
Il avait mis de l’émotion dans ses assiettes. Ce mardi 9 décembre, l’émotion était forte quand Dominique, Bérangère et Blanche Loiseau ont dévoilé une statue de deux mètres de hauteur, dans les jardins du restaurant La Côte d’Or, à Saulieu, où il était venu s’installer, il y a 50 ans.
Il était une fois Bernard Loiseau. Un type pas comme les autres. Un chef cuisinier devenu parmi les plus grands de ce monde. Une référence mondiale qui a fait de Saulieu un des épicentres de la cuisine élevée au plus haut rang. Avant la fin que l’on sait.
Mardi, à un peu plus de midi, à cet instant de la journée où il faisait chanter les papilles de ses clients, leur mettant des étoiles autant dans leurs yeux que dans leur palais, Bernard Loiseau est réapparu dans les jardins. Il était déjà présent en photos sur les murs du célèbre restaurant. Il est désormais dans les jardins, avec une statue de deux mètres de haut, qui a été dévoilée par Dominique, l’épouse qui au plus fort de la tempête a continué de tenir la barre, Bérangère et Blanche, ses deux filles qui sont aujourd’hui aux affaires du groupe.
L’émotion était forte, les gorges forcément un peu serrées, les larmes pour beaucoup contenues. Car Bernard Loiseau était un monument. En ces instants, Dominique Loiseau a laissé parler son cœur autant que ses émotions, en levant les bras pour célébrer une nouvelle fois ce mari tant aimé et aimé de tous.
En ces instants d’écriture, reviennent les larmes de Bernard Poirette à l’antenne de RTL, pleurant le chef devenu ami. Reviennent tant de souvenirs. Reviennent ces formules de ce chef qui laissait parler son cœur, avec des formules devenues célèbres (*). Reviennent les souvenirs de ses interventions à la radio ou à la télévision, quand il donnait envie de cuisiner.
Reviennent les souvenirs de parties de basket à Roanne, où le lundi il jouait en équipe avec les Troisgros contre une équipe de lycéens… Reviennent sa démonstration magistrale à un colloque sur les fruits et légumes, à L’arc au Creusot où devant des centaines de personnes il avait expliqué comment il était simple de faire une bonne jardinière de légumes – en faisant cuire chaque variété de légume à part -.
Revienne les souvenirs de ce jour où, venant au Creusot pour un repas de prestige avec le Ministre du Tourisme et une exposition de photos à L’arc, il avait été contrôlé, à Marmagne, par les gendarmes du Creusot qui l’avaient fait souffler dans le ballon pour constater que ce grand Monsieur n’avait pas un gramme d’alcool dans le sang. Il avait ri si fort que les militaires avaient souri d’avoir vu la tronche d’un autre chef 3 étoiles, pas vraiment content qu’on le fasse souffler dans le ballon.
Bernard Loiseau ne laissait personne indifférent. D’abord reconnu par le Gault et Millau, il avait ensuite été consacré par le Michelin qui avait redonné 3 étoiles au célèbre restaurant de Saulieu.
Alors oui, comme Freddie Mercury qui a sa statue au bord du Lac Léman à Montreux en Suisse, Bernard Loiseau méritait d’avoir sa statue à Saulieu. Il est très bien qu’elle se trouve dans les jardins du restaurant étoilé. «Monsieur Loiseau», comme l’a toujours appelé son fidèle Patrick Bertron, qui a repris le manche en 2003, est chez lui. Ce qui frappe quand on regarde sa statue, c’est que l’on retrouve sa joie de vivre. Cet enthousiasme débordant et communicatif.
Alors oui, il était normal que les émotions soient XXXXXL mardi à Saulieu. Bérangère, dans un court discours, les a très bien traduites. 50 ans après l’arrivée de Bernard Loiseau à Saulieu, où il avait statufié le restaurant, il a donc désormais sa statue. A jamais. C’est la marque des grands. Mais Bernard Loiseau n’était pas grand. Il était immense. Un géant de la cuisine qui a contribué à ce qu’elle rayonne sur le monde… Comme avant lui Alexandre Dumaine, Paul Bocuse, Jean et Pierre Troisgros, chez qui il avait débuté en 1968…
Comme l’a rappelé Bérangère, arrivé à Saulieu en 1975, il n’a pas tardé à être étoilé au Michelin : La 1ère en 1977, la seconde en 81, la troisième en 1991.
Que reste-t-il en cette année 2025 de l’œuvre de Bernard Loiseau ? «Un ADN incontournable du patrimoine français», souligne Bérangère. Un ADN que les équipes s’évertuent à perpétuer et à solidifier. Les yeux rivés vers l’avenir. Le travail d’une équipe. «Car sans mon personnel je ne suis rien», disait Bernard Loiseau, ainsi que sa fille l’a rappelé.
Alain BOLLERY
Dominique Loiseau décorée
À l'issue du dévoilement de la statue, Dominique Loiseau a reçu le grade
de Chevalier de l’Ordre français du rayonnement gastronomique des mains
de l’ex-chef de l’Elysée Guillaume Gomez, une distinction saluant son
engagement constant et sans-faille pour perpétuer l’héritage de Bernard
Loiseau.
Un déjeuner d’exception orchestré par Louis-Philippe Vigilant.
Qui
dit déjeuner d’anniversaire dit célébration gourmande, et la Maison
Bernard Loiseau n’a pas dérogé à la règle pour ses 50 ans. Le chef a
imaginé un menu hommage, vibrant et raffiné, où se mêlaient savoir-faire
historique et créativité contemporaine. Les convives ont ainsi dégusté,
entre autres, les jambonnettes de grenouilles, un clin d’œil
incontournable car c’était un peu LE plat emblématique de Monsieur
Loiseau ; puis une poularde Alexandre Dumaine contisée de truffes
noires, accompagnée d’une chartreuse de riz et de légumes au foie gras,
le tout sublimé par un bouillon corsé. Un moment de haute gastronomie, à
la hauteur de l’événement.
La bûche-anniversaire : un hommage gourmand signé de la talentueuse Lucile Vigilant
Pour
cet anniversaire, la cheffe pâtissière Lucile Vigilant a imaginé une
bûche spéciale “50 ans”, présentée pour la première fois lors du
déjeuner.








































