
«On a déjà réussi à relocaliser certaines productions en Bourgogne-Franche-Comté», s'est félicitée la représentante du préfet, ce jeudi 16 avril, à Dijon, à l'issue du lancement de la déclinaison régionale des Conférences de la souveraineté alimentaire. À la chambre d'agriculture, on soulève les enjeux de la production de volailles ainsi que de fruits.

Comment la Bourgogne-Franche-Comté peut-elle contribuer à «la reconquête de la souveraineté alimentaire» de la France ? Pour répondre, le gouvernement a organisé une concertation qui est la déclinaison à l'échelle régionale des Conférences de la souveraineté alimentaire.
Le lancement de cette concertation en Bourgogne-Franche-Comté s'est déroulée, ce jeudi 16 avril 2026, dans les locaux dijonnais de l'Institut Agro. Étaient représentés la préfecture de la région, les services déconcentrés de l’État, le conseil régional, le monde agricole dont les chambres d'agriculture ainsi que l'industrie agroalimentaire. Soit un total de près de 200 personnes.
Des Conférences de la souveraineté alimentaire
«Quand un pays n'est plus souverain dans son alimentation, il est dans la main d'autrui», alertait Annie Genevard, le 25 février dernier, à Paris sur le stand de la Région Bourgogne-Franche-Comté au Salon de l'agriculture (
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Selon le ministère, ces Conférences de la souveraineté alimentaire se situent dans le cadre de la loi sur la souveraineté agricole et le renouvellement des génération en agriculture (LOSARGA) qui fait de la souveraineté alimentaire un «intérêt général majeure».
Les conférences visent à «fixer de façon collective les ambitions de la France en matière de souveraineté alimentaire, en tenant compte des évolutions de marché (offre/demande) mondiales, européennes et nationales, du contexte géopolitique, de l’impact du changement climatique et de la disponibilité des ressources» (retrouver le communiqué).
La concertation définira «un plan national de production et de transformation à horizon dix ans» après des échanges au niveau national, aux niveaux régionaux et même une «grande consultation citoyenne».
«Qu'est-ce qu'il faut produire pour être moins dépendant ?»
«L'enjeu est de se dire qu'est-ce qu'il faut produire pour être moins dépendant et rayonner, être un acteur de poids sur la scène internationale», précise Perrine Serre, secrétaire générale aux affaires régionales de la préfecture de la région Bourgogne-Franche-Comté (SGAR), lors d'une conférence de presse à l'issue de la réunion de lancement.
«En Bourgogne-Franche-Comté, on a déjà un savoir-faire en termes d'exportation grâce à des produits d'excellence qui sont reconnus sur la scène internationale», relève la SGAR. «Qu'est-ce qu'on peut développer pour produire davantage et aller toucher d'autres secteurs ?»
Tendre vers «une synergie totale entre l'amont et l'aval»
«Si ce n'est pour apporter du revenu, on aura du mal à embarquer les agriculteurs», prévient Christian Morel (divers gauche), vice-président de la Région Bourgogne-Franche-Comté, qui prend l'exemple de la filière comté et son cahier des charges. «Le Doubs et le Jura sont les seuls deux départements qui installent autant d'agriculteurs qu'ils n'en perdent.»
L'élu régional appelle donc à tendre vers «une synergie totale entre l'amont et l'aval» en prenant un autre exemple, celui du plan d'engraissement des jeunes bovins qui incite à relocaliser l'activité en région plutôt que de la confier à l'Italie : «on créée de la valeur et on amène de l'alimentation de qualité».
Filière comté ou plan engraissement, «quand on essaie de travailler des produits élaborés, on amène de l'emploi, de la richesse sur un territoire», assure-t-il.
«On a déjà réussi à relocaliser certaines productions en Bourgogne-Franche-Comté», se félicite ainsi la SGAR qui ajoute l'exemple de la production de moutarde. «On a réussi de recréer des projets sur nos territoires qui permettent de répondre à la demande.»
25 ans de déconstruction de la production agricole
«Ce qu'on a mis 25 ans à déconstruire, on ne le refera pas en un claquement de doigt», alerte toutefois Christian Morel, «c'est un travail de long terme qui se fera avec le consommateur, croire que l'agriculture va imposer sa manière de travailler est un erreur. Il faut répondre à toutes les gammes dont les consommateurs ont besoin».
«La [politique agricole commune] a influencé énormément les productions dans la région mais peut-être pas toujours pour ce que le consommateur voulait», concède l'élu régional, «c'est l'aube d'un mouvement collectif, du début de la chaîne jusqu'à la fin de la chaîne».
Éviter d'être dépendants des États-Unis ou de la Chine
«Tous les acteurs ont réunis pour identifier les sujets», se félicite Arnaud Gaillot, président de la Coopération agricole Bourgogne Franche-Comté, «il faut examiner toutes les filières».
«Il ne faut pas qu'on laisse à penser qu'on irait vers une économie administrée, par l’État ou par l'Europe», remarque-t-il cependant. «Soit on garde la capacité de décider l'alimentation qu'on a demain, soit on sera dépendant de grandes puissances que sont les États-Unis, la Russie ou la Chine.»
«La France a un des meilleurs contextes pédoclimatiques de la planète»
Président de la chambre régionale d'agriculture, Vincent Lavier se montre optimiste : «l'Europe de l'ouest a plutôt de bonnes conditions de production ; on a la chance en France d'avoir un des meilleurs contextes pédoclimatiques de la planète pour faire de la production agricole (…) même si, avec l'évolution du climat, on a quelques contraintes supplémentaires».
«On est capable de produire tout ce dont les consommateurs ont besoin pour manger et pour vivre, hormis quelques productions exotiques», glisse l'agriculteur qui fait néanmoins le constat que l'«on importe de plus en plus ce que l'on consomme».
«Les choses ont commencé à se détricoter dans le secteur des fruits et légumes», analyse-t-il, «secteur où les coûts de production sont extrêmement dépendants des coûts de la main d’œuvre». «On doit être capable de faire ce qu'on fait les Allemands, les Italiens, les Espagnols, les Belges [qui ont réussi à faire en sorte que] leurs balances commerciales ne soient pas dégradées tout en assurant un auto-approvisionnement important.»
«Comment on amène une prise de conscience des consommateurs ?»
«On peut aussi s'interroger sur comment changer le mode de consommation», poursuit Perrine Serre. «Comment on amène une prise de conscience des consommateurs pour qu'ils soient aussi des acteurs à part entière de la reconquête de la souveraineté agricole ?»
«Pour commencer d'apporter des réponses, on y arrivera pas sans le consommateur, on doit l'emmener avec nous», abonde Vincent Lavier, même si «l'alimentation est devenue la variable d'ajustement des budgets».
«On fait croire aux consommateurs que l'alimentation vaut peu», regrette à son tour Christian Morel tandis que Cyrille Forest, président de la chambre d'agriculture de la Nièvre, glisse que, «à travers le consommateur, c'est aussi nos produits français qu'on défend et l'emploi au niveau du territoire».
«Trouver des compromis» pour produire des volailles nourries aux céréales
Concrètement, en Bourgogne-Franche-Comté, Vincent Lavier identifie des enjeux concernant la production de viandes blanches avec son corollaire de l'alimentation animale.
Alors que la consommation de viandes blanches augmente fortement, la France est très déficitaire. «Il faut qu'on trouve des compromis pour installer des ateliers», martèle le président de la chambre d'agriculture régionale, «on ne va pas continuer à importer des poulets d'Ukraine, de Pologne, d'Indonésie».
Point positif pour cette filière, «les granivores consomment des grains que l'on sait produire» et «les abattoirs sont bien structurés» en Bourgogne-Franche-Comté. «Cela redonnerait de l'autonomie à nos systèmes agricoles.»
Le changement climatique pourrait favoriser la production de fruits
Un autre enjeu concerne la production de fruits et de légumes alors que Fabrice Voillot (PS), conseiller régional délégué à l'alimentation de proximité, analyse que «des terres maraîchères ont été perdues au profit de zones dortoirs», citant l'exemple du Val de Saône.
«On réussira cette reconquête avec l'appui des consommateurs», veut croire Vincent Lavier, «qualitativement, on sait faire des produits qui sont reconnus, avec peu d'intrants, contrairement à d'autres pays».
«Il y a des choses qui n'ont jamais été faites par le passé mais qu'on pourrait faire maintenant parce que les conditions changent», note Perrine Serre, estimant que «sur la filière fruitière, il y a un potentiel devant nous».
Tandis que Michaël Muhlematter, président de la chambre d'agriculture de la Haute-Saône, alerte sur la réglementation en matière d'irrigation, la SGAR signale effectivement qu'«il y a un enjeu de partage des usages» en matière de foncier et de ressource en eau.
Vers la définition de projets concrets prioritaires
La Conférence de la souveraineté alimentaire de Bourgogne-Franche-Comté continuera jusqu'en juin. Chaque département travaillera sur une filière spécifique. Puis, seront définis «des projets concrets qui répondent à la stratégie nationale, en faisant travailler des acteurs entre eux pour qu'il y ait une chaîne concrète en cohérence avec les modes de production de notre territoire».
Des projets prioritaires seront alors «identifiés, labellisées, accompagnés financièrement» par les chambres d'agriculture, les services de l'État et de la Région ainsi que les chercheurs. Leur présentation est prévue lors d'une réunion de restitution avant d'enchaîner sur une phase opérationnelle.
Jean-Christophe Tardivon



























