
Dans un contexte marqué par un épisode caniculaire exceptionnel, ce mardi 23 juin, la directrice de l'agence régionale de santé a présenté les principales orientations, entre accès aux soins, modernisation des établissements, prévention et santé mentale.
Un an après sa prise de fonctions à la tête de l’Agence régionale de santé (ARS) Bourgogne-Franche-Comté, Mathilde Marmier a réuni la presse régionale, ce mardi 23 juin 2026, à Dijon, pour faire le point sur les grands dossiers de santé de la région. Dans un contexte marqué par un épisode caniculaire exceptionnel, la directrice générale a présenté les principales orientations portées par l’agence, entre accès aux soins, modernisation des établissements, prévention et santé mentale.
La canicule sous étroite surveillance
Avant d’aborder les dossiers de fond, l’ARS est revenue sur l’épisode de fortes chaleurs qui touche actuellement la région. Quatre départements de Bourgogne sont placés en vigilance rouge tandis que les quatre départements francs-comtois restent en vigilance orange.
« La particularité de cet épisode, ce sont des températures qui diminuent très peu la nuit et un épisode qui dure dans le temps », a rappelé Mathilde Marmier.
Chaque jour, les services de l’ARS échangent avec les centres 15, les établissements hospitaliers, les structures médico-sociales et les préfectures afin de suivre les conséquences éventuelles de la chaleur sur le système de santé.
Pour l’heure, la situation reste maîtrisée
« À ce jour, nous n’observons pas de tensions sur le système de santé. Nous n’observons rien d’anormal », a assuré la directrice générale, tout en rappelant que les effets des fortes températures peuvent apparaître plusieurs jours après l’exposition.
Elle a également appelé à la vigilance collective, notamment envers les personnes âgées, les enfants et les personnes les plus fragiles.
L’accès aux soins reste le principal défi
S’il est un sujet qui demeure au cœur des préoccupations, c’est bien celui de l’accès aux soins. Malgré des difficultés persistantes, l’ARS estime que plusieurs indicateurs témoignent d’une évolution favorable.
La densité médicale, qui s’établissait à 275 médecins pour 100 000 habitants en 2015, atteint désormais près de 300 médecins pour 100 000 habitants. Selon les projections présentées par l’agence, elle pourrait approcher les 340 médecins à l’horizon 2035.
« Nous sommes dans une dynamique d’augmentation de la densité médicale », a souligné Mathilde Marmier.
Les premières installations de médecins généralistes libéraux ont également progressé de plus de 13 % en 2025. En parallèle, 4 % des patients souffrant d’une affection de longue durée demeurent sans médecin traitant déclaré, un niveau comparable à la moyenne nationale.
Face au déficit de spécialistes, la région mise notamment sur le développement de la téléexpertise.
« L’enjeu, c’est d’optimiser le temps des spécialistes », a résumé la directrice générale.
Près de 40 000 actes ont été réalisés en 2025 dans vingt-neuf spécialités différentes. En dermatologie ou en cardiologie notamment, cette organisation permet d’obtenir rapidement un avis spécialisé sans multiplier les consultations physiques.
Des solutions multiples contre les déserts médicaux
Pour répondre aux difficultés rencontrées dans certains territoires, l’ARS poursuit le déploiement de plusieurs dispositifs.
Onze sites accueillant des médecins volontaires sont désormais opérationnels dans la région, dans le cadre du programme « Un médecin près de chez vous ».
L’agence travaille également avec l’association Médecins solidaires. Dans la Nièvre, un premier centre fonctionne déjà et permet à près de 1 500 habitants de bénéficier d’un suivi médical.
« Nous sommes actuellement en discussion avec l’association pour ouvrir de nouveaux centres dans la région dans les prochains mois », a annoncé Mathilde Marmier, évoquant la possibilité de deux ou trois implantations supplémentaires.
Parallèlement, 99 structures ont déjà obtenu le label France Santé. L’objectif est d’atteindre 260 structures d’ici 2027 afin de renforcer l’offre de proximité.
Autre levier attendu : l’arrivée des docteurs juniors en médecine générale. À partir de novembre, environ 150 internes de quatrième année exerceront dans les cabinets et maisons de santé de Bourgogne-Franche-Comté.
« Plus de 80 % des lieux de stages identifiés se situent en zones sous-denses », a précisé la directrice.
Miser sur la formation pour préparer l’avenir
L’ARS entend également agir sur le long terme en renforçant la formation des professionnels.
« Plus on forme des personnes originaires de la région, plus nous avons de chances qu’elles s’y installent », a rappelé Mathilde Marmier.
La région soutient notamment le développement des infirmiers en pratique avancée, dont 227 exercent désormais en Bourgogne-Franche-Comté. Ces professionnels permettent d’assurer le suivi de certaines pathologies chroniques et de libérer du temps médical.
L’agence accompagne également le déploiement de la filière odontologique. Longtemps dépourvue de formation dentaire, la région dispose désormais d’un cursus structuré autour des CHU de Dijon et Besançon, avec des sites complémentaires à Trévenans, Nevers et Semur-en-Auxois.
Plus de 760 millions d’euros pour moderniser les hôpitaux
Le Ségur de la santé continue de produire ses effets dans la région. L’État accompagne actuellement 106 projets structurants, pour un montant total de 768 millions d’euros.
« Soixante-dix pour cent des projets sont aujourd’hui dans une phase bien avancée », a indiqué la directrice générale.
Ces investissements concernent aussi bien des rénovations que des reconstructions complètes d’établissements ou encore l’acquisition d’équipements médicaux.
Un nouveau programme national d’investissement doit également permettre à la Bourgogne-Franche-Comté de bénéficier de 250 millions d’euros supplémentaires d’ici 2035.
Handicap et vieillissement : anticiper les besoins
Dans le secteur médico-social, l’ARS poursuit le déploiement du programme national destiné aux personnes en situation de handicap. Plus de 1 100 nouvelles solutions ont déjà été créées dans la région, avec un objectif de près de 2 900 d’ici à 2029.
L’accès aux soins, les démarches administratives et la scolarisation figurent parmi les principales attentes exprimées par les usagers lors des concertations menées dans les huit départements.
Autre défi majeur : le vieillissement de la population.
Près de 20 000 personnes âgées supplémentaires pourraient être en situation de perte d’autonomie à l’horizon 2055. L’ARS travaille actuellement avec les conseils départementaux afin d’anticiper cette évolution.
Faire davantage de place à la prévention
L’agence souhaite également accentuer le virage préventif du système de santé. Une expérimentation originale est conduite en Haute-Saône et dans la Nièvre autour des compétences psychosociales des enfants.
L’objectif est d’agir dès le plus jeune âge sur les comportements favorables à la santé, en mobilisant l’ensemble des environnements de vie : école, périscolaire, associations, collectivités ou encore familles.
Parallèlement, plusieurs territoires développent des démarches de coordination entre médecine de ville et hôpital afin de mieux prendre en charge les maladies chroniques comme le diabète de type 2.
En Haute-Saône, ces organisations ont déjà permis de réduire significativement les passages aux urgences et les hospitalisations évitables.
Santé mentale et santé des jeunes parmi les priorités affichées
Mathilde Marmier a enfin fait de la santé mentale l’un des axes majeurs de son action.
« La santé mentale est une priorité que je porte fortement dans la région », a-t-elle affirmé.
L’ARS souhaite renforcer l’offre de proximité, améliorer l’accès aux soins spécialisés et développer les formations aux premiers secours en santé mentale.
« Quelqu’un qui ne va pas bien doit pouvoir avoir accès à une offre de santé mentale sans forcément aller vers une offre spécialisée en psychiatrie », a insisté la directrice générale.
La santé des jeunes fera également l’objet d’une feuille de route régionale d’ici la fin de l’année. Les maisons des adolescents bénéficieront notamment d’un renforcement de leurs moyens financiers.
À travers cette présentation, l’ARS Bourgogne-Franche-Comté entend montrer qu’au-delà de la gestion des urgences, la région se prépare aussi aux défis sanitaires des prochaines décennies.
Manon Bollery
Image d'archives JC Tardivon