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10/06/2020 13:53

BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ : La BRI de Dijon libère un jeune homme enlevé pour un règlement de comptes

Enlevé à Chenôve, prisonnier d'un coffre de voiture qui l'a conduit jusqu'à Gray, le jeune Nassim a été libéré vendredi dernier en mobilisant d'importants moyens. Pour la police judiciaire et le parquet de Dijon, Magali Caillat et Éric Mathais sont revenus ce mercredi 10 juin sur un déroulement digne d'«un scénario de mauvais film policier».
«Dans cette affaire, la police et la justice ont mis tout en œuvre, y compris avec des risques physiques pris par les agents de la BRI afin de permettre la libération du jeune Nassim de Chenôve» a indiqué Éric Mathais, procureur de la République de Dijon, lors d'une conférence de presse ce mercredi 10 juin 2020.

Police, libération, risques... le déroulement de cette affaire d'enlèvement pourrait faire penser à «un scénario de mauvais film policier» s'il n'y avait eu la vie d'un jeune homme mise en danger pour un règlement de comptes. Heureusement pour lui, Nassim a été sauvé par les policiers et ses kidnappeurs interpellés à la suite d'une traque brève mais intense du fait des moyens humains et techniques déployés entre Dijon, Gray et Sacquenay vendredi 5 juin dernier.

Un père «ayant confiance en sa police»


Le procureur de la République reprend le fil des événements de ce vendredi-là. Un père en détresse appelle le commissariat et s'explique en toute transparence. Son fils Nassim aurait été enlevé après avoir participé avec quelques jeunes à une tentative d'escroquerie qui aurait mal tourné pour un montant de 963 euros.  Magali Caillat, directeur régional Bourgogne-Franche-Comté de la police judiciaire, retient un réflexe d'une personne «ayant confiance en sa police».

On parle ce «carottage» du côté de la police, s'agissant de vendre une marchandise imaginaire à des consommateurs de produits stupéfiants. Là, les personnes escroquées se seraient retournés contre Nassim et l'auraient enlevé après une violente bagarre. Le règlement de compte vire à l'enlèvement avec demande de rançon et menace de mutiler le jeune homme en lui coupant un doigt.

Puisque le père reçoit des SMS de la part des ravisseurs, les policiers constatent la véracité de l'affaire et que «les choses ont en train de se dérouler» comme l'indique Magali Caillat, directeur régional Bourgogne-Franche-Comté de la police judiciaire. Parallèlement, les jeunes ayant effectué le «carottage» restituent à la police leur part de la somme dérobée.

Activation du protocole enlèvement de la BRI


Tout cela accrédite la gravité des faits, le parquet de Dijon saisit donc la direction interrégionale de la police judiciaire qui active le protocole «enlèvement», rédigé après avoir accumulé une expérience remontant aux années 1970, du temps de l'antigang. «C'est un des dispositif les plus sensible de la police parce qu'il y a une vie humaine en jeu» note Magali Caillat.

La Brigade de recherche et d'intervention de Dijon mobilise des équipes rodées à ce genre d'investigation. L'auteur est difficile à suivre. Il donne rendez-vous sur un parking de centre commercial à Gray (Haute-Saône) pour récupérer l'argent de la transaction avortée. Puis à Nantilly et enfin au port de Cusey, toujours dans la Haute-Saône, entre Gray et Langres.

Un dispositif d'interpellation est rapidement mis en place. La police sollicite l'hélicoptère de la gendarmerie pour suivre les déplacements d'une Audi mais il est finalement repéré. Le procureur de la République insiste : «on a tout mis en œuvre pour essayer de sauver et libérer la personne enlevée». Pendant ce temps, un policier expérimenté de la BRI reste aux côtés du père inquiet pour son fils.

Un policier blessé durant l'interpellation


C'est en Côte-d'Or, à Sacquenay, vendredi à 18h30 que les policiers retrouvent l'Audi et tentent d'interpeller son conducteur dans «des conditions difficiles» comme le relate Éric Mathais : «l'auteur de l'enlèvement n'obtempère pas aux injonctions des policiers et fonce sur un véhicule du dispositif, un fonctionnaire de policier est blessé». L'auteur des faits dira plus tard qu'il croyait que c'étaient des jeunes de Chenôve qui cherchaient à le coincer.

Les sapeurs-pompiers interviendront pour soigner le policier, le conducteur et la victime. Un temps hospitalisé, le policier blessé est à présent en convalescence. «Il y a eu dans le cadre du dispositif, une prise de risque assumée par les policiers pour permettre l'interpellation» souligne le procureur.

Le véhicule finalement arrêté, le conducteur interpellé, Nassim est retrouvé prisonnier dans le coffre du véhicule. Âgé de 17 ans, Nassim présente «une morphologie d'adolescent» selon Magali Caillat. Lors de son audition, le jeune homme joue lui aussi la carte de la transparence et confirme la tentative d'escroquerie. Il indique que deux autres personnes auraient prêté main forte au ravisseur, qu'il a été menacé par un couteau et par un katana, qu'il a eu les mains attachées par des serflex et qu'il a été battu à coup de poings en pleine nuit dans un bois. Les ravisseurs auraient même été jusqu'à le menacer de le frapper avec une batte de base-ball. C'est ce qui fait dire à Éric Mathais qu'on pourrait voir là «le scénario de mauvais film policier».

Un auteur présumé passible de 30 ans de réclusion


Durant ses trois jours de garde à vue, l'auteur principal de l'enlèvement reconnaît globalement les faits mais conteste avoir battu la victime. Le procureur du parquet de Dijon souligne «l'enquête menée avec célérité par la DIPJ de Dijon» qui permet d'identifier les deux autres auteurs présumés de l'enlèvement. L'un admettrait sa présence lors des événements sans avoir pris de «part active», l'autre aurait indiqué aux policiers avoir accompagné les deux autre protagonistes et la victime dans les bois.

Ce mardi 9 juin dernier, les trois potentiels auteurs de l'enlèvement ont été présentés au parquet et mis en examen. Le parquet a ouvert une information judiciaire et saisi un juge d'instruction. Un homme de 33 ans résidant à Villeneuve-sur-Vingeanne (Côte-d'Or) a été mis en examen pour enlèvement en bande organisée sans libération volontaire. Pour ce crime, il encourt 30 ans de réclusion et un million d'euros d'amende. Sur demande du parquet et du juge d'instruction, il a été placé sous mandat de dépôt par le juge des libertés et de la détention.

Les deux autres hommes, un Dijonnais de 28 ans a été mis en examen pour le même motif et a été placé sous contrôle judiciaire, un habitant de Villeneuve-sur-Vingeanne de 42 ans ayant plusieurs condamnations à son casier judiciaire a été mis en examen pour complicité et a été placé sous contrôle judiciaire. Le parquet a ouvert contre X une enquête pour violences volontaires commise sur l'homme de 33 ans au moment de la transaction à Chenôve.

«La police de toutes les victimes»


«Dans ces affaires d'enlèvement, on peut arriver à des situations catastrophiques avec des auteurs qui partent sur un effet tunnel dont personne, et surtout pas eux, ne sait comment cela va se terminer» précise Magali Caillat. «Donc, réellement, l'opération de police qui a eu lieu vendredi soir est un notable succès dans un temps assez bref en toute collaboration avec la famille de la victime qui n'a rien occulté et a été au plus simple possible. Le père et la mère n'ont rien à voir avec les velléités délictueuses de leur fils» tient à préciser la responsable de la police judiciaire.

Les premiers mots de la victime auraient été «je me sens libéré», une victime qui a eu «très très peur» constate Magali Caillat qui ajoute que, en fin de journée, le jeune et ses parents étaient «heureux de se retrouver». «La police nationale est la police de toutes les victimes, quand bien même ils auraient par ailleurs des activités délictueuses» se plaît à mentionner Magali Caillat, ajoutant «le policier s'engage, quelques soient les victimes, quelques soient les auteurs, au risque de sa vie parfois».

Jean-Christophe Tardivon

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