
«Il n'est pas surprenant de voir l’extrême droite européenne, dont fait partie le
Rassemblement National, trahir son ADN politique par opportunisme en se
joignant à l’opposition majoritaire du Parlement européen à la
renationalisation de la Politique Agricole Commune», claque le Député Européen à l'adresse du porte parole du RN.
«Monsieur Odoul,
Le Salon international de l’agriculture 2026 est
terminé. Votre démonstration annuelle d’indignation l’est également. Et
pendant que les caméras se déplacent ailleurs, les difficultés des
agriculteurs, elles, se poursuivent.
Votre lettre aux agriculteurs
de Bourgogne–Franche- Comté se veut un message de soutien. Elle est
surtout un exercice de récupération politique et l’énième preuve de
votre prétention à détenir le monopole de la défense des agriculteurs.
Sur
l’accord UE-Mercosur, vous accusez pêle-mêle, l’Union européenne, le
gouvernement français et le président de la République. Vous pointez du
doigt leur prétendue soumission aux « diktats » de la Commission
européenne. Et dans ce pêle-mêle, vous omettez systématiquement le rôle
décisif qu’a joué votre alliée politique, Giorgia Meloni dans le
basculement du Conseil en faveur de l’application du traité UE-
Mercosur.
C’est bien le renversement de position de l’Italie entre
les votes de décembre et janvier, qui a permis l’obtention de la
majorité nécessaire à l’approbation du traité. Giorgia Meloni et
l’extrême-droite italienne sont restés sourds aux revendications des
agriculteurs italiens, dont deux- mille, venus manifester à Strasbourg
et à Bruxelles. A l’inverse, à chaque fois qu’il a fallu se positionner
officiellement, la France et le président de la République, ne vous en
déplaise, se sont opposés à la mise en œuvre du traité.
En
Bourgogne-Franche-Comté et ailleurs, nous n’avons pas besoin de
porte-voix occasionnels qui s’affichent quelques jours par an aux cotés
des agriculteurs pour leur expliquer comment fonctionne leur métier.
L’avenir de notre profession est mis à mal et nous avons besoin de
responsables capables de travailler avec continuité, sans opportunisme.
À
ce sujet, il n’est d’ailleurs pas surprenant de voir l’extrême droite
européenne, dont fait partie le Rassemblement National, trahir son ADN
politique par opportunisme en se joignant à l’opposition majoritaire du
Parlement européen à la renationalisation de la Politique Agricole
Commune (PAC).
Cette idée aurait dû vous plaire mais elle n’est pas
en vogue chez les agriculteurs, alors vous allez où le vent le plus
favorable vous mène, en joignant vos critiques à celles des partis
pro-européens qui eux, dénoncent cette idée folle, en cohérence avec
leur ligne politique.
Sur le sujet crucial des dossiers FEADER, les
agriculteurs de Bourgogne-Franche-Comté n’ont que faire des lettres de
soutien. Ils réclament leur dû. Et c’est au Conseil régional de prendre
ses responsabilités, en s’appuyant sur l’ensemble des forces politiques.
Il est plus qu’urgent d’apporter une réponse sérieuse aux délais
d’instruction et de paiement que la Région a laissé s’accumuler depuis
des années.
D’un côté, on impose aux agriculteurs une bureaucratie
délirante, qui conditionne les aides à des précisions absurdes : la
marque ou la forme de la tôle installée sur nos bâtiments, parmi tant
d’autres. Et pendant ce temps, la Région se montre incapable de verser
les subventions dues dans des délais raisonnables. Dans ces conditions,
M. Odoul, vous auriez tort de vous priver de dénoncer la gestion
catastrophique de ces dossiers. Après tout, il est vrai que personne
n’est mieux placé que votre famille politique, pour donner des leçons
sur l’utilisation des sous de l’Europe.
Sur le reste, je ne lis dans
votre lettre que des grands thèmes vagues qui font déjà tous l’objet de
réflexions avancées, au niveau national et européen. Concernant la
proposition de création d’un Label régional, je vous invite par exemple à
consulter cette initiative :
www.jveuxdulocalbfc.fr,
créée par les agriculteurs et soutenue par la Région. Si vous
n’occupiez pas votre temps à donner des leçons aux agriculteurs, ou
pire, à faire de l’humour noir sur leurs souffrances, peut-être ne
seriez-vous pas passé à côté.
Les défis auxquels est confrontée la
profession agricole exigent du sérieux, en France comme en Europe. Ils
ne se résoudront pas exclusivement par le tapage médiatique.
Jérémy DECERLE
Agriculteur en Saône-et-Loire et député européen