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VIOLENCES CONJUGALES : «Nommons enfin les choses et avec force»

16/10/2019 16:30
Le Mouvement radical social-libéral a choisi Dijon pour entamer une série de tables rondes sur les questions et problématiques tournant autour des violences conjugales. Les féminicides devaient être évoqués franchement lors de cette réunion.
Tenant à rappeler ses valeurs notamment progressistes et humanistes, à la fois en tant que «plus ancien parti de France (né en 1901) et jeune formation politique datant de fin 2017», le Mouvement radical social-libéral affirme qu’il ne pouvait pas être absent des réflexions et des échanges menés en écho au Grenelle des violences conjugales lancé en septembre dernier par le gouvernement.
C’est ainsi que le parti entend organiser jusqu’en février 2020 des tables rondes sur les questions des violences conjugales, de La Rochelle à Strasbourg en passant par la région parisienne notamment. La première étape a été organisée à Dijon, où Maxime Moulazadeh, secrétaire général du Mouvement radical social-libéral de Côte-d’Or, a accueilli à la salle Chambelland, rue Olympe de Gouges, plusieurs personnalités nationales du MRSL dont la secrétaire nationale Henriette Diadio-Dasylva et Olga Johnson, présidente du Mouvement à Paris et conseillère municipale.

«Arrêtons aujourd’hui de fermer les yeux»


À l’initiative de ces rencontres, la secrétaire nationale du MRSL espère que les discussions développées permettront d’apporter des réponses aux victimes, «de les aider à trouver des solutions car il faut dire stop, stop à ces violences et aux féminicides».
«Féminicides, et si on en parlait ?», tel était d’ailleurs le thème de la première réunion organisée le 11 octobre dernier. Et sur le terme fort employé, les représentantes du MRSL n’ont pas mâché leurs mots. «Ce sont des meurtres commis par des hommes parce que ce sont des femmes… Arrêtons aujourd’hui de fermer les yeux car nous sommes également complices de ces violences conjugales», a lancé Henriette Diadio-Dasylva, qualifiant d’«inadmissible» ces situations de souffrance, pour les enfants également, et souhaitant que le recours aux dispositifs anti-rapprochements soit élargi ou encore que la capacité de réponses aux appels au 3919 soient augmentée.

«Un féminicide, c’est une femme brûlée, étranglée, égorgée»…


Ayant souligné elle aussi les 120 féminicides cette année (même 121 depuis ce début de semaine…), Olga Johnson a insisté : «Il faut que ça cesse. Le fait de parler du bracelet électronique, c’est bien mais on ne va se réjouir d’avoir dix ans de retard dans l’application de cette mesure».
Pour le MRSL, le Grenelle des violences conjugales ne peut pas faire de mal car il s’agit de réfléchir à des avancées, sans toutefois avoir peur de faire état des situations et de nommer les choses. Olga Johnson poursuit en ce sens : «Arrêtons les tabous. Un féminicide, c’est une femme brûlée, étranglée, égorgée. Et je soutiens les féministes pour leurs affichages dans la capitale, jugés pourtant sauvages… Arrêtons d’être softs. Et un tueur n’est pas amoureux, c’est impossible. Nommons enfin les choses et avec force». Concernant les mesures évoquées, la conseillère municipale de Paris se demande pourquoi les placements en hébergement d’urgence ne relève pas directement des maires des communes, «pour pouvoir réagir plus rapidement». Elle plaide aussi pour que les victimes quittent le domicile, «car il est quand même toujours dangereux de donner l’occasion à l’auteur des violences conjugales de savoir où la victime se trouve, si c’est elle qui reste chez elle».

Le terme «a un impact, et c’est une réalité»


L’emploi du terme féminicide, «ça permet de mieux accentuer cette problématique. Il a un impact et c’est une réalité, bien au-delà d’un drame familiale comme il a été trop souvent qualifié par le passé», fait remarquer Marie Vindy, présidente de Solidarité Femmes 21, qui met l’accent sur le fait que le féminicide n’est «pas le coup de trop», mais bien un meurtre trop longtemps minimisé peut-on dire par le passé.
Aujourd’hui, paradoxalement, les féminicides font davantage réagir mais la communication autour des violences conjugales font que les risques augmentent pour les victimes voulant en parler et se faire accompagner… «On n’arrive plus à répondre à toutes ces femmes et c’est un échec terrible pour nous», alerte Marie Vindy pour pointer les besoins humains nécessaires aux associations d’aide aux victimes. Tout cela également pour continuer à renforcer un cadre encourageant les victimes à s’exprimer. «Encore 80% de femmes victimes de violences conjugales ne le disent jamais», assure Anne Joseleau, directrice de Solidarité Femmes 21.

En parler franchement


«Beaucoup de femmes n’osent pas, elles ont peur du jugement…», avance quant à elle Marie-Lou Soares, qui s’en est sortie grâce au théâtre, convaincue aujourd’hui que ce moyen d’expression peut être une vraie victoire.
Sensibilisation, formations, hébergement d’urgence… Les besoins sont multiples. Henry Dupas, président des Jeunes Radicaux, englobe toutes sortes et types de violences, des intra-familiales aux féminicides. Laurine Roux souhaite que l’on en parle franchement lors des tables rondes du MRSL. Avec l’idée de faire émerger des propositions que les représentants locaux et territoriaux du Mouvement porteront dans l’optique des élections municipales.
À Dijon, on pouvait aussi noter les présences de Fadila Khattabi et Didier Martin, députés LaREM en Côte-d’Or, Marien Lovichi, conseiller municipal de Dijon, ou bien de Stéphane Colaiacovo, président de l’association Althéa (alternatives thérapeutiques pour les auteurs de violences conjugales) et de Sandrine Prat-Peyrou, avocate au barreau de Dijon spécialisée notamment dans le droit de la famille.

Alix Berthier
Photos : Jean-Christophe Tardivon

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