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POÉSIE : Michel Lagrange offre des mots avec des ailes

28/10/2019 17:19
À Dijon, ce samedi, l'association des Poètes de l'amitié a remis son prix de poésie annuel à Michel Lagrange, auteur de Châtillon-sur-Seine.
Le plus fidèle des adhérents du cercle des Poètes de l'amitié a été honoré ce samedi 26 octobre 2019 au cellier de Clairvaux à Dijon. La remise du prix annuel par Stephen Blanchard (président des Poètes de l'amitié) a eu lieu en présence de Christine Martin et de Patrice Chateau (adjoints au maire de Dijon). Gérard Ciceri représentait la Ligue contre le Cancer puisque le prix de vente de 50 exemplaires de l'ouvrage du lauréat est destiné à contribuer de financer la prévention, la recherche ainsi que l'accompagnement de malades et de leur famille.

«Des mots avec des ailes»


L'ouvrage récompensé est une pièce poétique en quatre actes «qui se noue autour du drame 'd'Un homme à l'abandon sauvé par le poème', un drame moderne de la solitude d'un personnage en friche mais qui porte en lui le trésor de la littérature et le pouvoir du langage, décloisonné entre deux arts qui se croisent, l'art poétique et l'art théâtral, avec l'enjeu vital de joindre l'art à la vie en s'appuyant sur les figures tutélaires, les phares nommés par Baudelaire, qui l'aident à entrer en résilience» selon les mots de Yolaine Blanchard.

Stephen Blanchard préfèra convoquer un philosophe pour évoquer l'auteur châtillonnais : «à l'instar de Montaigne qui a privilégié l'expression de la poésie capable de le transpercer et transporter dès son enfance, il porte dans sa quête de soi une guerre intime et sans répit pour vaincre le silence source de l'exil, rien que de plus mortel qu'un silence qui conduit à la déréliction quand, nourri de la beauté, le mot amour s'enflamme dans une symphonie majeure jusqu'à se faire crucifier vivant sur un peu de chaleur humaine, se perdre et s'abolir afin d'exister quelque part et d'investir le vide malgré l'impasse de l'étreinte et l'échec du rêve écrasé dans mes paumes, entre souffrance et deuil, ciel blanc, ciel noir, il n'a que son chaos à vendre».

À deux voix, Yolaine et Stephen Blanchard ont salué les mots de Michel Lagrange, «des mots que le hasard du sexe obligent à changer de coutume et de clarté selon les mœurs du paysage et nos rapports à l'univers, des mots pollens au va et vient danseur dans les rayons de la lumière, on peut parler d'anges gardiens de l'invisible, des mots de tremblement comme au-dessus de la terre en chaleur quand la réalité veut sortir d'ici bas pour se porter vers l'invisible, des mots prométhéens pour des voleurs de feu, des mots virils effervescents, ouvrant des perspectives où l'air circule, des mots de femme offrant l'amour et l'eau d'un puits dans le désert, l'étreinte au long d'un corps, je sais des mots qui n'aiment pas le flou des vêtements, des mots criant de vérité, meilleurs et plus réels que ce qu'ils portent, des mots avec des ailes».

«La poésie nous fait voyager»


À son tour, Patrice Chateau a rendu hommage au poète célébré ce jour par quelques mots de sa composition : «un homme à l'abandon sauvé par le poème nous confie aux confins de la nuit et du jour. Il débute dans l'angoisse et a le regard blême du soldat rescapé dont l'espoir de retour s'abîme. Ses rêveries sensuelles et solitaires le retiennent. Ses pensées noires le désespèrent. Soudain, roncier, voyageur, suicidaire, les mots le sauvent. Effervescence inespérées. Bravo !»

Pour sa part Christine Martin a choisi de souligner le parcours de Michel Lagrange marqué par la rencontre de grands artistes français : René Char, Pierre Soulages, Marguerite Yourcenar... «La poésie nous rend vivants, la poésie nous fait voyager, (…) la poésie est moderne, elle est l'enfance, elle est l'âge adulte, elle va au-delà de ce que nous pouvons dire avec nos simples petites phrases qui encombrent l'infini» selon l'adjointe à la culture. «Merci de nous offrir des mondes de plénitude» a-t-elle adressé à Michel Lagrange.

«Le cœur contre le nombril, la fenêtre contre le miroir»


Des membres de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon étaient aussi présents dans la salle pour écouter le poète. Michel Lagrange a remercié Yolaine et Stephen Blanchard pour leur «travail obstiné, d'autant plus méritoire que c'est un travail à contre-courant de notre époque prosaïque, d'une médiocrité bruyante et consumériste, d'une époque de déspiritualisation, d'une époque de matérialisme épais, de rentabilité dictatoriale et même du rejet de la culture et de l'effort».

L'auteur châtillonnais a cité Pierre Emmanuel à partir d'une de ses préfaces où il plaidait pour «un combat intellectuel et spirituel, un élan vers ce qui nous dépasse et nous métamorphose, la poésie comme exercice, comme acte spirituel dont le risque s'inscrit dans l'existence même, ce n'est pas un jeu, c'est une édification de soi, un destin». La poésie que défend Michel Lagrange est «une sorte de voyage intérieur, de l'émotion à l'intelligence, de l'intelligence à l'esprit, de l'esprit à l'art, c'est le cœur contre le nombril, c'est la fenêtre contre le miroir».

Après ces élévations portées par le souffle des mots, le groupe bourguignon des Grapilleurs, venu de Marsannay-la-Côte, a égayé l'assemblée par des chansons bachiques a capella à même de favoriser la convivialité.

Les poètes de l'amitié

Michel Lagrange a ainsi reçu le 27ème prix de l'association des Poètes de l'amitié qui existe depuis 1974. Elle édite la revue trimestrielle de création littéraire et artistique Florilège. La structure est soutenue par les Villes de Dijon, Talant et Chenôve ainsi que par le conseil départemental de la Côte-d'Or.

Un homme à l'abandon sauvé par le poème, Michel Lagrange, éditions Les presses littéraires, collection Florilège (prix de vente : dix euros)

L'association donne rendez-vous le 20 novembre à 20h au Théâtre de la Fontaine-d'Ouche à Dijon pour une soirée de poésies et de chansons au profit de la Chaîne de l'espoir à l'occasion de la Journée mondiale de l'Enfance (entrée 10 euros, tarif réduit 5 euros).

Rendez-vous aussi le 13 décembre à 18h  l'hôtel de Vogüé à Dijon pour des extraits lus des «Villes tentaculaires et les campagnes hallucinées» d’Émile Verhaeren (entrée 8 euros, tarif réduit 5 euros).

Jean-Christophe Tardivon