
Comme l'ont expliqué Jean Perrin et Lisa Piroux, ce mercredi 15 octobre, à Dijon, après plusieurs années de fortes hausses, les élus locaux semblent avoir retenu la leçon : la plupart ont freiné leurs ardeurs fiscales, dans un contexte préélectoral et face à un ras-le-bol croissant des propriétaires.
À l’occasion de la présentation annuelle de l’Observatoire des taxes foncières, Jean Perrin, président régional de l’Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI) en Bourgogne-Franche-Comté, et Lisa Piroux, directrice de l’UNPI Côte-d’Or, ont dressé un bilan 2025 plutôt apaisé. Après plusieurs années de fortes hausses, les élus locaux semblent avoir retenu la leçon : la plupart ont freiné leurs ardeurs fiscales, dans un contexte préélectoral et face à un ras-le-bol croissant des propriétaires.
Une hausse limitée à 1,7 %, mais des disparités localesComme l’a rappelé Jean Perrin, l’État a fixé pour 2025 une revalorisation des bases locatives de +1,7 %, correspondant à l’inflation. « Théoriquement, cela suffit : l’État ajuste déjà les bases, les collectivités n’ont pas besoin d’en rajouter », souligne-t-il. Mais certaines communes continuent d’augmenter leurs taux, provoquant une “double peine” pour les contribuables : la hausse de 1,7 % décidée par l’État, plus celle appliquée localement.
Résultat : une augmentation totale qui peut atteindre +3,4 % pour certains propriétaires.
La Côte-d’Or globalement raisonnable
D’après les chiffres présentés par Lisa Piroux, la Côte-d’Or se distingue par une tendance à la modération.
Sur près de 700 communes, 95 ont augmenté leur taux communal en 2025, contre 113 l’année précédente.
« Cela montre qu’une majorité de maires se contente de la hausse des bases, sans en rajouter. C’est un signal positif », a-t-elle salué.
Quelques communes, à l’inverse, ont choisi de réduire leur taux : Talant, Châtillon-sur-Seine ou encore Santenay.
Talant, dont la fiscalité était jugée particulièrement élevée, a notamment décidé de baisser son taux pour compenser la revalorisation nationale. « Nous tenons à saluer ces communes qui montrent l’exemple », a insisté Jean Perrin.
Mais la situation reste contrastée : une vingtaine de communes ont vu leur taxe foncière doubler en dix ans, et Dijon affiche une hausse de 29,3 % sur la période, avec un taux global supérieur à 50 % de la valeur locative.
« À ce niveau, la taxe foncière représente quasiment deux mois de loyer. La rentabilité locative devient quasi nulle », a rappelé le président de l’UNPI.
Des propriétaires découragés et un marché bloquéPour Jean Perrin, la fiscalité pèse lourdement sur l’investissement locatif.
« Certains propriétaires n’arrivent plus à équilibrer leurs comptes. Entre les taxes foncières, les travaux obligatoires, la CSG et les charges, la rentabilité s’effondre. »
L’exemple cité par Lisa Piroux est parlant : un petit logement étudiant à Dijon loué 350 € par mois supporte 950 € de taxe foncière annuelle.
Cette pression, cumulée à la baisse du pouvoir d’achat, contribue à bloquer le marché immobilier.
« On construit de moins en moins : à peine 200 000 logements par an, contre 500 000 du temps du plan Borloo », déplore Jean Perrin.
Et d’avertir : « Plus on augmente les taxes foncières, moins on incite les Français à devenir propriétaires. »
Les trois propositions de l’UNPIL’organisation avance trois mesures concrètes pour sortir de cette spirale :
1. Limiter la hausse des taxes foncières à l’inflation.
Les collectivités devraient s’interdire de dépasser la revalorisation décidée par l’État (1,7 % en 2025) et, pour les plus fiscalisées, envisager une baisse progressive.
2. Partager la taxe foncière entre propriétaires et locataires.
L’UNPI propose une répartition 50/50, estimant que les services financés par la fiscalité locale bénéficient à tous les habitants.
« Il serait logique que ceux qui profitent des services publics participent à leur financement », plaide Jean Perrin.
3. Forfaitiser les frais de gestion de l’État.
Actuellement proportionnels au montant de la taxe, ces frais d’émission peuvent dépasser 50 € par feuille d’impôt.
L’UNPI propose un forfait fixe, identique pour tous les contribuables : « Le coût administratif est le même, quelle que soit la taille de la taxe », souligne Lisa Piroux.
Relancer la construction pour relancer la FranceAu-delà des chiffres, Jean Perrin insiste sur un enjeu plus large : relancer la construction pour relancer l’économie.
« Si l’on redonne envie d’investir dans la pierre, on soutient le bâtiment, on crée des emplois, on fait baisser les prix du logement », affirme-t-il.
L’UNPI appelle les collectivités à encourager les programmes immobiliers neufs, afin d’élargir leur base fiscale sans alourdir la charge sur les propriétaires existants.
Et de conclure :
« Quand des ménages paient 2 500 ou 2 800 euros de taxe foncière, même les plus aisés finissent par dire stop.
Si rien n’est fait, la France risque de devenir un pays de locataires malgré elle. »
Manon Bollery
