l’Agriculture lors du salon de l’agriculture. Mais à ce jour, on attend toujours (ainsi que les agences de l’eau) les modalités de ces financements. Je rappelle que ce sont désormais 29 % des eaux pluviales qui sont stockées en Espagne, contre 1,9 %  en France ! La Hongrie et la Pologne ont pour leur part accru leurs capacités de stockage de 13 %.
 
Or, comme chacun le sait, le changement climatique que nous connaissons est en train de rendre ces équipements indispensables. Le Département assumera toute sa part de responsabilité dans ce défi.
 
C’est pourquoi, je vous demanderai de voter ces nouvelles mesures d’urgence ce matin, après la présentation du rapport par le président de la 2è commission intérieure, Marc FROT.»