
Ce lundi 2 février, le directeur régional de la Banque de France a présenté l'étude annuelle sur la conjoncture régionale et les enjeux économiques en Bourgogne-Franche-Comté. La «volatilité américaine» liée aux revirements de Donald Trump a laissé des traces.
La conjoncture économique a été globalement mauvaise en 2025 mais les projections montrent des signes positifs pour 2026, ainsi que l'a analysé Laurent Fraisse, directeur régional de la Banque de France, ce lundi 2 février 2026, à partir de l'étude «Les entreprises en Bourgogne-Franche-Comté : bilan 2025 et perspectives 2026» .
Cette étude a été établie avec des données recueillies par la Banque de France ainsi qu'au travers d'une enquête à laquelle 1 339 entreprises de Bourgogne-Franche-Comté, tous secteurs confondus, ont participé.
L'effet de la «volatilité américaine»
Ces données ont été présentées après une année 2025 marquée par une certaine instabilité politique nationale et un contexte commercial mondial très incertain dû aux déclarations de Donald Trump et à la «volatilité américaine», selon les mots de Laurent Fraisse.
Les droits de douane ont toutefois eu moins d’impact que prévu sur l’économie en France et en Bourgogne-Franche-Comté. Le président Trump avait annoncé jusqu’à 200% pour certains produits français, mais finalement aujourd’hui ces taxes sont fixées à 25%.
«Avec la hausse finale des droits de douane et en comptant aussi l’appréciation de l’euro par rapport au dollar, les prix des produits exportés vers les États-Unis ont augmenté de l’ordre de 15%», a précisé Laurent Fraisse.
En Bourgogne-Franche-Comté, la crainte de cette hausse des droits de douane a été beaucoup médiatisée chez les viticulteurs dont certains exportent beaucoup outre-Atlantique.
Cependant, les entreprises du secteur de la métallurgie sont aussi concernées. «Certains ont pu limiter la casse et ont pu livrer des produits vers les États-Unis avant l’arrivée au pouvoir de Donald Trump», a noté Laurent Fraisse.
Une baisse des investissements de 37% dans les services marchands
L’incertitude politique et budgétaire nationale a entraîné une baisse globale de l’investissement des entreprises sur l’année 2025 en Bourgogne-Franche-Comté. Selon les chiffres fournis par la banque de France, ces investissements ont diminué de 14% dans l’industrie, de 17% dans la construction et de 37% pour les services marchands.
«D’un point de vue global, la croissance est restée positive en France en 2025 même si elle décélère. Et la rentabilité des entreprises de la région tend vers une certaine stabilité», selon les observations de Laurent Fraisse.
Pour mettre en perspective la situation de la région par rapport à l’ensemble du territoire français, Laurent Fraisse a précisé qu'«en France, l’industrie aéronautique et le naval tirent souvent la croissance vers le haut. Or, en Bourgogne-Franche-Comté, nous n’avons pas d’entreprises de ce secteur et nous avons au contraire beaucoup de sociétés dans le domaine automobile qui tirent plutôt la croissance vers le bas».
Des carnets de commande dégradés dans le bâtiment
Les données de la Banque de France indiquent aussi clairement une baisse continue des carnets de commandes des entreprises de la région entre 2021 et 2025, avec notamment une situation qui continue de se dégrader dans le secteur du bâtiment.
Alors que le nombre de transactions immobilières a repris des couleurs au niveau national depuis fin 2024, Laurent Fraisse a expliqué pourquoi cela n’avait pas eu d’effet sur le secteur du bâtiment : «Il y a eu un impact sur le second œuvre – les travaux d’intérieur – mais le gros œuvre est toujours en panne. Il y a eu une hausse des crédits de l’habitat mais ce sont des personnes qui ont acheté des appartements ou des maisons déjà construites. Pour l’instant, la construction de logements neufs reste en panne».
Le directeur régional de la Banque de France a toutefois voulu se montrer optimiste : «Le projet de loi Jeambrun qui prévoit la création d'un dispositif de défiscalisation devrait relancer la construction de logements pour l’investissement locatif».
Une stabilisation du nombre de défaillance d’entreprises
Dans ce contexte, la Banque de France a observé une stabilisation du nombre de défaillance d’entreprises en 2025 par rapport à 2024 en Bourgogne-Franche-Comté. «On est sur un plateau», selon Laurent Fraisse. Néanmoins, le nombre d’entreprises avait augmenté depuis 2019 avec une hausse de créations de micro-entreprises dans la région, comme partout en France.
Des éclaircies en 2026 ?
Malgré ce bilan économique médiocre sur l’année 2025, les chefs d’entreprises bourguignons et franc-comtois interrogés ont témoigné un certain optimisme pour 2026 avec des prévisions de chiffre d’affaires en hausse et une amélioration des marges.
«Une hausse d’activité est anticipée dans le secteur de l’énergie et du matériel ferroviaire», a précisé Laurent Fraisse.
Les exportations devraient aussi augmenter dans plusieurs secteurs industriels comme les équipements (+10,5% attendus) ou le plastique (5,7%). Les acteurs des services marchands se montrent aussi optimistes en Bourgogne-Franche-Comté avec une prévision de croissance du chiffre d’affaire +1,5% et une hausse des effectifs de l’ordre de 1% en 2026.
Fabrice Aubry