Infos-dijon.com > Côte-d'Or > Côte d'Or

CÔTE-D’OR : Les ESAT et leurs travailleurs mis à l’honneur au Conseil Départemental

02/02/2018 17:44
La quatrième édition du Forum des ESAT (Établissements et services d’aide par le travail) s’est tenue mardi au Conseil Départemental de Côte-d’Or. Ce sont l’activité et la reconnaissance à poursuivre de ces Etablissements, accueillant des travailleurs handicapés et assurant de réelles prestations professionnelles, qui ont été mises en avant.
En Côte-d’Or comme dans dans d’autres départements, c’est la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) qui évalue les demandes de droits, de prestations et d’orientations des personnes en situation de handicap. Selon des chiffres comptant pour l’année 2016, la CDAPH (Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées) a accordé en Côte-d’Or 4 711 orientations professionnelles (contre 2 833 en 2013), dont 519 orientations vers le travail dit «protégé», c’est à dire vers les ESAT, pour les personnes dont les capacités dues au handicap ne leur permettent pas d’accéder au marché du travail ordinaire.
Le Forum des ESAT a été créé par le Conseil Départemental de Côte-d’Or «pour mettre à l’honneur ces travailleurs handicapés». La journée étant organisée chaque année par la MDPH en partenariat avec l’Agence régionale de santé de Bourgogne-Franche-Comté et bien évidemment les ESAT de la Côte-d’Or, celle-ci donne l’occasion aux participants de se retrouver totalement sur une démarche partagée. Nadège Allée, directrice des ESAT mutualistes de Châtillon-sur-Seine et de Semur-en-Auxois, a répondu à nos questions en ce sens (lire l'interview ci-dessous).
Dans la salle d’honneur de la Cité Henry Berger mardi, la réussite connue lors des trois précédentes éditions a été réaffirmée.
En plus de la coordination opérée pour réunir les représentants et travailleurs d’une dizaine d’ESAT - ils sont 11 en Côte-d’Or - la MDPH cherchait aussi à sensibiliser les plus jeunes, sortant d’instituts médico-éducatifs et amenés à intégrer les ESAT, ainsi que les partenaires du monde du handicap, de l’action sociale ou d’autres organismes et collectivités pouvant solliciter les Etablissements dont il est question.
Les stands et la table ronde, portant sur «les ESAT de demain», ont retenu bien des attentions.

Questions à Nadège Allée

Directrice des ESAT mutualistes
de Châtillon-sur-Seine et de Semur-en-Auxois



Pourquoi participer à un tel Forum ?
«C’est pour ma part la deuxième fois que je participe à ce forum en tant que directrice d’établissements. Pour nous, ce rendez-vous est très important car il permet d’une part de montrer le travail qui est fait dans nos ateliers, de valoriser le travail de nos ouvriers.
D'autre part, je pense que cette production en ESAT n’est pas forcément très bien connue, dans les métiers de la blanchisserie, des espaces verts… Par exemple sur l’ESAT mutualiste Henri Baillot (à Semur-en-Auxois), nous proposons des services dans cinq activités : la blanchisserie, le conditionnement, les espaces verts, la menuiserie et l’hygiène et propreté. Sur l’Etablissement de l’Auxois, il n’y a pas de blanchisserie mais il y a un atelier de maraichage et de floriculture.
Nous sommes donc sur des métiers diversifiés mais aussi très spécifiques, pour lesquels il faut savoir maîtriser les outils, savoir organiser un chantier, savoir établir le contact avec la clientèle… Nos ouvriers se forment, passent des certificats et assurent de vrais travaux.
C’est un travail à la fois des éducateurs, mais ce sont aussi les travailleurs qui apprennent tous les jours.»

Quel est le bénéfice d’une telle journée ?
«Ce Forum est essentiellement une journée d’échanges. On rencontre les jeunes des IME (instituts médico-éducatifs) et on se retrouve entre ESAT. Nous n’avons pas forcément les mêmes activités et c’est l’occasion de créer de nouvelles relations, des passerelles.
Tout un travail préparatoire a été fait et le déroulement est bon.»

Vous parlez d’un travail concret à mettre en avant. Des exemples dans vos structures ?
«Tous les projets professionnels sont réalisés de A à Z avec les travailleurs. En menuiserie, ils ont par exemple réalisé des ruches qui sont exposées sur ce Forum. De la coupe au montage, en ayant contribué à toutes les étapes de fabrication, ce sont des productions qui viennent d’eux, et ils sont là pour en parler.
C’est un travail au quotidien dans les ESAT, sans oublier de suivre avec chacun des ouvriers un projet individuel avec des objectifs à atteindre, aussi bien sur le plan professionnel qu’au niveau de la vie sociale.»

Dans l’optique d’«imaginer les ESAT de demain», que faudrait-il également selon vous pour que l’importance et l’activité de ces Etablissements soit davantage valorisées ?
«Je vais prendre un exemple qui vient de l’ESAT de Semur-en-Auxois : on arrive à 24 000 plants de fleurs à chaque printemps, et ce sont ces plants qui font le fleurissement des communes. Ce n’est pas rien et nous essayons d’anticiper les contacts avec des maires de communes.
Mais c’est encore difficile. Quelques élus sont sensibles à notre production, mais je pense que, de l’extérieur, on ne se rend pas encore totalement compte de la production et la démarche des ESAT, avec toujours des préjugés sur ce qui est réalisé par des travailleurs handicapés.
Cela dit, le handicap doit être et est de mieux en mieux accepté, à commencer par les personnes qui en sont atteintes. Beaucoup de handicaps qui n’étaient pas reconnus avant le sont aujourd'hui ou le seront, donc nous arriverons à une acceptation plus forte et adaptée de ces travailleurs. Ils n'empêche que les prestations qui leur sont demandées restent sérieuses.
Il faut insister sur le fait que nous sommes aussi en ESAT dans une démarche de qualité, avec des commandes de clients à honorer. Nos ESAT sont certifiés ISO 9001 et ce n’est pas pour rien. Sur chaque Etablissement, nous avons une centaine de clients, principalement pour des marchés publics (64 travailleurs handicapés opèrent à l'ESAT de Semur-en-Auxois, et 57 à Châtillon-sur-Seine).»

Enfin, quelles sont les conditions pour qu’un ESAT puisse à accueillir un travailleur ?
«L’accueil est permis par une orientation émise par la MDPH, suivant la nature du handicap notamment. S’ensuit des stages dans nos Etablissements afin de valider un contrat. La personne doit être majeure.»

Alix Berthier