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15/01/2021 19:56

ACADÉMIE DE DIJON : «L’école offre la possibilité de passer d’une identité reçue à une identité assumée»

C’est au lycée Carnot à Dijon que le séminaire Valeurs de la République était organisé à l’adresse des cadres de l’Éducation Nationale de l’académie de Dijon, jeudi 14 janvier. Il a été question de laïcité mais aussi du rôle émancipateur de l’école alors que les enseignants constatent une augmentation de la contestation de leurs cours.

Cette journée du 14 janvier 2021, proposée en présentiel et sous forme de webinaire, s’inscrivait dans un programme de formation ayant «pour objectif de mettre l’accent sur la formation aux principes de laïcité des équipes dans les établissements, et sur le traitement des situations d’atteintes aux valeurs de la République».

Dans l’ancienne chapelle du lycée, Nathalie Albert-Moretti, rectrice de l’académie de Dijon, a alors ouvert la journée sur le terme de laïcité, parlant avant tout de «brûlante actualité» en faisant remarquer que cette journée allait se dérouler «quelques semaines seulement après l’assassinat effroyable de Samuel Paty».

L’équilibre au travers de la laïcité


Selon la rectrice, la laïcité est «l’expression de la liberté et garantit l’égalité en ne privilégiant aucune religion. Et elle est fraternité car tout le monde mérite le même respect».
Quand est-il au sein de l’école ? Nathalie Albert-Moretti s’appuie sur des notions juridiques mais aussi des jurisprudences pour souligner un équilibre qui doit être assuré sur les questions de laïcité, celui entre la neutralité-abstention dans le sens où les agents publics de l’Éducation Nationale ainsi que les élèves n’ont pas à afficher une préférence pour telle ou telle religion, la neutralité-conciliation «puisque le service public ne peut pas tout à fait ignorer le fait religieux» et la neutralité-libération sachant que l’enfant peut évoluer avec ses convictions et croyances en respectant celle des autres.

Grand témoin de cette journée, Iannis Roder, secrétaire général adjoint du Conseil des sages de la laïcité, a ensuite essayé de livrer un éclairage sur la considération aujourd’hui pour l’école de la République.

Directeur de l’Observatoire de l’éducation à la Fondation Jean Jaurès, il renvoie à l’enquête Ipsos réalisée pour la Fondation «dans l’après Samuel Paty». Enquête réalisée auprès d’un panel de 800 enseignants.

«La nécessaire cohésion de l’école de la République»


«Lors de l’hommage à Samuel Paty dans les établissements scolaires, 19% des enseignants ont fait état d’incidents, 34% dans les établissements situés en REP». Comparant ces taux aux chiffres plus conséquents remontés au ministère, Iannis Roder suppose que «beaucoup de choses restent dans les établissements. Mais signaler, c’est protéger les élèves, protéger les enfants».

«53% des enseignants disent qu’ils ont dû faire face à des contestations de leurs cours. 24% disent qu’ils rencontrent ces contestations plusieurs fois par an», poursuit le grand témoin, qui pointe une augmentation de la contestation par rapport à un sondage mené il y a trois ans.
Une tendance se confirme aussi dans l’auto-censure : «42% des enseignants se sont déjà autocensurés au moins une fois sur les questions religieuses, 49% dans le second degré. 27% le font plusieurs fois dans l’année scolaire. C’est 14 points de plus qu’il y a trois ans».

«La question est celle de l’interface que joue l’école entre la République, qu’elle représente, et la société dans laquelle se trouve cet établissement. C’est dans cette interface que viennent se confronter les dynamiques qui sont à l’oeuvre, des visions du monde qui sont antagoniques. L’école est le réceptacle de ce qui se joue dans les quartiers dans lesquels se trouvent les établissements scolaires. Nos élèves ne laissent pas leurs sensibilités à la porte de l’école. C’est la difficulté que rencontre l’école de la République».

En réponse à ce constat et à l’évidence qu’une vision absolutiste de l’école est «impossible» dans le monde d’aujourd’hui, Iannis Roder incite à renforcer «la nécessaire cohésion de l’école de la République».
Celle-ci mériterait d’être travaillée : «16% des enseignants disent ne pas signaler les incidents. 84% le font mais seulement 56% les signalent à leurs directions. 86% des enseignants disent avoir le sentiment d’être soutenus mais 54% trouvent que le soutien est total. Sur la réponse à apporter aux incidents, 30% des enseignants pensent que celle-ci est trop complaisante. Il y a un sentiment de manque de soutien de la part de la hiérarchie».

Le rôle d’intégration de l’école


Pour Iannis Roder, l’enjeu de cohérence doit être au centre d’une école de la République plus forte : «Si l’école de la République veut pouvoir faire face, il faut qu’il y ait une cohésion, une cohérence interne, une objectivation du rôle de l’école, de son rôle émancipateur, libérateur, qui doit être connu de tous et rappelé à tous, pour que les enseignants ne se sentent pas délaissés et qu’il y ait une synergie entre les différents corps composant les établissements scolaires».

«Quels défis relever aujourd’hui ?». La question a été développée par Philippe Gaudin, directeur de l’Institut européen en sciences des religions. Ayant rappelé suivant sa définition ce qu’est la laïcité, «la protection et l’encadrement de la liberté de conscience et de culte par la loi d’un État non-confessionnel» ou bien «la liberté de croire autrement dans le cadre d’un ordre public», l’intervenant a placé l’école de la République sur le plan de l’intégration.

Notant que «la France de 2021 n’est pas celle de 1905» et que «l’État-Nation s’est fragilisé», Philippe Gaudin est conscient qu’il n’existe pas de laïcité stricte tout en assurant qu’il n’est pas question de stigmatiser l’islam. Pour mieux comprendre et pouvoir aborder avec plus de pédagogie les questions religieuses, il plaide pour une formation qui contiendrait un enseignement du fait religieux.
Quant à l’utilisation des caricatures de Mahomet en classe, Philippe Gaudin se dit dubitatif : «Vous ne pouvez pas enseigner quand vous blessez».

La deuxième partie de la journée fut consacrée aux stratégies pédagogiques contre les théories du complot mais aussi à l’éducation à l’information et à la citoyenneté, au travers des interventions de Hubert Strouk, formateur au Mémorial de la Shoah, et Nathalie Barbery, référente du Clemi en Bourgogne-Franche-Comté.

L'émancipation sur des bases de laïcité


L’école est émancipatrice dans un cadre prônant l’égalité, par les principes de laïcité. C’est notamment l’un des messages qui a été réaffirmé ce jeudi 14 janvier 2021.

«L’école offre la possibilité de passer d’une identité reçue à une identité assumée. Cette émancipation est possible grâce à la confrontation avec d’autres élèves», a apprécié Iannis Roder, convaincu que l’école de la République et sa laïcité restent des bases à maintenir solides. Cela pour répondre à un enseignant ayant justement pointé un cadre qui a ses limites : «L’école ne sert pas simplement à acquérir des connaissances. Elle est aussi l’acquisition d’un savoir-être, le développement de l’esprit critique. Il y a un affaiblissement de l’école car il y a un certain nombre de choses que nous ne maîtrisons pas, que nous ne pouvons maîtriser : ce qui se passe dans les familles, l’utilisation des réseaux sociaux. Ces conceptions sont différentes des valeurs républicaines».

Selon les intervenants de la journée, c’est au sein de l’école que l’ouverture d’esprit est permise, au-delà notamment des influences religieuses.

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier