
Les quatre plus hauts personnages de l’État se sont retrouvés dans la collégiale Notre-Dame de Semur-en-Auxois, ce mardi 25 août, pour rendre hommage au sénateur qui a mené «une vie au service des Français».

Victime d'un accident de vélo, le sénateur François Patriat s'est éteint le 19 août dernier, à Dijon. Ses obsèques ont eu lieu, ce mardi 25 août 2026, dans la collégiale Notre-Dame de Semur-en-Auxois, ville où il naquit, en 1943.
Plus de 700 personnes ont assisté à l'office dans l'église et une centaine d'autres ont suivi la retransmission sur un grand écran installé au niveau du parvis. La cérémonie a été présidée par l'archevêque de Dijon Antoine Hérouard, assisté du père Serge Athenor, curé de la paroisse.
Une cérémonie en présence des quatre premiers personnages de l’État
Plusieurs anciens ministres ont participé discrètement, entrant par le côté de l'église – et repartant de même –, accueillis par Catherine Sadon, maire de la commune. Ainsi, étaient présents notamment Sébastien Lecornu, actuel Premier ministre, et ses prédécesseurs François Bayrou, Gabriel Attal et Élisabeth Borne ainsi que Bruno Le Maire ou encore Éric Dupond-Moretti.
De nombreux sénateurs ont tenu à assister à la cérémonie à commencer par Gérard Larcher, président de la chambre haute, ainsi que Hervé Marseille, Patrick Kanner, Marie Mercier et les Côte-d'Oriens Alain Houpert et Anne-Catherine Loisier.
Présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet avait fait le déplacement avec notamment les Côte-d'Oriens Catherine Hervieu et Hubert Brigand.
Parmi les élus territoriaux, on pouvait remarquer Jérôme Durain, président du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay, sa prédécesseure, François Sauvadet, président du conseil départemental de la Côte-d'Or, François Rebsamen, président de la Métropole de Dijon, Patrick Molinoz, vice-président de la Région et président de la communauté de communes du Pays d'Alésia et de la Seine, ainsi que les maires de leur commune respective Alain Becquet (Seurre), Pierre Bolze (Beaune), Vincent Chauvet (Autun), Marie-Line Duparc (Saint-Jean-de-Losne), Nathalie Koenders (Dijon), Laurence Porte (Montbard), Denis Thomas (Meursault) ou encore Céline Vialet (Pasques)
En dehors de son président, la Région était représentée également par les vice-présidents Michel Neugnot et Stéphanie Modde. D'anciennes élues ont participé à l'hommage : Isabelle Lajoux, Florence Ombret et Sladana Zivkovic.
Parmi ces personnalités, seul Emmanuel Macron, président de la République – surtout présent en tant qu'«ami» du défunt –, est arrivé via le parvis, accompagné de la préfète Violaine Démaret, avec la famille menée par Élisabeth Patriat, épouse du défunt, suivant à pied le véhicule transportant le cercueil.
Ainsi, les quatre premiers personnages de l’État se trouvaient regroupés dans la collégiale le temps de cet hommage à l'élu de la République.
«Un visionnaire de l'agriculture»
Chacun des orateurs a abordé une facette de la vie de François Patriat. Dominique Chambrette, ancien président syndicaliste agricole de la FDSEA de la Côte-d'Or et ancien président de la chambre départementale d'agriculture, est revenu sur l'ancrage territorial du vétérinaire de profession, issu d'une «vieille dynastie terrienne» présente depuis près de 600 ans dans l'Auxois.
Dominique Chambrette s'est souvenu de sa première rencontre, en 1990, avec celui qui était alors député de la Côte-d'Or et qui l'avait marqué par son regard «d'une infinie douceur et d'une détermination sans faille». Il a salué «un visionnaire de l'agriculture» et «un infatigable défenseur des zones intermédiaires» qui ministre de l'Agriculture, en 2002.
«Un homme profondément lié aux autres»
Dans une lecture à plusieurs voix, les petits-enfants du défunt ont ravivé les souvenirs de famille pour mieux faire ressentir l'humanité qui l'habitait.
Ils ont aussi déploré l'accident de vélo, survenu le 17 juillet dernier, à Pouilly-en-Auxois, dont les suites ont emporté leur «grand-père adoré». Une enquête est toujours en cours pour déterminer les circonstances.
«Tu nous as transmis bien plus que des souvenirs, tu nous as appris l'importance de la famille, de la générosité, de la persévérance et de l'amour des autres», ont-il souligné. «Tu seras désormais dans l'invisible mais jamais vraiment loin de nous.»
Au nom des trois enfants du défunt, Grégory Patriat, a remémoré «un homme profondément lié aux autres, ancré dans le tissu de nos vies et de notre région». «Il aimait la terre, il aimait la vie, il aimait le mouvement.»
Vigneron de profession, Grégory Patriat a enfin rendu hommage à «un incroyable épicurien», amateur de vins et chasseur.
«Tu rêvais d'un homme qui bousculerait les choses sans nécessairement renverser la table»
Claude Patriat, professeur émérite de sciences politiques à l'Université Bourgogne Europe (
lire notre article), a souligné les raisons de l'engagement de François Patriat en politique. Aiguillonné par son mentor, le résistant progressiste Pierre Meunier, il opte pour le camp socialiste, auprès de Michel Rocard pour «sa vision d'une version moderne d'une social-démocratie répondant aux exigences d'un monde en mutation», sans toutefois rompre avec François Mitterrand, reconnaissant «son sens du pouvoir, du temps et de la terre».
Il fut élu conseiller général PS de la Côte-d'Or en 1976 puis député en 1981 – malgré une candidature en dissidence du parti à la rose – pour 17 ans.
Nommé ministre durant un an et demi, en période de cohabitation entre Jacques Chirac et Lionel Jospin, il devint président du conseil régional de Bourgogne, de 2004 à 2015. Il a accédé à la chambre haute en 2008, devenant président du groupe des sénateurs soutenant Emmanuel Macron, en 2017.
Chez ce dernier, c'est «la puissance d'action et d'intelligence des situations» qui avaient motivé François Patriat à rejoindre les tout premiers Marcheurs, dès le 6 avril 2016 : «tu rêvais d'un homme qui bousculerait les choses sans nécessairement renverser la table».
Emmanuel Macron salue «une vie au service des Français»
«La vie allait très bien à François Patriat», a déclaré mezza vocce Emmanuel Macron en préambule d'une synthèse de «toutes ces vies» dont, surtout, «une vie au service des Français».
«Il fut l'homme de plusieurs en même temps», a salué celui qui a fait sienne la formule, désormais étendard du social-libéralisme, en prenant l'exemple des négociations ministérielles menées en leur temps avec les écologistes et les chasseurs. «Fanfan, c'était la vie», a condensé amicalement l'orateur, «alors, merci Fanfan !»
Une lecture du «chemin» de François Patriat
La parole revenant à l'archevêque Antoine Hérouard, celui-ci a ravivé la dimension religieuse de la cérémonie. Selon sa famille, ces dernières années, le rapport de François Patriat au catholicisme était «évolutif».
Face au parcours familial et citoyen abordé par les orateurs, le ministre du culte s'est appuyé sur une lettre de l'apôtre Paul aux chrétiens de la ville de Colosses pour faire du chemin le thème de son homélie. Un chemin qui s'est décliné en «engagement», «espérance» et «alliance». Des notions que l'assistance pouvait retrouver dans «les vies» de François Patriat.
S'adressant à chaque personne de l'assistance, croyante ou non, l'homme de foi a cité l’Évangile qui rapporte une parole de Jésus à ses disciples pour proposer un lien entre les différents aspects de l'hommage : «Pour aller où je vais, vous savez le chemin. (…) Je suis le chemin, la vérité et la vie».
«Pour les chrétiens, la vérité n'est pas un système philosophique ou un système politique, la vérité, c'est d'abord quelqu'un en qui on peut mettre sa confiance et qui nous invite à marcher avec lui», a insisté l'archevêque. «Nous croyons que Jésus nous ouvre le chemin de la vie.»
À l'issue de la cérémonie, le chef de l’État ainsi que la plupart des ministres et anciens ministres, sont donc sortis par le côté de l'église pour des raisons de sécurité, tandis que les participants rejoignaient le porche ou le parvis. Une salve d'applaudissements a alors salué la mémoire de François Patriat quand le cercueil a été replacé dans son dernier véhicule.
«Une personnalité politique au-delà des clivages»
Depuis le parvis, deux autres «Marcheurs de la première heure» ont livré leur témoignage. «C'était une cérémonie pleine d'émotion», a réagi Fadila Khattabi, ancienne députée de la Côte-d'Or et ancienne ministre. «On est un peu orphelin, il va beaucoup nous manquer.»
Saluant «une personnalité politique au-delà des clivages», Fadila Khattabi a considéré que «François Patriat aimait le pouvoir pour être dans l'action et être au service de la population, pour améliorer le quotidien des gens ; il aimait la politique dans le sens noble du terme». «C'était un formidable compagnon de route, j'ai aimé travailler à ses côtés. Il aimait la vie, il aimait les gens.»
Pour sa part, Didier Martin, ancien député de la Côte-d'Or, s'est félicité de la présence de «personnalités nationales de premier plan» à cet hommage. «François Patriat incarnait si bien la Bourgogne, l'esprit français. Il a développé pendant de nombreuses années un service exemplaire, à tous les niveaux où il a été élu.»
Jean-Christophe Tardivon











































































































































