
Avant de répondre aux questions des élus réunis en session, ce vendredi 26 juin, à Dijon, Violaine Démaret a présenté l'action des services de l’État en 2025, avec la «souveraineté» en guise de fil rouge.

L'exercice rituel de la présentation du rapport d'activité des services de l’État en Bourgogne-Franche-Comté a été dévolu à Violaine Démaret, ce vendredi 26 juin 2026, à Dijon, en session du conseil régional.
S'il s'agissait principalement d'exposer le bilan de son prédécesseur Paul Mourier – la préfète de la région ayant pris ses fonctions, le 27 avril dernier (
lire notre article) –, l'ancienne conseillère du président de la République a délivré des propos tournés vers l'avenir.
Un poster pour ne pas rendre le RASER trop «rasoir»
Après la diffusion d'une vidéo sur «les fiertés» de la Bourgogne-Franche-Comté, Violaine Démaret assume, elle aussi, de développer la notion de fierté, chère à Jérôme Durain (PS), président du conseil régional.
«Notre objectif est simple : améliorer au quotidien la vie des habitants de cette région», rappelle-t-elle à propos des services déconcentrés de l’État en Bourgogne-Franche-Comté et des préfectures de département. «
«L'enjeu est que vous ayez un État qui parle d'une seule voix», ajoute-t-elle en s'adressant aux conseillers régionaux dont la plupart ont également un autre mandat dans un conseil municipal notamment.
«L’État est présent dans l'ensemble des politiques publiques», insiste-t-elle en saluant «la qualité du dialogue» entre État et le conseil régional. «Je suis d'ores et déjà l'ambassadrice de la Bourgogne-Franche-Comté.»
Pour «éviter le rasoir» du RASER, la communication de la préfecture de la région Bourgogne-Franche-Comté a produit une version synthétique et illustrée sous la forme d'un poster à déplier que les élus ne manqueront pas d'afficher dans leur bureau.
La «souveraineté» comme fil rouge
La préfète de la région Bourgogne-Franche-Comté a retenu le thème de «la souveraineté» comme fil rouge de son intervention au travers des sujets d'industrie, d'énergie et d'agroalimentaire car «notre petit morceau de France contribue à la souveraineté du pays».
«La Bourgogne-Franche-Comté est une région qui dispose de nombreux atouts pour contribuer au renforcement de la souveraineté économique et industrielle de la France», revendique Violaine Démaret en référence à la position géographique et aux infrastructures de transport du territoire.
En particulier, les services de l’État ont pour objectif de développer des pôles multimodaux autour du transport fluvial grâce à du foncier encore disponible.
«Quitter progressivement la voiture individuelle thermique»
Dans le cadre du Contrat de plan État-Région (CPER), 700 millions d'euros de fonds ont été contractualisés – dont 277 millions d'euros apportés par l’État – pour «moderniser, sécuriser et décarboner les infrastructures» car «s'il n'y a pas d'infrastructures, il n'y a pas d'avenir économique pour notre région».
Si «notre enjeu n'est pas de supprimer la voiture», la préfète reconnaît que les orientations conduisent à «développer des solutions de mobilités alternative», de façon à «quitter progressivement la voiture individuelle thermique» et à «émettre moins de gaz à effet de serre». «Il faut faire de l'intermodal, il faut verdir nos voitures et notre façon de faire les routes.»
«Inscrire la réindustrialisation dans une trajectoire décarbonée et innovante»
«Nous avons une histoire industrielle et un avenir industriel», martèle la représentante de l’État qui salue «les pépites» des secteurs du nucléaire, de l'automobile, de l'hydrogène, de la santé ou des biothérapies avec, comme exemples, Alstom, Framatome, Stellantis, Arabelle ou encore Urgo.
Après la crise sanitaire, le plan de relance France 2030 a engagé 582 millions d'euros dans les entreprises en Bourgogne-Franche-Comté dont 39 millions d'euros apportés par la Région pour «inscrire la réindustrialisation dans une trajectoire décarbonée et innovante».
«Le Premier ministre nous a demandé de mettre, à nouveau, un coup d'accélérateur sur l'électrification» des usages et des entreprises, glisse l'oratrice à propos des dispositifs qui seront prochainement mis en place, «c'est le Plan 100% électrification».
Saluant la présentation de la feuille de route régionale de la défense, la préfète constate que «le secteur automobile certains acteurs vont bien, d'autres mal, voire très mal» et concède qu'«il faut donner visibilité à nos entreprises sur ce qu'elles peuvent faire ou pas» car «c'est de l'emploi pour le territoire».
La Bourgogne-Franche-Comté représente 5% des réductions des émissions de GES
«Le défi de la transition écologique et climatique anime l'ensemble des politiques d’État», assure Violaine Démaret qui tacle les «circonspects» du changement climatique.
«La COP est un élément structurant de notre action», considère la préfète qui revendique des «résultats» : «les émiions de gaz à effet de serre ont baissé de 100 millions de tonnes de CO2 entre 2017 et 2025, c'est autant que ce qui avait été fait entre 1990 et 2017» mais le rythme a «un peu ralenti» ces dernières années alors que la Bourgogne-Franche-Comté représente 5% des réductions des émissions des gaz à effet de serre à faire d'ici 2030.
Lancée fin 2023, la «COP territoriale» fera l'objet d'une réunion cet automne pour partager «les bonnes pratiques».
«L’État a des fonds pour accompagner les collectivités»
Alors que «nos villes ont la capacité de travailler leur habilité», la préfète relève que «la ruralité apporte des aménités environnementales et climatiques», ce qui lui permet de défendre les outils de l'Agence nationale de la cohésion des territoires, les programmes Actions cœur de ville et Petites Villes de demain ou encore l'implantation des Maisons France services.
«L’État a des fonds pour accompagner les collectivités», assure l'oratrice en référence aux DTER, DSIL et autres Fonds vert tout en concédant que «les choix budgétaires ont raboté en partie ces fonds».
«La stratégie, c'est bien, mais l'action, c'est mieux», lance Violaine Démaret à propos de la forêt qui a fait l'objet d'un «dire de l’État» sur la forêt (
lire le communiqué). «On n'a pas le temps de prendre 3-4-5 ans pour élaborer des stratégies.»
Pour évoquer l'enjeu de la ressource en eau, Violaine Démaret note que «le niveau de la Saône a baissé de 18% entre 1975 et 2024» et que «70% des eaux superficielles sont dans un état jugé moyen».
«Les priorités pour l’État sont claires : préserver en quantité et préserver ou restaurer en qualité», développe-t-elle. «Il faut qu'on adapte les usages, qu'on accentue sur la sobriété et qu'on sécurise aussi, notamment dans le champ agricole. (…) Il faut qu'on fasse à la fois des digues et des réserves.»
L’État soutient les projets alimentaires territoriaux
«L'agriculture met en valeur la moitié de la superficie de la région», poursuit la représentante de l’État qui note que, sur le plan économique, les exportations de produits depuis la Bourgogne-Franche-Comté ont représenté 3,4 milliards d'euros en 2025, dont 1,9 milliard d'euros de vins. Ce qui donne un rôle particulier à la région dans «la reconquête de la souveraineté alimentaire» de la France (
lire notre article).
Les différentes collectivités de la région ont lancé 33 projets alimentaires territoriaux dont le soutien totalise 20 millions d'euros.
En revanche, dans la restauration collective, l'application de loi Egalim n'atteint «pas la moyenne» : «côté État, on doit aussi accélérer».
L’État va «devoir adapter les services publics» à la déprise démographique
«Nous avons de puissants atouts pour que notre petit morceau de France trouve sa place», résume la préfète, on peut en faire des opportunités».
Néanmoins, face à la déprise démographique, la représentante de l’État refuse le mot de «déclin» tout en ayant «conscience du virage», en assurant «devoir adapter [les] services publics» et «continuer à faire venir de nouveaux habitants».
1,3 milliard d'euros ont été fléchés pour moderniser la ligne Paris-Clermont-Ferrand de 2018 à 2027
Premier à dégainer une question, Gérald Gordat (HOR) intervient sur la «réalité préoccupante» des dessertes ferroviaires, notamment la ligne Tours-Lyon, passant par Nevers et Paray-le-Monial, et sur les crédits du CPER pour la regénération des voies ferrées.
En se référant au contrat de performance de la SNCF pour 2024-2033, Violaine Démaret répond que 4,5 milliards d'euros seront mobilisés pour moderniser les infrastructures ferroviaires en France.
Une loi-cadre est dans les tuyaux pour définir une programmation plurianuelle et de nouvelles ressources dont une taxe sur les recettes des concessionnaires autoroutiers.
En Bourgogne-Franche-Comté, un milliard d'euros seront investis sur trois ans pour le réseau structurant. En particulier, entre 2018 et 2027, 1,3 milliard d'euros ont été fléchés pour la ligne Paris-Clermont-Ferrand, dont 106 millions d'euros au nord de Nevers, en 2025. 450 millions d'euros sont prévus pour cet axe en 2028 et 2029.
Pour les lignes de dessertes fines du territoire, la préfète attend la prochaine remise du rapport de François Philizot.
«Ce sont biens les territoires ruraux qui sont les plus bénéficiaires du Fonds vert»
Concernant le Fonds vert, «levier central de la transition écologique» et créé en 2023, Denis Thuriot (REN), président du groupe des élus progressistes, demande un «bilan détaillé», aspire à «des mesures de simplification administrative» et incite à instaurer une garantie de «répartition équitable» des financements.
Plus de 21 millions d'euros issus du Fonds vert ont été engagés en Bourgogne-Franche-Comté en 2026, contre 35,5 millions d'euros en 2025. «Le rythme de consommation des crédits n'a pas du tout ralenti. (…) Ce sont biens les territoires ruraux qui sont les plus bénéficiaires du Fonds vert», assure la préfète.
Un «plan d'économies» dans l'hébergement des demandeurs d'asile
Julien Odoul (RN), député de l'Yonne et président du groupe d'opposition Rassemblement national Bourgogne-Franche-Comté, interroge la préfète sur le «juteux marché de l'accueil des migrants» qui «arrose toute une galaxie d'associations et d'entreprises».
Le 12 juin dernier (
lire le communiqué), le groupe d'opposition avait critiqué la signature du CPOM Asile Bourgogne-Franche-Comté 2026-2030, assorti d'une enveloppe de 9,4 millions d'euros (
lire le communiqué).
«Il n'y pas eu d'augmentation de l'enveloppe, il y a même une baisse des dispositifs», rétorque la préfète, «on a fusionné les deux lignes qui étaient dans des programmes différents», à propos de l'hébergement d'urgence d'un côté (HUDA) et des centres d'accueil de l'autre (CADA).
L’État a ainsi engagé un «plan d'économies» de 48 millions d'euros au niveau national, se déclinant par un retrait de 3,5 millions d'euros et une fermeture de 540 places au niveau régional pour atteindre 6.006 places dans le cadre du dispositif national d'accueil des demandeurs d'asile (DNA), résultant de la fusion.
Le 20 mai dernier (
lire le communiqué), Julien Odoul avait rapporté «l’effort financier en faveur de l’hébergement des migrants» au «choix de fermer près de 200 classes dans les écoles bourguignonnes et francs-comtoises».
Une comparaison remise en cause par la préfète qui souligne «tout ce quie nous mettons dans notre système éducatif et notre politique de jeunesse n'a pas du tout la même unité de compte, (…) on est sur des chiffres qui sont des milliards [d'euros] que l'on déploie, c'est sans commune mesure».
Le Pacte asile et immigration qu'a porté la France à l'échelle européenne est déployé en région depuis le 12 juin dernier.
«Les flux d'asile diminuent», assure la représentante de l’État tout en revendiquant que «c'est notre honneur d'organiser cet accueil en Bourgogne-Franche-Comté». Après 5.549 demandes d'asile en 2023, le flux a baissé de 12% en 2024 puis de 18% en 2025 pour atteindre 3.971.
«Le PRIC a marché»
Président du groupe Notre Région par cœur, Hicham Boujlilat (PS) partage son inquiétude sur la fonte des moyens financiers alloués à la Région tandis qu'Isabelle Liron (PCF) fait de même sur le Pacte régional d'investissement dans les compétences ainsi que Sarah Persil (LE) à propos du versement des crédits pour le dispositif local d'accompagnement de l'emploi associatif (DLA).
«Le gouvernement fait des choix financiers», assume la préfète qui considère que «s'est présenté un pic de financements pour le bloc communal en 2023». Malgré les baisses de budget, «on arrive à financer un nombre conséquent de dossiers», défend-telle en avançant que «le Fonds Barnier augmente» et en citant l'action les agences de l'eau. Concernant l'ADEME, l'Etat «préserve son action» mais fait «évoluer son organisation».
«Le [PRIC] a marché», analysé Violaine Démaret, «on a atteint des niveaux records d'apprentis». «On reste présent en termes de formation professionnelle.»
«Le DLA est un outil puissant qui permet de retrouver un emploi», poursuit-elle en constatant que 700.000 euros ont été consacrés au DLA en 2025. «Le ministre a annoncé des crédits à hauteur de ceux de 2025.»
«Nous avons multiplié par trois, en dix ans, l'apport donné aux associations sur les VSS et les VIF»
Laëtitia Martinez (PS) s'exprime sur les «obstacles» à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, ce qui permet à Violaine Démaret de revendiquer «deux priorités absolues en matière de sécurité» : le narcotrafic et les violences intrafamiliales, en particulier celles impliquant des mineurs.
Après avoir adressé une pensée aux victimes de violences sexistes et sexuelles, Violaine Démaret salue l'action des policiers et gendarmes qui passent actuellement en revue les dossiers en instance à la demande du ministre de la Justice, à la suite du meurtre de la collégienne Lyhanna, dans le Gers.
«Nous avons multiplié par trois, en dix ans, l'apport donné aux associations sur les violences sexistes et sexuelles et les violences intrafamiliales», souligne la préfet avec 90,6 millions d'euros au niveau national en 2026. En Bourgogne-Franche-Comté, cela représentait 2,8 millions d'euros en 2025.
«On a un nombre de victimes qui augmente», constate néanmoins la représentante de l’État qui relève une augmentation de 7,5% de violences intrafamiliales en 2025, par rapport à 2024. «85% des violences conjugales sont subies par des femmes», insiste-t-elle en signalant un travail sur l'éviction du conjoint violent. En Côte-d'Or, «le Pack nouveau départ marche très bien» (
lire notre article).
«On est une des région les plus avancées sur l'approche One Health»
Amandine Rapenne (Cap 21) relaie une question d'Aurore Lagneau (GE) sur «l'accès aux soins dans les territoires les plus fragiles» et la santé environnementale, ou
One Health en anglais.
«On est une des région les plus avancées sur l'approche
One Health», assure Violaine Démaret qui renvoie au Plan régional santé environnementale (PRSE).
«Dans tous les domaines de l'action de l’État, nous reconstruisons»
Mélanie Fortier (RN) interroge la préfète sur l'action des services de l’État face à «l'effondrement de la démographie» alors que la région connaîtra son pic de vieillissement en 2040.
«Il y a eu des évolutions de services publics ces dernières décennies», concède la préfète, «nous essayons de reconstruire ce qui a été défait». «Dans tous les domaines de l'action de l’État, nous reconstruisons», insiste-t-elle en évoquant les créations 10.000 postes de policiers et gendarmes, les ouvertures de brigades de gendarmerie, la fin du numerus clausus des études de santé, les ouvertures de maisons de santé pluriprofessionnelles, l'instauration du réseau France santé pour «faire mieux travailler la ville et l'hôpital». Et violaine Démaret de conclure : «nous sommes à l'action et à la manœuvre».
Jean-Christophe Tardivon







