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16/11/2021 03:17

ACADÉMIE DE DIJON : Les personnels de direction, «à bout de souffle», demandent l’écoute et la confiance de leur hiérarchie

C’est sur une enquête réalisée auprès de 4.400 principaux, proviseurs et adjoints que le Syndicat national des personnels de direction de l’Education nationale s’appuie pout tirer la sonnette d’alarme sur la dégradation des conditions de travail et le manque de considération de la part de la hiérarchie. Les représentants du syndicat au niveau de l’académie de Dijon ont fait le point ce lundi 15 novembre.
Au niveau national, le SNPDEN, affilié à l’Unsa Éducation, est le syndicat majoritaire des personnels de direction dans l’Éducation nationale. Il fédère plus de la moitié des 13.400 proviseurs, principaux, chefs et adjoints des collèges et lycées publics de France.
Au niveau de l’académie de Dijon, on compte 330 personnels de direction titulaires. La section académique du SNPDEN enregistre 199 adhérents.

Ce lundi 15 novembre 2021, le secrétaire académique du SNPDEN-Unsa Jérôme Naime a tenu à «alerter sur nos conditions de travail qui se dégradent depuis longtemps». Avec à ses côtés : Laure Chouzet, secrétaire académique adjointe et représentante aussi de la Nièvre, Gilles Bonnefoy, secrétaire départemental du SNPDEN pour la Saône-et-Loire, Isabelle Maciejewski pour l’Yonne et Christophe Salahub pour la Côte-d’Or.


Une enquête nationale réalisée avec l’appui du syndicat auprès de 4.400 personnels de direction - «Les personnels de direction à bout de souffle, en demande d’avenirs» - a fait ressortir «des indicateurs alarmants» selon le syndicat.
L’enquête est réalisée par Georges Fotinos et José-Mario Horenstein avec le soutien de la MGEN et de la Casden. Les personnels de direction sollicités représentent 33 % de ce corps-là, 48 % des collèges et lycées publics, 76 % des élèves du secondaire public en France.

«Ce n’est pas le numérique qui doit piloter l’Éducation nationale»


Au collège Clos de Pouilly à Dijon, parmi une assemblée de personnels directement concernés, les représentants du syndicat dans les différents départements qu’englobe l’académie de Dijon n’ont pas été très tendres avec le ministère de l’Éducation nationale.

«On n’arrivent pas à s’y retrouver», a-t-on d’abord entendu à propos de la place du numérique dans les établissements. Et selon les personnels de direction, la crise sanitaire et mesures imposées en distanciel n’ont fait qu’accentuer le fait que «ce n’est pas le numérique qui doit piloter l’Éducation nationale».
Jérôme Naime pointe par exemple l’aberration d’un portail interacadémique «sans aucun moteur de recherche, où les informations sont noyées». La «démultiplication» des mails engendre aussi «une grosse perte de temps, avec un tas de mails envoyés à tous, qui ne concernent parfois même pas notre établissement».

Gilles Bonnefoy, 20 ans de direction à son actif, résume : «On n’a pas arrêté de créer des applicatifs numériques pour nous faciliter la vie. Ça nous a surtout donné beaucoup plus de travail».

Des transferts de charges du rectorat aux établissements sont évoqués, comme l’impression ou la numérisation des copies d’examens.

Dans l’enquête évoquée, 92 % des personnels de direction déplorent une dégradation de leurs conditions de travail, 84 % déclarent se sentir dans l’incapacité d’assumer correctement toutes leurs missions. 77 % déclarent une dégradation de leur confiance dans l’institution.

Du temps passé à «gérer les incohérences»


Les personnels de direction du SNPDEN-Unsa dénoncent aussi une RH de proximité que l’on fait trop peser sur les épaules des chefs d’établissements. «C’est à nous qu’incombe la gestion des personnels non-affectés, ou bien quand un établissement est en manque d’une infirmière ou d’un médecin scolaire».

Plus explicitement, Jérôme Naime affirme que les principaux et proviseurs sont sans cesse en train de devoir trouver l’équilibre pour le bon fonctionnement de leurs établissements. En faisant remarquer : «Il faut qu’on gère toutes ces incohérences alors que ça va à l’encontre de l’objectif de voir nos élèves réussir. Les examens, c’est une gestion de crise permanente depuis trois ans, alors que le baccalauréat devait être simplifié selon le ministère. On aurait dû passer quand même de 11 à 25 épreuves en E3C».

Le SNPDEN reproche une communication ministérielle à grands coups médiatiques qui n’est pas suivie d’effets. Pour le syndicat, l’enseignement à distance développé durant la crise a été un échec. La vaccination des enseignants n’a pas été une priorité. «L’hommage à Samuel Paty (en 2020), c’était tout et son contraire sur ce que l’on pouvait faire ou pas. Cette année, nous avons eu juste une semaine pour tout organiser», ajoute le secrétaire académique. En lâchant sur un autre registre, un brin ironique : «Quand on gère la crise par une Foire aux questions… Je n’en dis pas plus, vous avez compris».

La crise sanitaire «a permis d’avancer sur la solidarité au sein des équipes car nous avons essayé de faire au mieux», mesure Jérôme Naime, en regrettant toutefois des pressions subies de la part de la hiérarchie.

«Les chefs d’établissements en première ligne» sont des fusibles. Ce sont en substance les propos du secrétaire académique du SNPDEN-Unsa qui remonte à février 2018, lorsque le proviseur du lycée Gallieni de Toulouse avait été remplacé suite à des violences verbales et physiques d’élèves envers les professeurs. «Il en avait pourtant informé l’inspection académique, mais rien n’avait été fait», déplore Jérôme Naime.

43 % des personnels de direction interrogés dans le cadre de l’enquête déclarent une dégradation de leurs relations avec leur hiérarchie.

«Notre hiérarchie ne remédie pas aux problèmes»


Le secrétaire académique du syndicat admet que, dans l’académie de Dijon, le dialogue avec le rectorat est «constructif et plutôt bienveillant». Tout en précisant : «Mais ils ne répondent pas à nos questions. Notre hiérarchie ne remédie pas aux problèmes. Et notre devoir de réserve ne peut pas dépasser certaines limites comme celle de notre santé».

La perte de sens du métier et les risques psycho-sociaux sont avancés. 82 % des personnels de direction déclarent des troubles du sommeil et un stress perçu comme fréquent. 59 % déclarent avoir parfois, régulièrement ou fréquemment une mauvaise opinion de soi. 12,6 % reconnaissent avoir parfois, régulièrement ou fréquemment des pensées suicidaires.

Aujourd’hui, les personnels de direction demandent à la fois à ce que leurs actions soient priorisées par leur hiérarchie et que la confiance dans l’autonomie des établissements soit rétablie, en même temps que l’application de la charte des établissements publics locaux d’enseignement portant notamment sur leur pilotage soit respectée.

«Si nous avions respecté les injonctions strictes venant de la rue de Grenelle (pour le retour des élèves à l’école durant la crise sanitaire), les établissements n’auraient pu rouvrir. À un moment donné, on devait même tracer des carrés dans la cour de récréation. Le brassage était interdit. On a réussi à négocier le quand c’est possible mais on a mis du temps à l’obtenir». Selon Jérôme Naime, «cette crise du Covid a surtout montré la capacité d’adaptation des chefs d’établissements».

Le SNPDEN-Unsa tire ainsi la sonnette d’alarme par cette enquête. Pour le syndicat, il est temps que le ministère entende les personnels de direction, «qui sont quand même les premiers leviers d’évolution des établissements». Il est aussi question pour le syndicat de redonner du sens et de l’attractivité au métier. «L’école de la confiance était le leitmotiv au début du mandat», a notamment déploré Jérôme Naime ce lundi.

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier

Le rectorat répond au SNDPEN







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