Recherche
> Bourgogne - Franche-Comté > Bourgogne - Franche-Comté
06/08/2020 19:51

BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ : Après le Ségur de la Santé, Bruno Herry demande plus de décloisonnement entre l'hôpital, le médico-social et la médecine de ville

Le président de la Conférence Régionale de Santé et de l'Autonomie de Bourgogne-Franche-Comté réagit aux mesures annoncées en conclusion du Ségur de la Santé. Après la venue d'Olivier Véran à Dijon en mai dernier, la CRSA demande d'accorder plus d'importance à la démocratie sanitaire, la médecine de ville et aux questions de prévention.
Le 29 mai dernier, le ministre de la Santé Olivier Véran venait à Dijon pour son premier déplacement régional dans le cadre des concertations autour du Ségur de la Santé (lire notre article). L'Agence Régionale de Santé de Bourgogne-Franche-Comté avait choisi la Conférence Régionale de Santé et de l'Autonomie comme organe de concertation. Dans d'autres régions, les ARS ont pu retenir des professionnels de santé ou encore des groupes experts.

La Conférence Régionale de Santé et de l'Autonomie de Bourgogne-Franche-Comté est présidée par Bruno Herry, par ailleurs président de la Mutualité française Bourgogne-Franche-Comté. Il suivait les débats du 29 mai en visioconférence tandis que la vice-présidente de la CRSA Isabelle Millot siégeait à la tribune. Bruno Herry avait alors salué «l'engagement sans faille et le travail de l'ensemble des personnels soignants» durant la crise sanitaire tout en regrettant une «mise en sommeil» de la démocratie sanitaire.

Le Ségur de la Santé, 33 mesures pour 27 milliards d'euros


Le 21 juillet 2020, le ministre de la Santé annonçait les trente-trois mesures afférentes au Ségur de la Santé en vue d'améliorer le fonctionnement des hôpitaux. Revalorisations salariales, soutien à l'investissement, recrutement de 15.000 soignants, ouverture de 4.000 lits «à la demande», réduction du poids de la tarification à l'activité, diminution du mercenariat médical, renforcement du niveau départemental des ARS... ont été évoqués.

Si la plupart des mesures concernent l'hôpital, certaines concernent aussi le médico-social. 19 milliards d'euros seront mobilisés pour la reprise de dettes hospitalières (13 milliards d'euros) et pour de nouveaux plans d'investissement (6 milliards d'euros). En complément, 2,1 milliards d'euros  seront consacrés notamment à la rénovation d'un quart du total des places en EHPAD.

«Un décloisonnement ville/hôpital/médico-social»


Contacté par Infos Dijon, le président de la CRSA Bourgogne-Franche-Comté revient sur la tenue du déplacement du 29 mai et réagit aux annonces du 21 juillet.

À propos du déplacement du ministre de la Santé au CHU Dijon Bourgogne, «le délai de mise en place de la rencontre a été extrêmement court» confie Bruno Herry qui a été prévenu la veille au matin. Pour autant, les organisateurs ont relevé le challenge en proposant une assemblée mixant présentiel et distanciel dans un amphithéâtre du CHU : «la CRSA a répondu présent (…), la conférence de santé était très heureuse d'accueillir le ministre dans la région» déclare Bruno Herry.

«Les annonces du mois de mars du président de la République ne concernaient que le champ de l'hôpital donc il y avait une forte demande à la venue en région pour l'aspect territorial» se souvient-il même s'il «ne mésestime en rien la demande des soignants quant aux revalorisations salariales».

L'enjeu est «d'être au plus près de nos concitoyens en Bourgogne-Franche-Comté par un maillage territorial le plus pertinent possible» explique Bruno Herry. Le maillage est bien sûr hospitalier mais le président de la CRSA tient à «un décloisonnement ville/hôpital/médico-social» pour que «ces trois entités puissent travailler au mieux». Le champ du médico-social incluant les EHPAD et les structures accueillant des personnes en situation de handicap ou bien d'exclusion sociale.

Ce décloisonnement permettrait d'aborder l'ensemble des questions de santé en ne se limitant pas aux soins car «l'aspect prévention doit être aussi développé dans les territoires». «La santé ne concerne pas que le curatif, ça doit concerner évidemment le curatif» insiste Bruno Herry qui ajoute : «j'accorde beaucoup d'importance à la prévention qui est toujours, malheureusement, le parent pauvre en matière de santé puisque la France n'y consacre qu'à peine 2% [des dépenses de santé] quand on voit que la moyenne des pays de l'OCDE consacre pratiquement 3% aux dépenses de prévention».

Une concertation dans un temps très court


Une fois cette visite terminée, les travaux se sont poursuivis rapidement puisque l'objectif était de remettre un rapport faisant état de retours d'expérience afin de contribuer aux débats du Ségur de la Santé avant le 20 juin. «Nous avons pu relever le challenge» avec une journée d'échanges le 17 juin entre membres de la CRSA.

L'accent a été mis sur deux thématique. D'un part, la simplification du quotidien des équipes avec un sujet sur l'usage du numérique dans le soin et un autre sur le modèle de financement des activités de soin. D'autre part, le fait de fédérer les acteurs de santé dans les territoires avec un sujet sur les approches pluriprofessionnelles entre ville, hôpital et médico-social et un autre sur le parcours des patients et des personnes âgées.

La CRSA veille à l'exercice de la démocratie sanitaire


«Nous avons mis en avant le fait que pendant l'épisode pandémique la démocratie sanitaire avait été quelque peu mise en sommeil. Certes, nous étions dans une phase d'urgence sanitaire mais nous avions appelé de nos vœux à ce qu'en cas de nouvelle crise qu'elle soit liée à la Covid-19 ou autre, les autorités de santé aient bien dans le viseur le recours à la démocratie sanitaire» rappelle Brune Herry. Le cadre d'expression de cette démocratie sanitaire pouvant être la CRSA mais son président n'oublie pas «la démocratie au quotidien dans les établissements de santé ou médico-sociaux».

L'autre enjeu que le président de la CRSA aimerait voir développer concerne l'élaboration du plan régional de santé où la CRSA a une voix consultative. Brune Herry souhaiterait que la voix de la CRSA soit délibérative pour «une démocratie de plein exercice». Il appelle aussi les élus à prendre  «toute leur place» au sein du collège des collectivités de la CRSA.

L'effort du gouvernement en matière de santé


«Les demandes des soignants étaient parfaitement justifiées et il y a eu une réponse avec une enveloppe globale d'un peu plus de huit milliards d'euros consacrée à la revalorisation salariale et à l'embauche de 15.000 personnels dans les hôpitaux» constate Brune Herry qui salue un véritable «effort» ajoutant que «l'avenir jugera si cela est suffisant».

Pour autant, le président de la CRSA constate aussi «un accent toujours aussi fort sur un aspect hospitalo-centré». De son point de vue, un chantier concerne le désengorgement des urgences afin de «donner toute sa place au soin de premier recours, (…) la médecine générale qui peut mieux orienter vers l'hôpital».

Brune Herry relaie aussi la demande des médecins libéraux de pouvoir encore plus exercer de façon regroupée. Il regrette que depuis le plan «Ma santé 2022» qui apportait des éléments «novateurs», il n'y pas eu d'autres mesures à ce sujet.

«C'est malheureux qui faille un épisode aussi dramatique pour répondre dans l'urgence» déplore en conclusion Bruno Herry. La CRSA demande à s'inscrire dans le plus long terme pour «régler au plus près possible les questions de santé des Bourguignons-Francs-Comtois». Après le Ségur de la Santé, la CRSA demande donc une poursuite de la réflexion en prenant en compte des enjeux de la médecine libérale et des questions de prévention en matière de santé.

Jean-Christophe Tardivon


Depuis juin 2016, Bruno Herry préside la Conférence Régionale de Santé et de l'Autonomie de Bourgogne-Franche-Comté (photo DR)