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DIJON : Sophie Harent dynamise le musée Magnin

17/10/2019 03:21
Depuis mars 2018, Sophie Harent occupe la direction du musée Magnin. À l'occasion d'un nouvel accrochage, elle explique pour Infos-Dijon comment elle donne un nouveau souffle à ce musée national.
Sophie Harent est conservateur en chef et directeur du musée Magnin. Elle a commencé sa carrière en étant conservateur adjoint du musée des Beaux-arts de Quimper (Finistère) puis également adjoint au musée des Beaux-arts de Nancy (Meurthe-et-Moselle), pendant huit ans. Elle avait tout particulièrement la charge des collections anciennes, du XVème siècle à la fin du XVIIIème siècle, ainsi que du cabinet d'arts graphiques qui a bénéficié de l'importante donation de Jacques et Guy Thuillier, ces derniers ayant des liens avec la Bourgogne.

Sophie Harent a ensuite travaillé à une des extrémités sud du pays, au musée Bonnat-Héleu à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques). Après sept ans dans ce musée municipal bayonnais, en mars 2018 Sophie Harent a pris la direction de ce musée national qu'est le musée Magnin où elle guide une équipe de vingt personnes (accueil, documentation, médiatrice culturelle...).

La Bourgogne est une terre connue pour Sophie Harent. Le musée des Beaux-arts un endroit souvent fréquenté, de même que le musée Magnin, pendant les études au lycée Carnot. Ses parents habitaient alors Dijon, son père étant directeur commercial d'une grande maison de vins à Nuits-Saint-Georges. Carnot, prépa, École du Louvre, Quimper, Nancy, Bayonne et voici le retour à Dijon ! Sophie Harent a succédé à Rémi Cariel au moment de l'exposition «Exquises esquisses» (novembre 2017-mars 2018). À l'occasion d'un nouvel accrochage sur le thème du cheval, elle a accordé une interview à Infos-Dijon (lire notre article sur «En selle !»).

Quels ont été les premiers temps fort entre mars 2018 et aujourd'hui ?

«Il a fallu monter une programmation très vite. J'avais en tête, très rapidement, de travailler avec les musées de Dijon et avec la municipalité et de m'associer le plus possible à des événements. Il y avait déjà l'idée de faire quelque chose pour les Nuits d'Orient [NDLR : un festival organisé par la Ville de Dijon en décembre], c'est comme ça qu'est née une exposition qui s'appelait «Rêve d'Orient» qui nous a permis de montrer un certain nombre de collection du territoire élargi : Bourgogne-Franche-Comté et Lyon et de montrer certaines richesses de collections publiques françaises.»

«J'avais monté aussi, rapidement, une exposition, avec la complicité de la bibliothèque municipale de Dijon et puis du musée des Beaux-arts, autour de Venise. On a un fond assez important et on venait de faire restaurer deux tableaux : un tableau de Pellegrini et un tableau de Zaïs.»

L'accrochage a-t-il été modifié à votre arrivée ?

«On a modifié des choses dans l'accrochage, notamment au XVIIème, au XVIIIème, dans la salle italienne. L'objectif était de ressortir certaines œuvres qui n'avaient pas été vues depuis longtemps. J'ai pu ressortir un certain nombre d’œuvres anglaises, aussi du nord de l'Europe. Cela a permis de renouveler l'accrochage et présenter aussi, ce qui me tient beaucoup à cœur, des arts graphiques, donc des dessins, parce qu'on a un fond assez important, plus de 600 numéros qui ne sont pas présentés en permanence pour des raisons de conservation mais que l'on peut périodiquement montrer au public et faire dialoguer avec la peinture, la sculpture ou les objets d'art.»

Et actuellement ?

«On continue avec une dynamique, avec actuellement une exposition autour du cheval. (…) Il y a un accrochage dans le cadre de «Patrimoines écrits en Bourgogne-Franche-Comté» auquel on s'est associé, autour du cheval, puisque le thème de cette année, c'est l'animal. On a choisi un des animaux «phare» de la collection, donc assez présent.»

«Pour les Nuits d'Orient 2019, nous allons proposer une exposition consacrée à Auguste Bartholdi en Orient puisque le sculpteur de la statue de la Liberté est Colmarien mais très lié à un Dijonnais qui est Gustave Eiffel. Grâce au Musée Bartholdi de Colmar, on a pu obtenir des prêts en assez grand nombre : une soixantaine d’œuvres qui vont être présentées simplement au rez-de-chaussée du musée. Notamment les dessins, des photographies originales de Bartholdi puisque Bartholdi était aussi photographe et de la peinture qui évoqueront son voyage en Orient en 1855-1856 et aussi comment ce voyage a eu une influence à long terme puisqu'il a fait une autre tentative en 1868-1869 pour proposer un mausolée et, également, une statue qui était un phare pour Suez et ce phare pour Suez est devenu la Statue de la Liberté presque vingt ans plus en 1886. C'est aussi une histoire qui se perpétue et qui se raccroche de manière peut-être pas directe à Dijon.»

Qu'est-ce qui préside à vos choix ?

«Il y a des choix qui sont dictés par l'histoire même de la collection, l'histoire de ce bâtiment et de la façon dont cette collection a été constituée par Maurice et Jeanne Magnin. C'est très important parce que je pense qu'il faut que Magnin s'affirme comme un étant un musée de collectionneur donc par rapport à d'autres collectionneur. Une des orientations futures, ça sera vraiment de présenter des collections particulières ou publiques mais, vraiment, de montrer en quoi il y a une filiation, comment ils s'inscrivent dans histoire dans la durée, avec leurs prédécesseurs et avec leurs successeurs. Comment on achète des choses pour constituer un ensemble ?»

«Maurice Magnin avait des moyens financiers mais il s'était fixé des limites. Il achetait essentiellement en ventes publique avec une somme avec laquelle il partait dans la poche quasiment, à l'Hôtel Drouot quasi quotidiennement. Son idée c'était, probablement dicté par sa sœur Jeanne, ne pas rechercher que les grands noms mais de reconstituer une histoire de l'art à travers aussi leurs élèves, leurs ateliers. Comment finalement on constitue une histoire du regard qui ne se limite pas aux grands phares auxquels tout le monde s'intéresse ? Mais aussi tous ces gens qui ont constitué vraiment un fil et ce fil directeur c'est celui qui a conduit a la constitution de cette collection.»

«Il y aura aussi des chois stylistiques qui peuvent être dictés par un certain nombre d'éléments qui peuvent être le choix de dialoguer avec des événements dans la ville, sur le territoire. Cela peut être aussi des choix thématiques qui peuvent présider à un réaccrochage mais qui seront plutôt des réaccrochages ponctuels.»

«L'idée c'est quand même toujours de respecter la volonté de Maurice Magnin. Donc garder un accrochage assez dense même si on l'a un petit peu étiré aujourd'hui par rapport à ce qu'il était en 1938 et aussi présenter ce que Maurice Magnin voulait présenter. C'est-à-dire toutes les écoles, faire dialoguer la peinture avec des objets, avec dessins. Valoriser les écoles : montrer effectivement qu'il y a la France qui est un des gros ensemble de la collection mais il y a aussi une très très belle collection italienne, une belle collection – rare – de peintres allemands, de peintres britanniques que l'on voit très peu dans les collections publiques. Il y a encore des recherches à mener pour retrouver des noms, retrouver des ateliers, mieux comprendre comment cette histoire de l'art s'est écrite, cette histoire des formes, cette histoire du goût depuis la Renaissance jusqu'au début du XXème siècle.»

Le musée Magnin avait bénéficié d'une tranche de travaux dans les années 1990. Une nouvelle tranche devrait débuter en juin 2020 pour durer jusqu'en 2021. Que les amateurs d'art se rassurent, le musée restera ouvert. À la suite des travaux, devrait être présentée la collection Giuseppe De Vito consacrée à la peinture napolitaine du XVIIème siècle.

Jean-Christophe Tardivon



À deux pas du palais des ducs de Bourgogne...


… se situe l'hôtel Lantin, hôtel particulier du XVIIème, qui accueille aujourd'hui le musée Magnin


Une salle de ce musée national présentant œuvres d'art, objets de décoration et mobilier


Portrait du collectionneur Maurice Magnin (1861-1939) par Jean-Gabriel Goulinat (1930)


Sophie Harent, conservateur en chef, dirige le musée Magnin depuis mars 2018