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01/12/2020 13:29

BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ : «2020 année horribilis pour le tourisme» selon Marie-Guite Dufay

Alors que l'activité touristique s'est effondrée dans le monde entier, les acteurs de la filière envisagent déjà les perspectives pour les prochaines années. Le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté a organisé ce mardi 1er décembre un webinaire remplaçant les habituelles Assises régionales du tourisme pour rappeler ses ambitions en vue d'attirer de nouveaux touristes.

Avec un virus SARS-CoV-2 qui profite des interactions sociales et des brassages de populations pour se multiplier, le secteur du tourisme a été parmi les plus durement affecté dès le début de l'épidémie. Aux avants-postes de l'économie, les acteurs touristiques ont vu les annulations tomber dès le début de l'année 2020 (lire notre article sur les guides conférenciers).

Aujourd'hui, on estime que l'activité touristique a diminué de 80% dans le monde. En France, la perte de chiffre d'affaires est estimée en baisse de 30% par rapport à 2019 ; cela sans compter les effets de l'arrêt des remontées mécaniques dans les stations de ski.

Pour aborder les actions mises en œuvre en 2020 ainsi que les perspectives concernant 2021, le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté a diffusé en direct depuis Besançon un webinaire ce mardi 1er décembre 2020 tenant lieu de cinquième édition des Assises régionales du tourisme. Selon les organisateurs, plus de 600 personnes ont suivi ce séminaire en ligne.
L'introduction a été effectuée par Marie-Guite Dufay (PS), présidente du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, Patrick Ayache (PS), vice-président au tourisme, et Loïc Niepceron (PS), conseiller régional et président de Bourgogne-Franche-Comté Tourisme

Développer, protéger, prévoir l'avenir


Rétrospectivement, l'activité touristique contribue à justifie la fusion des conseils régionaux selon Marie-Guite Dufay. «L'alliance totalement naturelle entre les beauté de la Bourgogne et les richesses de la Franche-Comté» conduit à faire du tourisme «une carte maîtresse» de la grande région. D'où la constitution d'une communauté de travail autour du comité régional du tourisme, une des premières structures à avoir fusionné : «il y a des intérêts évidents à pousser l'attractivité de notre région». Même si le tourisme est possible partout en France, Marie-Guite Dufay défend les vignobles, le patrimoine historique et la gastronomie de la Bourgogne-Franche-Comté : «ici, il y a quelque chose qui relève de la simplicité, de l'authenticité».

Revenant au sujet du jour, la présidente de Région qualifie 2020 d'«année horribilis» pour le secteur touristique. «Au cœur des montagnes du Jura, on sait ce qu'est l'esprit de coopération» souligne Marie-Guite Dufay pour évoquer les mesures prises par la collectivité. Après avoir «développé» le secteur, la présidente de Région indique avoir fait en sorte de le «protéger» et maintenant de «prévoir l'avenir». Le rôle du conseil régional étant de pousser les professionnels du tourisme à «prendre des risques» notamment par des investissements.

Le sujet d'une éventuelle prise en charge des loyers des acteurs touristiques est «sur la table» indique Marie-Guite Dufay. Il est travaillé par la collectivité dans le même cadre que pour les commerçants. Un fonds spécifique, abondé par la Région et les EPCI, est géré par les élus locaux qui «se sont vus délégués par la Région des aides qui leur permettent d'intervenir auprès des commerçants et des acteurs qui voient leur activité suspendue et qui voit au-delà du fonds national de solidarité».

Développer le tourisme durable avec des équipements nouveaux


Alors qu'il neige ce mardi sur Besançon, Patrick Ayache a «une pensée pour les stations de moyenne montagne» (lire notre article sur la station des Rousses). Le vice-président présente ensuite les mesures de la Région d'abord en urgence au printemps puis en faveur d'une relance cet automne. Le fonds d'investissement doté de six millions d'euros pour 1.500 opérateurs a été «entièrement utilisé» durant l'été.

«Désormais, nous nous inscrivons dans la durée avec un plan de relance qui a vocation à accompagner la reprise de l'investissement dans le domaine touristique» insiste le vice-président. «Il n'y aura plus le même tourisme qu'avant» anticipe Patrick Ayache qui ajoute que la marque de la région correspond à «un tourisme sain».

Une accélération du tourisme durable est attendue. Ce qui fait se rejoindre les préoccupations immédiates des stations de ski et les projections liées au changement climatique. Concernant les stations de moyenne montagne dans les Vosges du sud ou dans le massif du Jura, «nous voulons les aider à inventer de nouveau modèle de stations y compris en se projetant après 2030 où il n'y aura probablement plus de neige» explique Patrick Ayache.

Parmi les atouts permettant de développer un tourisme durable, le vice-président souligne la «région d'itinérance» qu'est- la Bourgogne-Franche-Comté : à pied, à cheval, en bateau ou encore à vélo. «Nous avons décidé de donner un coup d 'accélérateur pour des itinéraires d'excellence» annonce Patrick Ayache, des itinéraires nationalement et internationalement connus, ce qui devrait bénéficier aux activités situés en bordure de ceux-ci.

De plus, la Région apportera «un soutien aux grands équipements structurants pour qu'il puisse y avoir des activités durables avec des équipements nouveaux» indique le vice-président. Le plan d'accélération du tourisme régional bénéficiera aux villages vacances dont beaucoup ont fermé. Quatre millions d'euros sont prévus pour les accompagner dans des mises aux normes.

Puisque la présidente de Région a évoqué l'importance d'investir, le vice-président annonce la création d'une «foncière hôtelière» destinée à «alléger le poids de l'investissement des opérateurs».

«Ce n'est pas plus compliqué de venir en Bourgogne-Franche-Comté que d'aller en Californie»


Pour sa part, Loïc Niepceron revient sur la campagne de communication «Sortez chez vous» initiée par BFC Tourisme destinée à attirer les habitants des régions Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes. Un pass tourisme a incité les Bourguignons à visiter la Franche-Comté et vice-versa pour les Francs-Comtois. À son tour, Loïc Niepceron apporte un message de soutien aux stations de ski en recommandant de découvrir le ski de randonnée aux Rousses ou à Métabief.

Le président de BFC Tourisme annonce une deuxième phase de la campagne «Sortez chez vous» : il sera possible d'acheter sur le site Sortez chez vous des bons de réservation pour les hôtels et campings avec une réduction de 25%. Achetés durant le mois de décembre, ils seront utilisables entre janvier et juin 2021 (lire le communiqué).

Loïc Niepceron envisage de «relancer une nouvelle action sur le numérique». «Ce n'est pas plus compliqué de venir en Bourgogne-Franche-Comté que d'aller en Californie» entend-il faire savoir. Sur cet outil, «chaque opérateur va pouvoir mettre depuis chez lui les caractéristiques de son gîte pour les diffuser sur la planète entière».

«Maintenir l'offre et les compétences»


La baisse drastique d'activité du secteur touristique mondial correspond à «un retour en arrière de dix années après plusieurs années de croissance ininterrompues» explique Caroline Leboucher. La directrice générale d'Atout France apporte son éclairage allant de la région à la planète en passant par l'Europe.

Pour 2020, avant la prise en compte de la fermeture des stations de ski, la baisse de recettes en France est donc estimée à 61 milliards d'euros, soit -30% par rapport à 2019. La moitié des pertes viennent de l'absence de fréquentation internationale et l'autre moitié de la réduction du marché domestique. Localement, les baisses sont variables en fonction de l'exposition au tourisme international ou au tourisme d'affaire. Caroline Leboucher souligne que la situation est encore pire en Espagne et en Italie.

Les perspectives 2021 laissent supposer une lente reprise à compter du premier trimestre avec les marchés de proximité, c'est à dire la fréquentation venant de pays limitrophes. La reprise des vols long courrier n'est attendue avant septembre 2021. Ce sera encore plus lent pour le tourisme d'affaire avertit la directrice d'Atout France. Des pertes de 40 milliards d'euros sont donc anticipées pour 2021.

Face à cela, Caroline Leboucher souligne l'importance de «maintenir l'offre et les compétences». Depuis mars, Atout France a mené ses actions selon quatre axes : rassurer et informer le public, la presse et les professionnels ; garder le lien avec la distribution sur les marchés internationaux avec des webinaires ; préparer l'après avec les partenaires pour identifier les innovations les plus pertinentes ; soutenir le marché domestique avec une campagne sur les réseaux sociaux «Cet été, je visite la France».

Ayant choisi un arrière-plan de visioconférence enneigé, Caroline Leboucher signale qu'«il y aura un renfort spécifique pour la montagne lors des vacances de Noël avec des soutiens aux différents massifs». Elle assure que «les massifs des Vosges et du Jura sont prêts» à accueillir des visiteurs.

En 2021, Atout France prolongera la diffusion des campagnes sur les marchés domestiques et reprendra les campagnes destinées aux marchés européennes en ciblant les familles et les jeunes. Cela représentera la moitié des budgets de relance de l'agence nationale de développement touristique. Atout France continuera de travailler avec les professionnels de la distribution sur les marchés internationaux de proximité. En conclusion de son intervention, Caroline Leboucher appelle, elle aussi, à «une dynamique de progrès en matière de tourisme durable».

«Il faut que l’expérience soit à la hauteur des prix pratiqués»


Directeur général du cabinet Protourisme, Didier Arino avait reçu la lourde tâche de dessiner des perspectives d'avenir dans un monde bouleversé par la pandémie de Covid-19. Son intervention fera grincer des dents chez certains acteurs touristiques suivant le webinaire tandis que d'autres applaudiront en entendant bousculer des idées reçues.

En 65 ans, le nombre de touristes dans le monde a été multiplié par 45. «Dès que les gens ont accès à un certain niveau de vie, ils ont envie d'aller à la rencontre des autres» analyse Didier Arino qui voit le tourisme comme un instrument favorisant la paix dans le monde. «Ce n'est pas en se repliant sur soi qu'on résout les problèmes y compris les problèmes de développement durable» lance-t-il aux spectateurs.

Durant la crise sanitaire, 360 millions de personnes dans le monde ont perdu leur emploi et 100 millions de personnes ont dû retourner dans les champs pour subsister. «Ceux-là aussi ont envie d'attirer des touristes» souligne Didier Arino qui anticipe un secteur «encore plus concurrentiel». Selon le directeur de Protourisme, les prix du transport aérien seront maintenus extrêmement bas pour relancer des destinations.

Cela devrait pousser «les Français à avoir un tourisme encore plus irréprochable» car «nous seront des destinations chères donc il faut que l’expérience soit à la hauteur des prix pratiqués». En moyenne, le budget vacances des ménages correspond à un mois de la rémunération du foyer.

Pas de surtourisme en Bourgogne-Franche-Comté


Didier Arino analyse le tourisme français comme «inclusif» par sa proposition de proximité, de contenu et de sens. La France ne propose pas un tourisme de masse comme les «stations balnéaires archibétonnées des côtes espagnoles». Pour autant, dans le monde, ce ne serait pas «la fin du tourisme de masse du fait des citoyens qui vivent dans les difficultés financières».

Même si Didier Arino note, lui aussi, une tendance de fond demandant un lien particulier avec l'environnement, «dans le monde, il y a d'autres visions que la nôtre et bon nombre de clientèles viendront pour découvrir les lieux emblématiques» du pays.

Chez Protourisme, on s'inscrit en faux contre le surtourisme en Bourgogne-Franche-Comté : «combien de jours dans l'année ?». S'il y a quelques pics de fréquentation, «nos régions souffrent plutôt de sous tourisme» estime-t-il. Rappelant le souhait de la présidente de Région de voir se développer un «tourisme quatre saisons», Didier Arino assure que «le modèle des vrais professionnels du tourisme s'inscrit à l'année».

Les Vosges, le Jura, le Périgord ont attiré de nombreux visiteurs durant l'été 2020. Didier Arino constate «l'appétence pour des destinations de pleine nature, des destinations de contenus, des destinations de sens». Le directeur de Protourisme résume le choix d'une destination et du contenu : «que puis-je raconter à mes amis à mes collègues de travail pour dire que j'ai passé de belles vacances ?»

En lien avec l'aménagement du territoire, Didier Arino alerte sur le travail à faire sur l'aménagement urbain des villes moyennes pour accueillir les touristes en prenant comme référence ce qui s'est fait à Bordeaux, Marseille ou Rennes. Le directeur de Protourisme insiste sur les questions de mobilité et le maillage à mettre en œuvre pour inciter à se déplacer sans voiture individuelle.

«Un tourisme durable, soutenable, acceptable»


En conclusion, faisant écho aux commentaires des spectateurs qui s'affichaient au fur et à mesure des interventions, Patrick Ayache indique que «toutes les filière du tourisme l'ont compris», l'avenir est à «un tourisme durable, soutenable, acceptable».

Dans ces conditions, «il faut investir lourdement pour rattraper le retard et générer les aménagements qui nous manquent encore». Le vice-président l'assure aux acteurs de la filière : «la Région sera à vos côtés». La collectivité maintient son ambition d'«attirer de nouveaux touristes et de faire vivre les territoires autour de ces spots d’attractivité».

Jean-Christophe Tardivon









Réalisation conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté