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30/07/2020 06:52

BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ : La Fédération régionale des Travaux publics aspire à une «relance verte»

Le président de la FRTP Vincent Martin fait cinq propositions dans le cadre de la transition écologique du plan de relance gouvernemental. Il met notamment l'accent sur le gisement d'emplois que représente la lutte contre les fuites des réseaux d'eau et déplore les «baronnies» qui retardent les prises de décisions.
En arrêt complet du 17 mars au 20 avril dernier, les entreprises des travaux publics ont retrouvé un régime de croisière à partir du 11 mai. Il s'agit à présent d'effectuer un rattrapage pour retrouver la dynamique de début 2020 alors que les carnets de commande étaient remplis.

De nombreuses sociétés ont pu travailler les jours fériés, y compris pour le 14-Juillet, avec une autorisation de circulation des véhicules. Certaines entreprises vont réduire la durée des congés d'été d'une semaine.

Président de la Fédération régionale des Travaux publics de Bourgogne-Franche-Comté, Vincent Martin assure que «les salariés ont joué le jeu, (…) c'est grâce à eux qu'on arrive à palier le manque d'activité économique». Ainsi que les entrepreneurs : «on a protégés les salariés le 17 mars, on les a protégés à la reprise». Ce lundi 27 juillet 2020, le président de la FRTP se montre plus optimiste qu'en mai dernier (lire notre interview) sur l'effet des mesures sanitaires sur la productivité, la baisse pourrait n'être «que» de 5 à 10% selon les secteurs.

La place des infrastructures dans la relance économique


Le président de la FRTP a apprécié la tonalité des discours du nouveau Premier ministre, Jean Castex, sur la place des infrastructures dans la relance économique. Des infrastructures que les entreprises des travaux publics de Bourgogne-Franche-Comté sont à même de réaliser : «nous regroupons des emplois qui sont non délocalisables, nous sommes des acteurs économiques au plus près des territoires» rappelle Vincent Martin.

Les représentants de la FRTP participent à plusieurs commissions avec les préfets, les présidents de collectivités territorial afin d'apporter leur regard sur les projets d'infrastructures et afin de sensibiliser à la croissance économique liée aux travaux publics.

Au niveau national, la fédération des Travaux publics suit de près les mesures de relance du gouvernement. Sur la période 2021-2022, Vincent Martin en attend la possibilité de «créer des emplois suite à cette période que nous avons traversée où dans certains secteurs cela a été dramatique».

Dans le cadre du plan de relance, la FRTP se satisfait de la rallonge d'un milliard d'euros accordé à l'AFIT (Agence de financement des infrastructures de transports de France). L'AFIT participe au déroulement de contrats de plan État-Régions quinquennaux. Les CPER 2015-2020 avaient été augmentés de deux ans avec les mêmes enveloppes, le budget supplémentaire de l'AFIT va donc «booster l'investissement» selon Vincent Martin.

L'AFIT contribue aussi aux travaux financés par les DREAL (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement). En Bourgogne-Franche-Comté, cela concerne tout particulièrement la mise à deux fois deux voies de la RCEA (dont la fin du chantier est attendue pour 2023) et la modernisation de la ligne ferroviaire des Hirondelles.

De plus, l'AFIT devrait augmenter le fonds de compensation de la TVA pour les collectivités afin de relancer de nouveaux appels d'offres et devrait abonder les DETR et DSIL (Dotation d’équipement des territoires ruraux et Dotation de soutien à l'investissement local). Suivant les départements, l'enveloppe pourrait augmenter de 15 à 25%.

Les DETR et DSIL sont importantes pour les aides aux communes car elles permettent de bénéficier d'un effet de levier. Les entreprises comptent ainsi sur des prises de décision pour réaliser des projets d'ici la fin 2020. Alors que certains services administratifs de collectivités ont été confinés «très longtemps», «tout le monde doit se remettre au travail pour la sortie des dossiers d'appels d'offres» demande Vincent Martin.

«L'écologie est au cœur de notre action»


Dans le sillage de la Convention Citoyenne pour le Climat et de ses 146 propositions retenues par le président de la République, le ministre de l’Économie a annoncé le 25 juillet dernier que, sur les 100 milliards d'euros du plan de relance, 30 milliards d'euros seraient dédiés à un plan de transition écologique sur dix ans avec pour objectif principal de contribuer à décarboner l'économie (c'est à dire à faire en sorte que les acteurs économiques diminuent drastiquement leurs émissions de gaz à effet de serre).

«L'écologie est arrivée au cœur des débats, (…) l'écologie est au cœur de notre action» insiste Vincent Martin qui aspire à «une relance verte par les travaux publics» du fait de «projets intéressants pour relancer les infrastructures». Pour s'impliquer dans le débat, la fédération des Travaux publics fait cinq propositions.

* Développement d'infrastructures de «mobilité douce» : véloroute, piste cyclable, borne de recharge de véhicules électriques et station hydrogène...

* Développement des réseaux de chaleur (en référence à celui de Dijon métropole).

* Préservation des ressources en eau, gaz et électricité d'où un renouvellement des réseaux afin de les maintenir en bon état

* Accélération des grands projets comme la finalisation de la branche est de la LGV Rhin-Rhône (dont une partie du trajet Strasbourg-Dijon est suspendue côté Territoire de Belfort-Haut-Rhin et une autre côté Villers-les-Pots-Auxonne-Dijon-Porte Neuve)

* Accompagnement des territoires au changement climatique

Comme gage d'implication dans le développement durable, la FRTP met en avant le retraitement des matériaux de démolition et la part de 50% de recyclage des enrobés utilisés sur les voiries.

À la suite de ces propositions, les acteurs des travaux publics se disent à disposition des municipalités pour travailler avec elles et apporter des solutions en vue de favoriser notamment les projets de transports en commun en site propre et les transports doux.

Les échanges avec les maires sont importants puisque les travaux publics dépendent à 70% de la commande publique et à 30% de clients privés. Une proportion qui tend à évoluer vers 60/40 avec les années. Dans la part de commande publique, les intercommunalités sont largement majoritaires dans le lancement de projets.

Un «gisement d'emplois» dans le renouvellement des réseaux d'eau


Au sujet de l'articulation des responsabilités, Vincent Martin peste sur les imbrication dans le secteur de l'assainissement : «c'est une décision politique de remplacer un réseau d'eau» mais «on se retrouve face à des décisions qui ne sont pas prises face au renouvellement d'un réseau d'eau». Des décisions qui impliquent le syndicat des eaux local, les maires des communes et le président de l'intercommunalité. «Il y a trop de petites baronnies dans les intercommunalités» lance Vincent Martin.

Le sujet de l'assainissement est crucial pour la FRTP. Depuis longtemps, les acteurs des travaux publics alertent les décideurs sur la question des fuites sur les réseaux de transport de l'eau. Ils estiment que 20% de l'eau s'échappent des canalisations.

En Bourgogne-Franche-Comté, les mètres cubes d'eau qui n'atteindraient pas les usagers à cause de fuites représenteraient un million d'euros par jour. Il y a dans cet engagement pour le renouvellement des canalisations un véritable «gisement d'emplois» selon Vincent Martin qui rappelle qu'un investissement de 100.000 euros contribue à la création d'un emploi direct.

Dans le cadre du plan d’urgence, les agences de l'eau vont flécher des fonds pour relancer les travaux concernant l'assainissement (lire le communiqué sur le plan de reprise du comité de bassin Seine-Normandie et lire le communiqué sur le plan de rebond de l'Agence Rhône Méditerranée Corse). La FRTP souligne que les canalisateurs de France représentent un grand nombre d'entreprises dans une activité avec beaucoup de travaux manuels ce qui favorise l'emploi.

Par ailleurs, les plans de déploiement de la fibre optique pour un accès à Internet à très haut débit seront abondés d'une enveloppe supplémentaire de 200 millions d'euros au niveau national. Post-confinement, Vincent Martin voit dans ces équipement un moteur pour la ruralité : fibre optique, réseaux d'eau et voiries correctes sont nécessaires pour «attirer les acteurs économiques dans la ruralité».

Jean-Christophe Tardivon


Vincent Martin préside la Fédération Régionale des Travaux Publics de Bourgogne-Franche-Comté depuis 2015