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17/12/2023 17:26

BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ : La Région mise sur le «tourisme responsable»

La collectivité intègre les nouvelles attentes des visiteurs en les articulant avec le changement climatique. «La priorité qu'on avait mise sur les Chinois n'est plus d'actualité», a déclaré le vice-président de la Région Patrick Ayache, ce vendredi 15 décembre.
«On est la région qui a un maillage de cités des vins qui est le plus important», a-t-il ajouté en référence à la Cité de la gastronomie et au réseau des Cités des vins.
Employant autant de personnes que la filière automobile, le tourisme est un secteur qui compte en Bourgogne-Franche-Comté. Le conseil régional en fait donc un axe stratégique de son développement économique.

Ce vendredi 15 décembre 2023, réunis en assemblée plénière à Dijon, les élus régionaux ont adopté le nouveau Schéma régional de développement du tourisme et des loisirs pour la période 2023-2028 (SRDTL).

Portrait du secteur du tourisme


Vice-président chargé notamment du tourisme, Patrick Ayache (PS) débute la présentation du rapport par «un portrait en chiffres» du secteur touristique en Bourgogne Franche Comté.


Le territoire recense un parc national et quatre parcs naturel régionaux, deux stations de ski et 26 sites nordiques, huit bien classés par l'UNESCO, deux Grands Site de France et quatre Opérations Grands Site. À cela s'ajoutent 1.350 km de véloroutes et voies vertes , 11.722 km d'itinéraires pédestres, 1.330 km de voies navigables et 814.500 lits touristiques dont 26,1% dans le secteur marchand.

Chaque année, les consommations touristiques représentent 4,6 milliards d'euros, soit 6,3% du PIB régional. Le secteur emploie 36.000 salariés soit, 5,2% de l'emploi salarié régional marchand, et 8.500 emplois non-salariés (33,7% dans l'hôtellerie, 19,9% la restauration, 9,4% le patrimoine et la culture, 9,1% le sport et les loisirs).

Changement climatique et nouvelles pratiques


«Les enjeux environnementaux nous obligent à reprendre toutes nos politiques et en particulier celle du tourisme», explique Patrick Ayache pour justifier les nouvelles orientations de développement.

Sans oublier les «nouvelles pratiques» et les «nouvelles attentes» des visiteurs, notamment depuis la crise sanitaire, comme le slow tourism – vu comme une alternative au tourisme de masse en choisissant de voyager en prenant son temps – et la workation – le fait d'allier travail et vacances, en choisissant de travailler en déplacement dans un cadre agréable.

«Faire du tourisme responsable le fil rouge de l'action régionale»


Dans ce contexte, «l'enjeu est de créer les conditions pour que nos habitants acceptent le tourisme notamment dans les endroits où il est le plus vivant». En fonction de quoi, la collectivité ambitionne de «faire du tourisme responsable le fil rouge de l'action régionale» et de «cultiver [ses] identités» au travers de trois marques : la Bourgogne, les Montagnes du Jura et les Vosges du sud.

Et de redonner la définition du tourisme responsable selon l'Organisation mondiale du tourisme : «le tourisme responsable doit être supportable à long terme sur le plan écologique, viable sur le plan économique et équitable sur le plan éthique et social pour les populations locales».

En résumé, il s'agit d'appliquer le principe d'écoconditionnalité, instauré par la majorité régionale en début de mandature, au secteur du tourisme, ce qui passera par «l'adaptation aux conséquences du changement climatique, la prise en compte de la problématique de l'eau, le développement des mobilités douces et la mesure systématique de l'impact environnemental du tourisme».

Dans ce nouveau schéma, la Région Bourgogne-Franche-Comté retient trois axes stratégiques (développer les filières stratégiques, renforcer l'attractivité touristique et développer la coopération ainsi que l'ingénierie) qui se déclinent en dix engagements abordant les chantiers prioritaires : montagne, itinérance, fluvial, œnotourisme et gastronomie, patrimoine, hébergement, attractivité touristique et coopération.

Dans le cadre du plan pluriannuel d'investissement 2024-2030, la Région mobilise 48 millions d'euros pour financer des actions du SRDTL.

Le Schéma régional s'imposera aux Départements qui n'ont pas établi leur propre Schéma départemental. À ce jour, les conseils départementaux du Jura et de la Saône-et-Loire ont finalisé une telle démarche ; l'Yonne est en cours.

Des alertes à prendre en compte


Si la Bourgogne-Franche-Comté n'est pas concernée par le surtourisme, Patrick Ayache relève toutefois en guise d'alerte le «pic de fréquentation» connu par les cascades du Hérisson lors de la crise sanitaire.

Autre alerte notable : le solde net entre les créations d'hôtels et les cessations d'activité a représenté 1.360 chambres d'hôtel en moins dans la région, entre 2018 et 2023.

Julien Guibert pointe «des difficultés d'accès en transports en communs»


En lançant les débats autour de cette présentation, Marie-Guite Dufay (PS), présidente du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, salue «un travail important et un vecteur de fédération de toutes les forces de notre région».

Pour le groupe d'opposition du Rassemblement national, Julien Guibert (RN) pointe sa «divergence» avec le «verdissement» de la politique régionale appliquée au tourisme.

«Le touriste est là en vacances pour profiter des beautés et des bienfaits de la région pas pour être un ambassadeur de l'écologie», estime l'élu de la Nièvre qui critique notamment le «retrait des poubelles en bord de lac des Settons» ou encore les «difficultés d'accès en transports en communs» de certains sites.

Un propos qui sera qualifié de «fake news» par Michel Neugnot (PS). En particulier, le vice-président chargé notamment des transports met en avant «une ligne de cars interurbains Chalon-Mâcon» qui dessert l'abbaye de Cluny. «Il en est ainsi sur l'ensemble du territoire : là où il n'y a pas de train, il y a un car qui remplace.»

Le «message d'espoir» induit par Gilles Platret


Pour l'Union des républicains et du centre et écologistes indépendants, Gilles Platret (LR) se fait plus constructif en saluant «l'aube de ce magnifique développement» et appelle en particulier à «une étroite concertation» avec la Région Île-de-France.

«Les retours sont un peu lents», réagira Marie-Guite Dufay à ce sujet tandis que Patrick Ayache se félicitera donc d'«un message d'espoir» venant de l'opposant et signalera le «lien» avec la Région Auvergne-Rhône-Alpes qui est établi au travers de la Vallée de la gastronomie.

Sarah Persil appelle à «sortir d'un modèle anciennement basé sur l'industrie hôtelière»


Du côté de la majorité, le communiste Patrick Blin (PCF) revendique «un tourisme au service des femmes et des hommes, fondé sur des principes de coopération entre les territoires dans une démarche respectueuse du patrimoine et des ressources naturelles» et insiste notamment sur «le développement du tourisme social».

Sarah Persil (EELV) se dit satisfaite de constater la présence «des éléments d'un tourisme responsable, durable et donc écologiste». «L'agritourisme fait l'objet d'un vrai travail de valorisation», salue l'écologiste qui appelle à «sortir d'un modèle anciennement basé sur l'industrie hôtelière pour préserver la réelle richesse de nos territoires».

Au passage, l'élue Verte fustige le projet Eclat qui, selon la position de son groupe, «va détruire de bonnes terres agricoles» alors que «nous avons besoin d'une agriculture locale, diversifiée, respectueuse de la protection de la ressource en eau, permettant la perméabilité des sols et vivier de la biodiversité».

En fonction de quoi, Sarah Persil analyse que «le projet du Département est en complète contradiction que le Schéma veut porter». Siégeant dans les élus de la majorité régionale, le maire de Tournus Bertrand Veau (divers gauche) ne bronchera pas.

Porté par des investisseurs privés et soutenu par le Département de la Saône-et-Loire, ce projet envisage d'implanter un site de spectacles historiques à connotation locale sur une quinzaine d'hectares, au nord de Tournus, près de l'A6.

«La priorité qu'on avait mise sur les Chinois n'est plus d'actualité», signale Patrick Ayache


Au moment du vote, seul le groupe du Rassemblement national s'abstient, le SRDTL 2023-2028 est donc très largement adopté.

À l'issue de la session, Patrick Ayache a répondu aux question d'Infos Dijon pour apporter des précisions à ce concept de «tourisme durable».

En Bourgogne-Franche-Comté, ne s'agit-il plus d'attirer des touristes asiatiques ?

«Si, toujours ! On a une cible internationale qui est très importante. D'ailleurs, les touristes étrangers ont commencé à revenir dans notre région l'an dernier. Pas trop les Asiatiques, (…) mais les Américains, les Indiens... Toutes les destinations lointaines qu'on avait l'habitude d'avoir sont revenues.»

«On continue la promotion à l'étranger avec Atout France. (…) La priorité qu'on avait mise sur les Chinois dans le dernier Schéma n'est plus d'actualité. (…) Les Américains sont une des cibles du Comité régional du tourisme. Sur le tourisme asiatique, on continuera aussi sauf que l'objectif qu'on s'était donné d'être la première destination pour les Chinois en France, on l'abandonne sans regret compte tenu de la crise.»

Ce tourisme de visiteurs venant de loin est-il compatible avec le tourisme responsable ?

«Oui ! Le tourisme responsable, chacun doit le porter à son échelle. On financera les opérations qui répondent à nos critères de responsabilité. On ne soutiendra pas un hôtel s'il se lance dans un projet qui n'est pas compatible.»

«Cela correspond à une attente très forte de la clientèle : la déconnexion, l'environnement reposant, etc. C'est la première recherche des touristes désormais.»

«On est la région qui a un maillage de cités des vins qui est le plus important»


Qu'en sera-t-il pour un équipement touristique récent comme celui de la Cité internationale de la gastronomie et du vin à Dijon qui avait des ambitions d'un nombre de visiteurs important ?

«Il a toute sa place. Ils ont fêté le millionième visiteur au mois de mai. C'est un beau résultat. Parallèlement, sont sorties les Cités des vins. On est la région qui a un maillage de cités des vins – il en manque une dans le Jura qui va venir bientôt – qui est le plus important, y compris par rapport au Bordelais.»

«Dans ce qu'on a appelé gastronomie-œnologie qui sont deux filières prioritaires, la cité des vins a toute sa place.»

«La taille de l'équipement, son ambition fait qu'elle n'a même pas besoin de nous pour exister. On l'aide, on continuera mais je ne suis pas inquiet du tout.»

«Il y a un projet de Village vacances à Nuits-Saint-Georges»


Déjà contesté, le parc historique à Tournus est-il compatible ?

«Ça fait quatre-cinq ans que le projet existe. Le Département, qu'il le porte, n'est jamais venu nous en parler. (…) Donc, j'attends. On n'est pas saisi de demande d'aide.»

«Dans le précédent mandat, on avait lancé un appel à émergence. On souhaitait faire venir de grands équipements structurants. C'était à l'époque des Center Parcs. On avait défini un cahier des charges dessinant ce qu'on souhait comme équipement. Il y avait un projet qui avait répondu et les patrons de Center Parcs de l'époque avait décliné. C'est comme ça que les Center Parcs sont partis de la région.»

«Pour Eclat, il faudrait que l'on regarde s'il est compatible avec ce cahier des charges qui définit ce à quoi doit répondre un équipement aujourd'hui en matière de traitement de l'eau, de construction, d'espace utilisé.»

«Il y a un projet de Village vacances près de Nuits-Saint-Georges. C'est super projet qui a répondu à l'appel à projets, qui rentre complètement dedans. Comme quoi, il est possible de créer de grands équipements structurants avec des investissements lourds tout en respectant le cahier des charges que l'on a fixé.»

Jean-Christophe Tardivon

Les dix engagements du Schéma régional de développement du tourisme et des loisirs 2023-2028 de Bourgogne-Franche-Comté

1) Accompagner la transition de l’activité touristique en respectant l’environnement, les ressources et la biodiversité

2) Valoriser les offres touristiques favorisant la régulation des flux, les mobilités douces et l’éco-responsabilité

3) Encourager et accompagner la transition du tourisme de moyenne montagne vers un tourisme 4 saisons

4) Aménager les sites naturels fragiles afin de concilier tourisme, vie des habitants et cadre de vie

5) Promouvoir l’emploi touristique en prenant en compte les besoins des entreprises, les attentes des salariés et les spécificités du territoire

6) Sensibiliser et former les décideurs, les techniciens et les professionnels pour qu'ils intègrent la dimension responsable dans leurs projets touristiques

7) Mettre en avant les filières recourant aux circuits courts, à la promotion des savoir-faire artisanaux et industriels dans un esprit de partage

8) Favoriser l’accueil de tous les publics dans un esprit de bienveillance et d’hospitalité, notamment en termes
d’accessibilité

9) Repenser et élargir la mesure de l’activité touristique aux impacts sociaux et environnementaux

10) Faire des visiteurs et des touristes des acteurs du tourisme responsable en Bourgogne-Franche-Comté, se positionner autour d’une tonalité nature renforcée.


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