
Appliquant la stratégie de mutualisation des campagnes électorales du Rassemblement national, Julien Odoul a ciblé, ce jeudi 8 janvier, à Dijon, l'exécutif de la Région Bourgogne-Franche-Comté au travers de thèmes pouvant mobiliser également pour les municipales : agriculture, «abandon des élites», sécurité et fiscalité.

Pas de trêve pour les conseillers régionaux du Rassemblement national en Bourgogne-Franche-Comté. Si la prochaine session du conseil régional aura lieu après les municipales, les soutiens de Marine Le Pen et Jordan Bardella entendent mettre ce temps à profit pour battre la campagne et ainsi entrer dans un «tunnel démocratique» en ayant le cap mis sur la présidentielle de 2027 et même les départementales et régionales de 2028.
Ce jeudi 8 janvier 2026, dans les salons d'un hôtel dijonnais, Julien Odoul, député de l'Yonne et président du groupe d'opposition à la Région, a réuni ses troupes pour leur présenter ses vœux et tenir une conférence de presse de début d'année. Les absents ont été excusés : «certains sont à l'Assemblée nationale, d'autres sur le terrain».
Entre les manifestations d'agriculteurs et le procès en appel de l'affaire des assistants parlementaires du FN
La démarche se situe dans un contexte d'actualités revendicative et judiciaire. Tout d'abord, les militants du syndicat agricole de la Coordination rurale sont particulièrement mobilisés pour contester la gestion sanitaire de l'épizootie de dermatose nodulaire contagieuse des bovins et le traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur. Le sujet est porteur pour les militants du Rassemblement national qui expriment les mêmes rejets.
Ensuite, sur un sujet plus délicat pour les concernés, la cour d'appel de Paris s'apprête à rejuger, du 13 janvier au 12 février prochains, les prévenus de l'affaire des assistants parlementaires du Front national.
En première instance, le 31 mars dernier, Marine Le Pen a été reconnue coupable par le tribunal correctionnel de Paris de détournement de fonds publics du Parlement européen au seul profit de son parti et condamnée à quatre ans de prison, dont deux fermes, assortis de cinq ans d’inéligibilité avec une exécution provisoire l'empêchant, à ce stade, de se présenter à la présidentielle.
Julien Odoul lui-même a été condamné à huit mois de prison avec sursis simple ainsi qu'à une peine d'inéligibilité d'un an pour recel de détournement de fonds publics. L'appel lui ayant permis de conserver ses mandats, l'élu icaunais se dit «serein» et entend «démontrer son innocence» lors de cette nouvelle échéance judiciaire (
lire le communiqué) dont le jugement est attendu d'ici l'été prochain.
Élus régionaux et candidats aux municipales
Lors de cette réunion dans la capitale régionale, Julien Odoul apparaît combatif, brandissant d'emblée un argumentaire bien rôdé de façon à galvaniser ses soutiens. Il débute son propos en émettant des vœux d'«espérance pour notre territoire, notre région, notre pays».
Autour du président du groupe politique, figurent Pascal Blaise, candidat aux municipales à Auxerre, Thomas Lutz, colistier à Besançon, Valérie Graby, Julien Guibert, député de la Nièvre, Valérie Deloge, députée européenne, René Lioret, député de la Côte-d'Or et candidat à Beaune, Nathalie Fritsch, candidate à Lure, et Inès Martin, candidate à Héricourt.
Au niveau national, 700 listes ont été investies par le Rassemblement national, avec le soutien de l'Union des droites pour la République, le mouvement fondé par Éric Ciotti. Dans d'autres cas, notamment des communes rurales, le parti se contente d'accorder un soutien.
Mutualisation des campagnes électorales
Selon Julien Odoul, cet engagement participe de «la volonté d'implantation locale» et de l'aspiration à «gagner dans des villes emblématiques où il y a besoin de changement». «Depuis 20 à 30 ans, pour certaines communes, des gestions de gauche ont montré leurs échecs, (…) il y a un grand besoin d'alternative portée par nos candidats».
Depuis la dissolution qui a pris de court le Rassemblement national en 2024, une stratégie de mutualisation des campagnes électorales s'est dessinée. «Les élus régionaux sont avant tout des militants, ils feront la campagne des municipales sur le terrain», glisse le président de groupe.
«Toutes les élections sont liées», analyse le représentant du parti à la flamme, «les bons résultats aux municipales entraînent de bons résultats aux élections suivantes». «Nous comptons sur notre implantation qui est affirmée. (…) Il n'existe plus de ville ingagnable, de baronnie inatteignable.»
Pour autant, le RN ne s'engage pas pleinement dans les sénatoriales qui seront seulement «regardées à l'issue de la campagne municipale» même si Jordan Bardella espère pouvoir former un groupe au palais du Luxembourg, avec au moins 15 sénateurs contre 3 à ce jour.
Julien Odoul fustige «l'abandon des élites régionales»
Militant pour «la vraie alternance» à la Région Bourgogne-Franche-Comté, Julien Odoul incite à «de grands changements nécessaires et vitaux» et présente un nouveau tract du groupe régional qui «rappelle la longueur de cette gestion». «Pendant dix ans, la Bourgogne-Franche-Comté a été sous domination et la mauvaise gestion de la gauche».
L'élu national-populiste fustige «l'abandon des élites régionales» : «on assiste de plus en plus, sous l'intérim Durain, à une volonté clanique de faire de la Bourgogne-franche-Comté l'apanage d'un petit clan idéologique qui n'a que, comme seule obsession, son maintien au pouvoir pour flatter sa clientèle».
En fonction de quoi, la thématique initiée par le nouveau président de Région Jérôme Durain (PS) de la fierté régionale est assimilée par Julien Odoul à «un budget de campagne électorale» pour «satisfaire les derniers piliers de la gauche».
«Le chômage repart à la hausse», constate l'Icaunais qui replace la statistique dans un cadre plus large : «on a un enfermement social d'une bonne partie de nos concitoyens qui ne cherchent plus de perspective et qui sont dans une désespérance chronique». «Ce n'est pas du tout traité à sa juste mesure par les pouvoirs publics», déplore-t-il.
Des «manifestation de survie» des agriculteurs
Le premier thème abordé concerne l'agriculture pour évoquer un «soutien» aux différentes mobilisations en cours dans l'Hexagone, des «manifestation de survie de la profession menacée d'extinction» par des «humiliations à répétition».
Après la gauche, l'élu national-populiste cible l'Union européenne vue comme «voulant se débarrasser de nos agriculteurs» ainsi que l'exécutif national en pointant «les tergiversations, les mensonges d'Emmanuel Macron, de ses différents ministres de l'Agriculture, dont Mme Genevard».
Selon lui, le traité de libre-échange avec le Mercosur conduire à «les mettre en concurrence avec des industriels de l'agroalimentaire qui ne respectent aucune de nos normes», pouvant entraîner «la disparition méthodique, progressive de nos élevages», remplacés par «les viandes produites à bas coût».
«Cela vaut aussi pour la filière viticole», s'empresse-t-il d'ajouter alors que le secteur des vins français est présenté par l'exécutif comme un bénéficiaire potentiel de l'accord. «Nos vignerons seront mis en concurrence avec des vins argentins [alors que] Javier Milei a abattu toutes les normes sanitaires sur le vin.»
«Nous sommes les seuls défenseurs de l'agriculture française»
«Nous au pouvoir, nous sauverons l'agriculture française», martèle Julien Odoul, «nous sortirons l'agriculture des traités de libre-échange, (…) nous voulons l'exception agri-culturelle, (…) nous souhaitons que l'agriculture soit protégée de la concurrence». «Nous avons des productions qui sont des trésors nationaux et régionaux, nous avons la région la plus agricole et celle qui a peut-être les productions les plus renommées partout sur la planète.»
Le soutien de Jordan Bardella appelle à «en finir avec l'écologie punitive, en finir avec l'inflation normative» et propose d'instaurer dans la restauration scolaire des lycées publics «100% de viandes et légumes issus des productions régionales».
«La Région Bourgogne-Franche-Comté a été indigente dans le versement [des] fonds FEADER avec beaucoup de légèreté, d'amateurisme et de suffisance, compte tenu des nombreux appels des agriculteurs», enchaîne-t-il. «Cet argent n'est pas un cadeau, c'est l'argent qui est dû pour les agriculteurs.»
«Nous sommes les seuls défenseurs de l'agriculture française», revendique-t-il, «les seuls à vouloir pérenniser ce qui a construit la France». «Les macronistes, la gauche, l'extrême-gauche, les LR, les centristes et autres, tous sont responsables et coupables de l'abandon et de la trahison de nos agriculteurs.»
«Le Salon de l'agriculture ne doit plus être cette vitrine déconnectée»
La perspective d'un Salon international de l'agriculture sans bovin ni volaille désole les élus régionaux du Rassemblement national qui entrevoient néanmoins des menaces planant sur la tenue même de l'événement au gré de l'avenir du traité avec le Mercosur.
«Le Salon de l'agriculture ne doit plus être cette vitrine déconnectée où pendant quelques jours on fait semblant de regarder une agriculture qui va bien», analyse Julien Odoul.
De son côté, René Lioret regrette le sort de «deux fleurons», en ajoutant le Mondial de l'automobile : «les producteurs n'y vont plus, on ne voit plus les modèles qui faisaient rêver». «Nos fiertés nationales où les Français se déplaçaient, c'est terminé».
Entre l'épizootie de DNC, la gestion du FEADER et les attaques de grands prédateurs, «la situation est critique aujourd'hui», insiste Julien Odoul.
«Le ministère de l'Agriculture et le gouvernement n'a aucune vision stratégique de l'agriculture», proteste à son tour Julien Guibert qui se souvient de la crise liée à la fièvre catarrhale ovine : «on n'a pas appris des manquements des politiques publiques agricoles, (…) on est frappé de plein fouet par la DNC».
«On a un manque crucial de vétérinaires en Bourgogne-Franche-Comté», estime le Nivernais, «en décembre, j'ai porté un amendement pour financer l'installation de vétérinaires spécialisés dans l'élevage dans la ruralité en Bourgogne-Franche-Comté, ça a été balayé d'un revers de main par la majorité régionale».
«La Région n'atteint pas les objectifs de la loi Egalim»
Depuis 2023, la Région Bourgogne-Franche-Comté expérimente des actions visant à développer la part d’alimentation locale et bio dans 21 lycées des territoires de Dijon et de Besançon avec l'objectif de 75% de produits locaux ou bio en 2028 (
lire le communiqué).
La démarche ne rencontre pas l'adhésion des opposants qui pointent «le retard qui a été pris» au regard des engagements précédents de l'exécutif. «Jérôme Durain, c'est reprendre les idées du RN pour en faire de la communication, toujours pour en faire des coquilles vides», peste Julien Odoul.
«La Région n'atteint pas les objectifs de la loi Egalim», glisse Julien Guibert qui rappelle qu'Aurélien Dutremble, député de la Saône-et-Loire, a porté une proposition de loi pour que «100% de certains produits soient issus de circuits courts» (
lire le communiqué).
Le député de la Nièvre a lui-même déposé un rapport sur le contrôle des produits importés et a proposé une compensation financière pour les intendants faisant le choix des circuits courts.
«Ça assure aussi du travail pour nos agriculteurs et un meilleur revenu», intervient Valérie Deloge.
Proposition d'instaurer des «sécu-conditionnalités»
Parmi les thèmes régionaux, Julien Odoul développe tout particulièrement celui de la sécurité. Alors qu'il prône de longue date que «la sécurité soit une compétence régionale», Jérôme Durain a relevé le gant, provoquant une confrontation directe.
Le président du groupe Rassemblement national prône donc l'instauration de «sécu-conditionnalités» – sur le modèle des «éco-conditionnalités» développées par Marie-Guite Dufay (PS) quand elle était présidente de Région –, c'est à dire «des critères de sécurité dans l'attribution des aides publiques, notamment de la politique de la ville».
S'ajouteraient «des aides concrètes pour soutenir les communes qui souhaitent investir dans la mise en place de vidéoprotection», «une brigade régionale pour les transports» – «se faire contrôler dans un TER, c'est exceptionnel, les trains sont tellement bondés, les usagers sont laissés sans contrôle» –, et «un soutien aux victimes de l'insécurité notamment les femmes victimes de violences sexuelles et sexistes, liées pour partie à une immigration dérégulée, elle-même entretenue par les élites régionales».
L'élu national-populiste fait ainsi référence aux cours de français langue étrangère (FLE) destinés aux migrants qui sont cofinancés par la Région. Un coût estimé à «42 millions d'euros depuis 2016» parmi quelques 15 milliards d'euros de budget régional sur la même période.
Bilan du groupe régional pour l'année 2025
«Contrairement aux autres groupes de l'assemblée régionale, nous, nous travaillons», lance Julien Odoul malgré, de facto, le manque d'effet de la stratégie d'amendements du groupe d'opposition. «Nous rendons compte aux Bourguignons et aux Franc-Comtois qui nous ont fait confiance d'un travail important à leur service. (...) Les autres groupes se servent de la Région pour garder le pouvoir et mal gérer, soit en complément de revenus pour certains LR – qui sont eux-même maires ou dans des exécutifs mais qui ne prennent jamais la parole et ne déposent jamais d'amendements – soit de visibilité parce qu'ils n'en ont pas ailleurs, je pense aux macronistes ou aux communistes.»
Bien qu'ils n'aient eu aucune chance d'aboutir – les autres opposants ne participant pas au vote en ce cas et la majorité l'emportant –, 67 textes ont été déposés par le groupe d'opposition dont 45 amendements.
Entre baisse de la fiscalité et réorientation de crédits – aussi appelée «lutte contre le gaspillage» quand il s'agit notamment du financement de la coopération internationale car «la Région n'a pas à avoir de diplomatie» –, le président du groupe calcule que ces amendements auraient pu représenter «250 millions d'euros d'économies» pour les habitants de Bourgogne-Franche-Comté.
Vent debout contre le versement mobilité régional
Concernant la fiscalité, Julien Odoul ne décolère face à l'instauration du versement mobilité régional et rural, un impôt de production qui s'applique à partir de 2026 pour financer des infrastructures de transports.
«C'est une nouvelle sanction infligée aux entreprises», martèle l'élu national-populiste, «la Région a une lourde responsabilité dans l'aggravation du matraquage fiscal qui frappe à la fois les usagers, les automobilistes et les entreprises».
Pour sa part, Thomas Lutz critique «le flou de l'utilisation des fonds» issus de la nouvelle taxe et cite le témoignage de petites entreprises qui craignent de «ne pas profiter du versement mobilité régional et rural». Celui qui est lui-même entrepreneur voit là une «double peine» pour les entreprises.
Julien Odoul veut «préparer la sortie du socialisme»
«Nous préparons cette alternance, nous préparons 2028», conclut Julien Odoul, «la Région avec toutes ses potentialités, ses compétences, les richesses humaines – la première des richesses humaines, c'est les agents de la Région ; je tiens à saluer le professionnalisme de tous les agents de la Région, (...) l'exécutif ne souhaite pas mettre cette force de frappe au service de nos concitoyens –, la Région est hors-sol».
L'opposant prône donc «un retour aux fondamentaux, de la proximité, de la priorité pour nos jeunes, pour nos anciens, pour nos travailleurs, plus et mieux de services publics, une politique qui rompt avec l'idéologie qui gangrène l'action publique, de renforcer l'attractivité d'une région en s'appuyant sur ses atouts».
Et de lancer : «nous disons à nos concitoyens que nous avons beaucoup à faire ensemble, nous leur disons de nous rejoindre pour préparer la sortie du socialisme et la bifurcation de la gauche pour préparer l'alternance et le grand changement de 2028».
Caler les agendas pour les municipales
Mis à part le procès en appel qui va mobiliser l'attention des élus et militants du Rassemblement national, les parlementaires, en particulier, vont devoir plancher, dans les prochains jours, sur la loi de finances pour 2026.
Les élus régionaux auront à participer aux commissions permanentes de la Région qui se tiendront d'ici début avril.
En dehors de cela, la réunion était aussi programmée pour caler les agendas afin d'organiser des déplacements auprès des candidats aux municipales.
Ainsi, Julien Odoul pourrait venir soutenir Thierry Coudert et Mélanie Fortier à Dijon (
lire notre article) tandis qu'est en préparation un meeting avec Jordan Bardella en haute Côte-d'Or.
Jean-Christophe Tardivon



