
Ils ne vont pas regretter la présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté mais ont tenu des propos mesurés. Des remarques acides de Julien Odoul aux hommages rendus par les groupes de gauche, mais aussi par Denis Thuriot, en passant par Gilles Platret qui s’est inquiété des dérives de la dette, Marie-Guite Dufaty a pu remarquer que son bilan à la Présidence de la Grande Région, autant que l’annonce de son départ, ne laissent pas indifférents. Avec des appréciations forcément différentes.

On ne sait pas s’il y a une relation de cause à effet, mais force est de constater que depuis le début de la mandature, c’est bien la première fois que les effectifs du Rassemblement National étaient aussi clairsemés, ce jeudi, en début de matinée, au Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté à Dijon, pour l’ouverture d’une session forcément exceptionnelle, puisqu’il s’agit de la dernière présidée par Marie-Guite Dufay.
Comme tous les absents du jour ne sont pas des parlementaires, Julien Odoul était bien seul pour porter la charge contre Marie-Guite Dufay et la majorité régionale.
Le Président du groupe RN a fait du Odoul, dans un exercice qu’il affectionne. Et peu importe les tirs de riposte qu’il peut essuyer derrière. Denis Thuriot et Jérôme Durain ne l’ont d’ailleurs pas ménagé.
Le patron du groupe du Rassemblement National reste droit dans ses bottes et les membres de son groupe ont été les seuls à ne pas se lever pour rendre hommage à la Présidente. A l’exception d’Olivier Damien.
Jean-Christophe TARDIVON
avec Alain BOLLERY
Le dernier propos liminaire de Marie-Guite Dufay

Avec émotion, Marie-Guite Dufay (PS) débute sa dernière intervention en tant que présidente de Région en passant en revue les sujets d'actualité : situation internationale, comptes publics nationaux, transition écologique, réindustrialisation en Bourgogne-Franche-Comté...
La présidente de Région en profite pour réfuter de «quitter le navire en perdition» comme lui reproche notamment les élus du Rassemblement national : «ils mettent beaucoup d'énergie à en percer la coque». «Ça ne nous empêche pas d'avancer.»
La socialiste revient sur l'accompagnement des sous-traitants de la filière automobile, notamment pour répondre aux demandes du secteur de la défense, pour refuser tout «effondrement pur et simple».
La responsable de l'exécutif régional assure que la Bourgogne-Franche-Comté est «un territoire attractif» dans le secteur de la tech pour «être un maillon fort de la stratégie nationale de réindustrialisation».
L'oratrice revient sur le «tunnel» du FEADER représentant «deux ans de difficultés». «Nous revenons petit à petit à une situation qui se normalise», assure-t-elle avant d'insister sur l'enveloppe de 27 millions d'euros issus de reliquats du FEADER puis de faire le lien avec la restauration scolaire qui compte de plus en plus de produits locaux et bio.
En raison d'«équations complexes à résoudre», la collectivité prévoit d'augmenter de 3% des tarifs de restauration dans les lycées publics. Le tarif d'un repas dans un forfait sur cinq jours passera ainsi de 3,58 à 3,69 euros quand le coût réel revient à plus de 10 euros. Et de préciser qu'il existe une «tarification sociale» pour les familles connaissant des difficultés économiques.
Marie-Guite signale encore des «avancées très intéressantes» lors du lancement d'un programme expérimental sur le traitement des données communales, «une innovation unique en France».
Ovation debout de la plupart des élus
La présidente de Région termine son intervention par «des propos plus personnels» sur le mode «j'ai aimé, je n'ai pas aimé» et salue la mémoire de Raymond Forni, Alain Fousseret, Antoine Gillet et Nathalie Leblanc.
À l'issue de ce discours, les élus se lèvent pour applaudir Marie-Guite Dufay, sauf du côté du Rassemblement national, exception faite d'Olivier Damien.
Selon Julien Odoul, «cette retraite a un goût de désertion»

Au nom du groupe Rassemblement national Bourgogne-Franche-Comté qu'il préside, Julien Odoul (RN) relève qu'il s'agit d'une «assemblée plénière historique» ainsi que de «la fin d'une ère».
L'opposant salue «la militante» et témoigne de «respect, sympathie et affection» : «vous êtes une femme combative, vous avez des convictions, fortes, enracinées, vous avez été une adversaire farouche dans la bataille électorale». Et de souhaiter «une bonne retraite» à Marie-Guite Dufay.
«Vous avez trop régné, trop promis, trop trahi», enchaîne l'élu populiste qui exige «un droit d'inventaire» : «vous partez surtout pour des raisons politiciennes, votre seule peur est que le Rassemblement national arrive aux responsabilités. (…) Cette retraite a un goût de désertion. Vous quittez le navire au moment où le navire est en perdition. Le Rassemblement national n'est en rien responsable des trous dans la coque puisque vous avez torpillé cette coque depuis 2015».
Julien Odoul s'attelle à l'exercice du bilan, principalement sous un angle négatif en commençant par la diminution du nombre d'habitants et d'emplois, les sujets de l'énergie, en particulier la filière nucléaire – en ciblant «les ayatollah verts de l'écologie» –, l'agriculture et la fusion des conseils régionaux – générant «plus d'impôts particulièrement pour les automobilistes francs-comtois».
«Votre bilan est celui d'un échec et vous êtes incapable de l'assumer», résume l'opposant avant de commenter la succession de la démissionnaire. Un «duo de Bourguignons» est pressenti avec Nicolas Soret (PS) et Jérome Durain (PS), rebaptisés «Jérome Dufay ou Nicolas Dufay».
«Vous avez choisi un conclave pour désigner votre successeur»
«Ce sera la morne continuité avec les mêmes idéologies», estime celui qui est également député de l'Yonne, ayant à ce titre «une préférence pour Nicolas Soret» : «j'espère que s'il était élu, la Région Bourgogne-Franche-Comté donnerait un peu plus de soutien à mon département». «C'est un candidat que j'ai déjà battu et que j'aimerais battre une seconde fois.»
«Vous avez choisi un conclave pour désigner votre successeur», conclut-il, «la vraie alternance sera pour 2028».
Gilles Platret s'inquiète de la «dérive préoccupante» de la dette

Au nom du Rassemblement de la droite, du centre et des écologistes indépendants qu'il préside, Gilles Platret (divers droite) salue «un parcours».
Donnant au bilan le temps de l'histoire, l'opposant embraye sur les sujets d'actualité avec un ton critique, commençant par les finances de la Région, en insistant sur l'endettement – «une dérive de plus en plus préoccupante» –, la fiscalité, les dépenses de fonctionnement et le plan pluriannuel d'investissement – «peut-être y aurait-il de l'argent à économiser en décentralisant».
Puis, Gilles Platret revient sur la crise du FEADER – en s'inquiétant pour «l'instruction des dossiers de la nouvelle programmation» – fustige «l'alliance infernale avec Europe Écologie Les Verts» [NDLR : parti politique renommé Les Écologistes]– se disant «accoutumé» à l'alliance avec le Parti communiste français –, et insiste sur les questions d'énergie en défendant spécifiquement les filières hydraulique et nucléaire.
«Nous avons aimé la permanence de votre parcours, foncièrement inscrit sur un territoire», déclare toutefois Gilles Platret pour terminer sur une note positive en reconnaissant que Marie-Guite Dufay «a toujours tenu à être équitable envers tous les territoires».
Denis Thuriot appelle à «générer une construction territorialisée» sur le modèle de la COP régionale

Au nom du groupe des élus progressistes qu'il préside, Denis Thuriot (REN) débute son propos en adressant des «salutations républicaines» à Marie-Guite Dfay puis poursuit en ciblant Julien Odoul et l'animateur Jean-Marc Morandini : «deux hommes, deux condamnations sur un plateau, (…) le sursis semble être devenu un badge d'immunité médiatique».
L'opposant revient aux sujets régionaux en commençant par la crise du FEADER : «nos agriculteurs attendent encore des réponses».
L'élu social-libéral s'intéresse, lui aussi, aux Écologistes mais pour délivrer cette fois un satisfecit à la feuille de route de la COP régionale avant d'appeler à «davantage générer une construction territorialisée», notamment avec les maires, pour d'autres thématiques, de façon à «s'appuyer sur les réalités du terrain».
Claire Mallard veut tenir la même ligne

«Cette assemblée a une tonalité particulière. C’est la dernière où nous défendrons ensemble notre cap commun vers une Région douce à vivre.Ce fut, pour nous, une grande fierté de travailler avec vous Présidente.
Fierté car même dans l’adversité, vous avez toujours été fidèle aux valeurs de justice sociale et environnementale qui nous ont réuni en 2021. Depuis quelques temps, il faut de solides convictions et du tempérament pour faire face à la démagogie, à la violence qui l’accompagne et ne pas céder sur les exigences écologiques.
Vous avez su créer les conditions de la confiance en travaillant avec la diversité de la majorité. Construire des équilibres, c’est tout un art !
Votre engagement en faveur des transitions précède évidemment 2021. Vous aviez déjà tracé des sillons, notamment avec mes collègues écologistes franc-comtois, qui à l’occasion de la campagne 2020/2021 nous avaient, à nous les bourguignonnes, présenté vos qualités. Ils ne s’étaient pas trompés.
Ce cap que vous avez fixé est celui de la majorité, et il doit le rester! nous devrons alors poursuivre collectivement avec la même force», lance d'abord Claire Mallard.
L'élue écologiste poursuit : «Vous savez que les écologistes y prendront toute leur part. Face, aux désordres du monde, à l’urgence sociale et écologique, nos valeurs humanistes et progressistes partagées sont les meilleurs remparts à l’obscurantisme.
Lors de cette assemblée, nous témoignerons une nouvelle fois notre solidarité envers les peuples victimes de la folie guerrière des impérialismes que ce soit à travers l’accord de coopération avec l’Ukraine et l’aide humanitaire d’urgence pour Gaza, proposée par les écologistes et porté par la majorité.
Nous sommes profondément solidaires avec les populations civiles, les victimes d’une ultra violence, de privations intolérables par un régime, dont le Premier ministre, fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre.
S’agissant de la transition écologique, le chemin pour faire avancer une idée dont le temps est venu est semé d’embûches.
L’obscurantisme anti-écologique, cette sorte de trumpisme à la française, Extrême-Droite démago en tête, a en effet décidé d’en découdre.
Car même si nous suffoquons depuis plus d’une semaine, de façon absolument irrationnelle, aujourd’hui, c’est l’écologie qui trinque.
On comprend pourquoi, Monsieur Platret même vous vous le dites, l’écologie a une vocation majoritaire, c’est le sens de l’histoire : Ecologie ou barbarie, disait André Gorz.
Ecoutez bien pourquoi, les obscurantistes nous mettent des cibles dans le dos.
Madame la Présidente, je ne pas sais vous, mais je croyais que le problème des agriculteurs, c’était leur revenu ! Essayons de comprendre. Alors qu’il y a un problème social, les tenants du trumpisme agricole répondent : sacrifions la nature, et par la même occasion notre santé, pour continuer à mettre sur nos terres des produits issus d’une de la chimie qui détruit le vivant ; celui-là même qui offre toutes les solutions agroécologiques pour limiter l’effondrement du système agricole.
Ce mauvais cycle a conduit l’écologie à vivre, non pas un « jeudi noir » mais un « mois de juin noir ». Depuis des semaines, une majorité de parlementaires sont atteints de « suppressite » : supprimer tout ce qui régule, encadre et protège.
Après la loi de simplification qui sacrifie la qualité de l’air, et à 2 jours du vote sur la loi Poison, la fameuse loi Duplomb, faisons entendre nos voix pour protéger notre santé, la nature et la science alors que 83% des Français-es sont opposés au retour des pesticides.
Heureusement, la climato-stupidité RN/LR a eu ses limites : le rejet du moratoire sur l’éolien et le solaire évite la casse sociale de 80 000 emplois dans l’éolien et conserve ainsi la promesse de 100 000 emplois crées d’ici 2030 dans ces filières.
Globalement, quand l’écologie prend aussi cher, c’est nous toutes et tous qui en payons le prix.
Savez-vous, les collègues que selon les statistiques, plus de la moitié de cette Assemblée est contaminée au cadmium, vous savez ce cancérogène présent dans les engrais phosphatés que l’on retrouve dans nos assiettes sauf quand elles sont bios ! C’est ça la réalité.
Heureusement, notre majorité agit pour réduire les risques et nous avons des résultats. Avec 44% de produits bios dans les cantines de 21 lycées, nos choix tarifaires sont cohérents : nous investissons pour la santé des enfants et le revenu des agriculteurs. Je me réjouis que cette montée en puissance du bio va désormais se généraliser dans tous les lycées.
Et que le RN balaie devant sa porte. Vous hurlez au loup sur les tarifs, alors que vous avez voté a l’Assemblée contre la gratuité des cantines pour les plus modestes, voté aussi contre le repas étudiants à un euro, quand nous, nous appliquons une tarification sociale !
Finalement, cette démagogie anti-écologiste contraste mal avec les initiatives de terrain. C’est du moins ce que nous constatons au contact des habitant-es.
Il existe bien, en effet, un réseau d’acteurs met en place des stratégies de résilience énergétique, alimentaire, d’habitat, de déplacement dans une société qui doit désormais gérer la rareté tout en satisfaisant nos besoins essentiels et en assurant le bien-être des habitant-es.
Il est bien présent quand plus de 400 personnes se mobilisent, début juin, pour signer la feuille de route de la planification écologique. A travers ses nombreuses actions, elle organisera des systèmes sociaux sur des bases plus saines.
Si, comme c’est le cas, les intentions de l’État en la matière sont remises en cause, l’ambition de Région, à l’inverse, est reconnue pour son volontarisme. Les Bourguignons Francs-comtois ont confiance en notre capacité d’agir, donnons leur raison lors de la futur préparation budgétaire !
Même logique avec la défense des lignes ferroviaires. Les usagers et les élu-es locaux sont fortement mobilisés pour ne pas priver des territoires entiers d’infrastructures les moins émettrices de CO2 et ainsi éviter toute forme d’enclavement. Notre groupe proposera alors des pistes de financement à destination de la Convention Ambition France Transports pour sauver ces lignes.
Je terminerai mon propos, Madame la Présidente, en vous remerciant sincèrement d’avoir ouvert le chemin des transitions dans cette Région.
Nous œuvrons sans relâche car si, pour une partie d’entre nous, nous ne sommes pas coupables des erreurs du passé, nous sommes, cependant, aujourd’hui, tous responsable de l’avenir».
Muriel Ternant estime que la région n'est pas un générateur de crises

«Chère Marie-Guite,
Vous avez fait le choix de mettre fin à votre mandat de présidente de région avant son terme, au nom
du renouvellement des générations et de la préparation de l’avenir.
Notre groupe salue la femme politique intègre, de convictions et d’éthique, portée par un intérêt très fort pour l’échelon régional et pour le territoire de Bourgogne-Franche-Comté dans son ensemble. Notre région porte durablement
l’empreinte de vos orientations politiques.
Ce sont d’abord les politiques de l’environnement avec notamment la mise en œuvre grand angle de la rénovation thermique de haut niveau des bâtiments,
C’est aussi le soutien fort à la formation professionnelle des demandeurs d’emploi, et à l’enseignement professionnel
C’est bien sûr la fraternité, et la solidarité qui l’accompagne, affirmée comme un des trois piliers de la politique régionale. Outre l’accent mis sur la culture, la solidarité s’est traduite par une préoccupation constante pour les plus fragiles, avec par exemple la prise en charge des repas des élèves boursiers, des dispositifs importants pour les personnes très éloignées de l’emploi, ou encore l’intégration du logement social dans les politiques de soutien à la rénovation thermique des bâtiments. Un solidarité qui s’exerce à l’échelle internationale, et se traduit par des aides d’urgence apportées aux peuples victimes de catastrophes naturelles ou de guerre, comme aujourd’hui pour le peuple palestinien de la bande de Gaza, qui doit affronter une situation humanitaire d’une extrême gravité.
Ces axes forts constituent le socle commun de notre union, par ailleurs animée de débats importants.
Je pense bien sûr à l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire, nous en reparlerons à l’occasion du budget supplémentaire.
Je pense également à la gouvernance de la politique des mobilités au sens large, premier poste de dépenses de notre collectivité. Nous avons formulé une série de propositions pour démocratiser l’élaboration de l’offre de transport ferroviaire notamment, comme la création des comités de ligne, ou l’installation de comités de desserte ferroviaire, qui restent à mettre en œuvre.
Nous poursuivrons ce débat à notre sens essentiel avec votre successeur. Nous lui proposerons également de réactiver très vite la conférence sociale régionale, initiée en début de mandat avant d’être suspendue, nous lui proposerons de mettre en place en son sein le groupe de travail sur le suivi et le contrôle des aides publiques aux entreprises.
La période récente est marquée par une série de crises importantes : une crise sanitaire inédite alors que la crise économique couvait déjà, le déclenchement d’une guerre en Europe et l’engrenage guerrier à l’échelle du monde, la crise de l’inflation puis du déficit public. C’est une crise globale dans laquelle notre région est entraînée, une crise mondiale.
Nous continuerons de porter résolument l’exigence d’une région qui œuvre à la solidarité internationale et à la paix, qui refuse l’escalade guerrière et résiste à l’économie de guerre, dans un combat global
contre toutes les extrêmes-droites, leurs logiques de force, de guerre, de piétinement du droit international, et d’insécurité pour les peuples, qu’il s’agisse de Poutine, de Trump, de Netanyahou ou de leurs relais ici en France.
La région n’est pas un générateur de crise, ni même un amplificateur, mais un rempart contre celles-ci, un rempart plus ou moins efficace, plus ou moins bien outillé. Dire le contraire comme Monsieur Odoul, c’est au fond mentir sur les responsabilités réelles, sur l’importance du pouvoir central en France, sur le pouvoir exorbitant des multinationales, sur le rôle de l’union européenne aussi dans les mécanismes à l’œuvre dans notre région, sur l’ampleur des bouleversements géopolitiques.
Je voudrais terminer en saluant Monsieur le directeur général des services, et à travers lui l’ensemble de l’administration régionale qui a œuvré sous sa direction.
Alors que le discours politique dominant fait des administrations publiques une cible privilégiée, l’accusant d’être surdimensionnée, bureaucratique, inefficace, nous avons pour notre part la plus haute estime pour la fonction publique, car elle est garante de la continuité de l’action publique, de la neutralité du service public, de l’égalité d’accès aux droits. Elle est à ce titre un rempart contre les clientélismes, les féodalismes, et la corruption.
Je crois Monsieur le directeur général des services que ce sont ces grands principes qui ont animé votre administration rigoureuse de notre collectivité et nous vous en sommes reconnaissants.
Ces grands principes sont les nôtres et c’est pourquoi les agents de la collectivité ne sauraient être considérés comme des variables d’ajustement budgétaires face à la nouvelle cure d’austérité que le gouvernement français est en train de préparer.
Services publics, démocratie, et paix, voilà le chemin que nous continuerons de proposer Madame Laprésidente, à votre successeur, à notre assemblée comme aux citoyennes et citoyens de Bourgogne- Franche-Comté»
Jérôme Durain estime qu'il faut anticiper les conséquences des crises internationales... avant de saluer l'éthique Dufay

Président du groupe PS«Je crois que nous devons d’abord nous intéresser ce matin à la situation internationale. Il le faut par humanité et par solidarité avec les victimes civiles des conflits. C’est l’esprit qui animera notre majorité pendant cette session au travers du protocole de coopération proposé avec Vinnytsya et de l’amendement budgétaire pour médecins sans frontière.
Gaza, Iran, Israël, Ukraine, Russie : la loi du plus fort est en train de triompher dans les Relations internationales. Elle fait peser le danger d’une extension dramatique du nombre de conflits armés avec son lot de victimes civiles, un chaos irrépressible, un risque d’embrasement hors de contrôle.
Il faut aussi nous intéresser de près aux questions internationales pour leurs conséquences dans notre débat public et les tensions qu’elles y génèrent.
Il faut enfin anticiper les répercussions concrètes qu’aura tôt ou tard cette situation internationale dans notre économie et dans nos arbitrages budgétaires nationaux. C’est un sujet budgétaire si l’on a compris 5 sur 5 ce qui s’est joué au sommet de l’OTAN aux pays bas. 5 pour 5.
Application de l’article 5, il s’agit de la Clause de défense mutuelle entre alliés, contre 5% de dépenses de défense dans nos PIB. Ces dépenses, il nous faudra les financer», déclare d'abord Jérôme Durain, avec un ton grave.
Il parle ensuite de l'industrie en rappelant que la région était présente au salon du Bourget. «De nombreux acteurs industriels de Bourgogne Franche Comté sont directement concernés par l’économie de La Défense.
C’est une piste de diversification, une opportunité de survie pour certains ou de développement pour d’autres au moment où d’autres marchés se ferment (ou mutent). Je rappelle que nous évoquerons lors de cette AP la feuille de route automobile 2025-2028»
Le Sénateur égratigne ensuite la politique gouvernementale : «Il est difficile de passer sous silence les impasses actuelles du débat parlementaire en France et la limite de l’action gouvernementale.
Nous vivons sous l’empire des PPL.
Mais la juxtaposition d’initiatives parlementaires ne fait pas une vision politique. Il y a là un problème de méthode et de majorité. Il y’a plus fondamentalement une question politique.
Le crépuscule du Macronisme est accéléré par les coups de boutoirs des droites extrêmes, ce trumpisme bleu-blanc-rouge dont nous voyons bien qu’il a ici des conséquences concrètes pour les bourguignons-francs-comtois».
Jérôme Durain claque : «Cette nouvelle révolution conservatrice sur fond de grand remplacement, d’antiwokisme, ces délires anti-parlementaires, antiféministes, homophobes, néolibéraux ou pire libertariens, ces diatribes
anti-européennes et climatosceptiques menacent évidemment nos valeurs républicaines et nos libertés. Mais plus prosaïquement ces théories extrémistes, souvent haineuses, condamnent l’activité de nos agriculteurs, nos projets industriels ici en BFC et l’emploi dans nos territoires.
Le propre du populisme c’est qu’il ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît. Et nous ne sommes pas déçus par le RN dans cette session, nous sommes navrés, accablés.
Alors que votre duplicité saute aux yeux des français sur le sujet des retraites, les bourguignons francs comtois ne seront pas davantage rassurés par vos vœux et amendements.
Comme Don Quichotte devant les moulins a vent, le RN combat les ENR. Par pur aveuglement idéologique.
Comptez sur nous pour expliquer à tous les agriculteurs,
les entrepreneurs et les salariés de l’industrie que votre croisade anti ENR est une trahison des intérêts réels de la Bourgogne-Franche-Comté.
La FNSEA condamne votre moratoire, c’est pour nos agriculteurs un complément de revenus ; nos élus s’en inquiètent dans les territoires où par idéologie vous voulez condamner de grands projets industriels. La Présidente l’a rappelé dans son propos.
Comptez sur nous pour expliquer aux usagers du train, qu’en contradiction avec vote vœu de relance du ferroviaire, vous vous êtes abstenus sur l’achat de rames Régiolis, et votez contre le BS qui permet l’achat de ces 14 rames.
Comptez aussi sur nous pour pointer l’incohérence entre votre soutien à la loi Duplomb et votre vœu de soutien à la cause animale. Avez-vous lu ce qu’elle propose en matière de seuils de contrôle ? Et puisqu’il faut sur l’autel de la simplification supprimer les agences et opérateurs de l’Etat, qui contrôlera à l’avenir les conditions d’élevage que vous dénoncez ?
Vous promettez tout et le contraire de tout, sans cohérence, sans sincérité. Définitivement inapte à la responsabilité et au pouvoir.
Nous sommes au surlendemain du si mal nommé « sommet des libertés », union tragique entre Bolloré et Stérin, qui voit s’opérer
la convergence des extrêmes droites, ce n’est pas un sujet théorique pour nous puisque les travaux ont débuté à Étang sur Arroux pour la construction d’un collège privé hors contrat financé par l’exilé fiscal Sterin. S’il s’agit là de liberté, la seule liberté que je vois c’est celle de mettre à bas les institutions de la république, à commencer par la première d’entre elle l’école, et avec l’école les valeurs de la république.
Incertitudes grandissantes sur les finances publiques et situation de la Région.
Cette Assemblée est avant tout budgétaire avec le vote du compte administratif 2024 et du budget supplémentaire 2025.
Nous sommes dans une forme de continuité au fil de nos débats budgétaires lorsque l’on aborde la question épineuse des marges dont nous disposerons, étranglés que nous sommes par les perspectives qui sont annoncées.
Car nous subissons toujours des invariants qui plombent nos budgets :
ce sont des interventions non compensées par l’Etat à leur juste niveau (formation professionnelle, accompagnement de l’efficacité énergétique, politique de l’eau, agriculture biologique, abandon de soutien dans des filières économiques…)
C’est aussi l’impasse de financement sur les mobilités, et notamment sur les petites lignes : nous y reviendrons lors de la venue de M Le préfet de Région.
Une fiscalité inique : le gouvernement nous renvoie à la supposée recette bénéfique de TVA mais il nous en prélève tout le dynamisme : c’est un jeu de dupes.
Cette continuité est bénéfique lorsque l’on évoque notre action régionale.
Car en dépit de contexte, malgré tout, les résultats sont là :
- le niveau de réalisation des investissements reste très conséquent
- notre endettement est contenu et maîtrisé
- notre niveau d’épargne préservé.
- Notre niveau de dépenses de fonctionnement, malgré toutes les incertitudes et les décisions de charges supplémentaires décidées par l’Etat, qui a très peu évolué entre 2023 et 2024, comme nous nous y étions engagés.
Nous sommes conformes à nos engagements, au prix d’effort internes importants, que nous avons expliqués.
Ceci pour préserver l’essentiel de nos politiques publiques».
Le président du groupe socialiste dresse ensuite une forme de bilan»
Pour appuyer son propos, Jérôme Durain lance :
«Quelques chiffres valent mieux que les grandes explications : les résultats sont là et ils se traduisent concrètement, si l’on en juge le rapport des services régionaux.
Pour les lycées en 2024
120 Millions de travaux réalisés
21 chantiers de rénovations achevés
19 lycées rendus accessibles, 31 chantiers en cours.
Pour nos Territoires en 2024
27 M€ engagés pour 90 projets d’aménagement concrets pour les habitants
46 projets de Villages financés
217 projets accompagnés dans les quartiers prioritaires.
Pour la fraternité et le vivre ensemble dans notre Région en 2024
69 associations sportives aidées pour acquérir un minibus
120 festivals culturels accompagnés.
Pour des logements et des bâtiments économes de nos ressources en 2024
2 900 logements sociaux rénovés niveau BBC
150 rénovations de bâtiments tertiaires achevées
Pour la mobilité de tous en 2024
2,08 millions de voyages commerciaux sur les lignes régulières routières
1,36 million de voyages TER en 2024 / +12%
150 véhicules Mobigo renouvelés
11 quais ou gares rendues accessibles ou en cours de travaux d’accessibilité.
Forts de ce socle, et face aux craintes que j’esquissais en matière de baisse de dotations de l’Etat, nous assumons de nous adapter d’ores et déjà :
- En freinant certains investissements, car nous sommes dans l’obligation d’intégrer les perspectives annoncées de contribution des collectivités à la réduction des déficits publics : ce seront peut-être 50 m€ de fonctionnement en moins et 300 en investissement qu’il faudrait dégager en 2026 si le processus de négociation avec l’Etat était arrêté selon les premières estimations.
- Nous engageons par ailleurs les crédits supplémentaires nécessaires au déploiement du dispositif d’accompagnement des mutations économiques de la filière automobile (qui fera l’objet d’un rapport spécifique montrant toute notre mobilisation pour cette filière) et à l’acquisition de 14 rames TER Régiolis.
- Nous assumons aussi, en fonctionnement, d’avoir une très légère augmentation du tarif des cantines de nos lycées, pour poursuivre l’effort qualitatif et augmenter le recours aux produits locaux dans les assiettes des lycéens : sur un forfait moyen de 4 jours, 144 repas facturés, cela représente 18 € d’augmentation pour l’ensemble de l’année. Il n’y a là ni « matraquage » ni « maltraitance fiscale » comme le martelle sans souci de la vérité le groupe RN.
- Nous maintenons par ailleurs nos tarifs sociaux et augmentons encore les possibilités d’entrer (par la baisse des plafonds d’accessibilité) dans le dispositif spécifique destiné aux familles qui sont juste au-dessus des barèmes de bourses.
Par contre, dans les mairies gérées par le RN, on a multiplié les mesures visant à réduire ou à supprimer les tarifs sociaux :
- à Fréjus, là où le Maire attend un jugement pour prise illégale d’intérêts
- à Villers-Cotteret, à Hayange.
- Et le groupe RN d’opposition à Avignon vote contre leur instauration.
Duplicité là encore.
Hommage à l’action de Marie-Guite Dufay
Jérôme Durain débute son hommage à la Présidente en reprenant la déclaration de Julien Odoul qui a lancé « le bateau coule et le capitaine quitte le navire ». Pour affirmer : «la métaphore ne fait pas l’analyse politique, en général elle masque, assez mal, le vide de la pensée. On peut se payer de bons mots, mais ce n’est pas ça qui fait avancer le débat régional. Je lis dans votre formule un profond manque de respect pour la personne de Présidente, la « dédiabolisation » n’est pas encore tout à fait achevée… Ce n’est pas à la hauteur de quelqu’un qui a aspiré deux fois à la fonction de Présider cette région.
La formule est par surcroît injuste et inexacte.
Inexacte parce que cette Région n’est absolument pas en train de couler, et je vous renvoie à notre position réelle dans le concert des autres Régions.
Injuste parce que c’est mal connaitre Marie Guite Dufay que de penser qu’elle quitterait ses fonctions si la maison était en péril.
Tout dans ses engagements. son parcours politique et son bilan prouve l’inverse.
C’est au contraire une élue qui a toujours été présente quand il fallait faire des choix face aux difficultés, et qui n’a jamais fui ses responsabilités.
Une vision réformatrice et moderne de l’action régionale, d’abord déployée auprès de l’ex-Région Franche-Comté, qui a su irriguer cette approche lorsque la fusion a été engagée avec la Bourgogne, pour donner corps à cette nouvelle configuration et identité régionale.
Des priorités qui ont toujours été défendues :
- La formation des demandeurs d’emploi et l’attention permanente à ce que les personnes exclues du monde du travail aient droit à une deuxième chance, par la formation et l’accompagnement. Ce sont des questions qu’elle aura, avec la formation aux professions de santé et l’accès à la santé, toujours portées pour notre Région, mais aussi pour l’ensemble des régions, au plus niveau de l’Etat.
- Attachement aux valeurs de solidarités sous toutes ses formes : sociales, générationnelles, territoriales.
- L’attention au milieu de la recherche et de l’innovation, et l’importance portée au transfert de ce qui se passe dans nos laboratoires vers l’économie réelle, car elle a toujours fait le lien entre notre capacité à innover et notre capacité à créer de la richesse et des emplois.
- L’importance portée à soutenir l’innovation sociale, notamment quand elle vient du terrain, via un soutien déterminé aux acteurs de l’ESS.
- L’intégration de la transition écologique comme un pilier central, un déterminant des politiques publiques régionales. Cette approche était visionnaire, car il s’agissait de bousculer nos repères, de « renverser la table » en se posant la question préalable à toutes nos interventions, d’intégrer des objectifs climatiques premiers à ce que nous visions en termes de politiques publiques.
- L’Anticipation des grands défis et des grandes mutations de notre Région, comme la transition de son modèle agricole, les mutations des filières économiques, l’émergence de l’hydrogène, des biothérapies, la question de l’attractivité régionale, la défense de nos savoir-faire agricoles, l’enjeu d’avoir des politiques d’accompagnement des territoires en matière de transition écologique, notamment pour la rénovation,
- La fraternité, qu’elle a toujours mise en avant, notamment en s’appuyant sur des piliers que sont la culture, le sport et la vie associative, qui sont trop souvent des variables d’ajustements ailleurs, et pour lesquels certains menacent de les mettre sous la tutelle politique de leur propre vision de ce que doit être le monde.
Il faut enfin saluer ce matin la méthode, ou devrais-je dire, l’éthique Dufay.
Nous en connaissons ses deux versants :
d’un côté la rigueur, le volontarisme et l’exigence et de l’autre l’écoute, la participation, le respect des partenaires de la collectivité régionale. Il s’y ajoute la volonté d’associer le plus d’acteurs possibles à nos décisions, comme l’a illustré la COP Régionale.
Le courage d’affirmer des convictions de gauche et de les mettre en œuvre, mais sans sectarisme, avec le souci permanent de ne pas s’attacher à l’idéologie et de ne pas verser dans les « coups » politiques.
Nous avons aimé, madame la Présidente ce pragmatisme responsable éclairé par des valeurs.
Un volontarisme éclairé qui a démontré toute la pertinence de l’échelon régional, et qui a toujours placé l’intérêt de la Bourgogne-Franche-Comté au-delà de toute considération.
Merci Madame la Présidente, Merci Marie-Guite».














