
Ce lundi 31 août, à Dijon, le président du conseil régional a passé en revue les enjeux liés à la rentrée scolaires dans les lycées publics – pouvoir d'achat des familles, prévention de la consommation de drogues et entretien des bâtiments – et commenté les sujets d'actualité.
Plus de 83.000 lycéens font leur rentrée scolaire 2026 dans des établissements publics dont la Région Bourgogne-Franche-Comté est propriétaire des bâtiments.
La collectivité doit donc assurer la gestion, la sécurité et l'entretien de ce patrimoine, voire l'équipement de certaines formations, sans oublier de proposer des transports vers les sites en question et de mettre en œuvre une offre de restauration scolaire. Dans l'ensemble, 3.247 personnels sont mobilisés dont 2.844 agents territoriaux.
Ce lundi 31 août 2026, à Dijon, à la veille de la rentrée, Jérôme Durain (PS), président du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, a présenté les enjeux de ce début d'année scolaire 2026-2027, selon trois axes : «émanciper, protéger et former les citoyens de demain».
Un soutien des lycéens modestes équivalent à 2.000 euros par an
«Notre jeunesse, c'est quand même notre principal richesse», lance Jérôme Durain en préambule. «C'est une génération qui n'est pas épargnée par les difficultés et par le stress. (…) Il faut chérir notre jeunesse. (…) La Région met le paquet sur le soutien apporté à la jeunesse et les politiques qui la concerne.»
D'emblée le socialiste insiste sur les mesures de pouvoir d'achat pour les familles modestes qui équivalent, en moyenne, à 2.000 euros «économisés par an par enfant» : gratuité de transports scolaires, tarifs spécifiques de TER, soutien pour passer le permis de conduire, financement de ressources pédagogiques (manuels, supports choisis par les établissement, fournitures obligatoires dans les lycées professionnels...), tarifs de restauration – «un moyen pour utiliser les ressources bio et locales» –, déploiement de la carte Avantages jeunes pour «accéder à 4.000 bons plans», mise en place d'une plateforme pour «faciliter l'accès aux stages» et instauration de bourses pour effectuer des stages à l'étranger.
«La Bourgogne-Franche-Comté a choisi de conditionner le versement de subventions aux entreprises à l'accueil de stagiaires», souligne le responsable de l'exécutif régional, «les entreprises jouent le jeu».
Globalement, Jérôme Durain revendique de «donner les moyens aux jeunes de réaliser leur cursus lycéen dans de bonnes conditions».
18 millions d'euros pour la sécurisation des lycées depuis 2017
«La Région continue de sécuriser ses établissements – enceintes, clôtures, portails motorisés, dispositifs techniques comme la vidéoprotection et les alarmes anti-intrusion – et et de former les agents au risque d'intrusion», enchaîne Jérôme Durain. Un poste qui totalise 18 millions d'euros depuis 2017.
«Protéger les jeunes de l'entrée dans la consommation et, parfois, dans le narcotrafic»
Dans le champ de la prévention contre les addictions, la Région Bourgogne-Franche-Comté se revendique «première Région» à travailler avec la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) qui met l'accent sur la sensibilisation des adolescents aux risques psycho-sociaux.
«On est loin du compte au niveau national, on ne fait pas suffisamment pour éviter que les jeunes dans la consommation», estime Jérôme Durain qui annonce une expérimentation dans onze lycées répartis dans les huit départements. «Si on doit protéger la société du narcotrafic, on doit d'abord protéger les jeunes de l'entrée dans la consommation et, parfois, dans le narcotrafic. (…) Il n'y a pas de consommation anodine, tous les produits sont potentiellement dangereux dès la première prise.»
Les lycées expérimentateurs sont : Pasteur (Besançon), Victor-Hugo (Besançon), Jean Michel (Lons-le-Saunier), Pierre Vernotte (Moirans-en-Montagne), Luxembourg (Vesoul), Lucien Quelet (Valdoie), Janot-Curie (Sens), Le Castel (Dijon), François Mitterrand (Château-Chinon), Morvan (Château-Chinon) et Fontaines sud-Bourgone (Charolles).
Parallèlement, le socialiste s'«interroge» sur la consommation de tabac : «c'est un beau combat d'imaginer une génération sans tabac».
Des enjeux sociétaux
«Il faut qu'on continue d'accompagner les plans égalité et la question des droits sexuels», poursuit Jérôme Durain qui envisage la création d'une fédération régionale du Planning familial.
Pour «former les citoyens de demain», le responsable de l'exécutif régional soulève l'enjeu de la culture scientifique, technique et industrielle avec «là aussi, un sujet d'égalité filles-garçons» ainsi que la sensibilisation au thème de l'environnement avec les écolycées ou encore les vergers de sauvegarde.
Concernant la problématique des médias sociaux, le socialiste souhaiter «armer nos jeunes pour mieux utiliser ces outils-là qui restent très présents tout autour de nous et les aider à comprendre comment cela fonctionne» de façon à «ce que les gamins ne tombent pas sous l'emprise des réseaux sociaux». «En classe, ça ne me choque pas qu'on n'ait pas accès au téléphone.»
Un lycée en bâtiments modulaires à Vesoul
La réaction de la collectivité aux menaces structurelles pesant sur le lycées des Haberges, à Vesoul, est emblématique des chantiers menés en 2026.
«On a créé
ex nihilo un lycée à partir de bâtiments modulaires en trois mois», souligne Jérôme Durain, «c'est peut-être un nouveau modèle d'action publique à mettre en place». «On sait faire vite quand on peut.» Une enveloppe de deux millions d'euros a été mobilisée à cette fin.
100 millions d'euros pour l'entretien des lycées chaque année
Parmi les principaux travaux en cours, la Région a engagé 26 millions d'euros pour restructurer le lycée polyvalent Edgar Faure (Morteau), 10,4millions d'euros pour la construction d'un atelier du lycée général et technologique Henri Parriat (Montceau-les-Mines), 3,2 millions d'euros pour des travaux dans le restaurant scolaire du lycée professionnel Pierre Bérégovoy (Fourchambault), ou encore 3,4 millions d'euros pour restructurer le restaurant scolaire du lycée technologique Gustave Eiffel (Dijon).
Plus globalement, la Région consacre environ 100 millions d'euros à l'entretien des lycées chaque année. «La Région est très investie pour cette rentrée», synthétise le responsable de l'exécutif régional, «je crois vraiment qu'un lycéen qui est en Bourgogne-Franche-Comté, il a de la chance.»
«On n'a pas attendu les canicules de 2026 pour s'intéresser au sujet»
Parmi les sujets d'actualité, le socialiste rappelle que «l'extrême-droite nous disait ''écolos-bobos'' et ''Khmers verts''». «Heureusement qu'on n'a pas attendu les canicules de 2026 pour s'intéresser à ce sujet. (…) L'été 2026 nous interroge. (…) On va bouger le curseur pour faire assez vite des choses simples : films anti-chaleur, stores extérieurs, brise-soleils, ventilation dans les classes... (…) Quand l’État annonce un plan massif de 190 millions d'euros, c'est 21.000 euros par établissement ; le confort thermique dans un internat, c'est 10 ou 15 millions d'euros.»
Le responsable de l'exécutif régional indique ne pas avoir de «tabou» sur le recours à la climatisation même si «ce n'est pas l'alpha et l'oméga» car «ce n'est pas possible partout». «J'ai été saisi d'effroi en voyant la sacralisation de la climatisation comme remède à tout, surtout chez les climatosceptiques. On fera ce qui est utile, là où c'est utile.»
Le «grand défi» du changement climatique
«Le grand défi de notre génération, c'est le changement climatique», analyse Jérôme Durain.
«On ne peut plus habiter comme on habitait avant. (…) On ne se nourrira pas de la même façon parce que nos agriculteurs ont connu un été épouvantable», développe-t-il, «Malheureusement, on est sur le chemin tracé par les experts. On continue à porter cette nécessité du changement climatique. (…) Toutes nos vies sont régies par ça.»
Jérôme Durain réserve son «avis» sur la programmation du festival Golden Coast
Interrogé sur la programmation du rappeur controversé Médine au festival Golden Coast, Jérôme Durain rappelle que la subvention de la collectivité concerne «l'émergence des talents régionaux».
«Je ne me sens pas lié par la programmation des artistes phares», ajoute-t-il. «Quand quelqu'un a été condamné, il n'y a pas de sujet. Je n'ai pas vocation à m'immiscer dans la programmation. Je peux avoir un avis.»
«Golden Coast est un festival extrêmement bon enfant», prend-il soin de préciser, «les services de la Région sont épatés de voir autant de jeunes aussi sympas, aussi bienveillants». «Le rap est une musique tout public. Médine me paraît un sujet périphérique. Le Golden Coast est une bonne vitrine pour le territoire avec 45% de participation extérieure à la région.»
«On peut avoir une forme de dynamique avec la primaire»
«Je vais toujours à la Fête de la rose, quels que soient les invités», indique Jérôme Durain alors que, cette année, François Hollande, ancien président de la République, actuel député socialiste de la Corrèze, est l'invité d'honneur (
lire notre article).
Alors que les candidatures à la primaire social-démocrate se multiplient, Jérôme Durain diffère l'annonce d'un potentiel soutien, en considérant qu'«il y a un espace pour une gauche à laquelle j'appartiens, tout n'est pas joué».
«On peut avoir une forme de dynamique avec la primaire qui va se jouer à l'initiative du Parti socialiste», assure-t-il. «Ce pays n'est pas voué à être livré aux mains de l'extrême-droite qui sont des gens dangereux parce qu'ils exaltent les divisions, la haine de l'autre, ça reste le ressort de leur idéologie. (…) Le simplisme d'un diagnostic qui prend les immigrés, les étrangers pour boucs émissaires, ça ne fait pas une politique publique.»
«Le total gauche progresse, preuve qu'il peut y avoir une dynamique», analyse-t-il, «sur le plateau [des candidats à la primaire], il y a de quoi gagner l'élection [présidentielle] on a des gens qui sont suffisamment compétents pour diriger le pays, au moins autant que le Rassemblement national».
Jean-Christophe Tardivon

