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09/10/2020 12:11

BOURGOGNE – FRANCHE-COMTE : La «Vertitude» affichée dans le plan de relance ne séduit pas tout le monde

Cette fois la campagne des élections régionales de mars prochain est bien lancée. Marie-Guite Dufay accusée de devenir «une deuxième Hidalgo» par Julien Odoul… Gilles Platret pressenti pour être plus à droite que Julien Odoul par Jérôme Durain… Gilles Platret et Julien Odoul dénonçant les mesures vertes par «idéologie et électoralisme»… La présidente de Région qui n’a pas annoncé sa candidature s’est évertuée à conserver son calme.

«Il y a une impérieuse nécessité d’accélérer la transition écologique, c’est ce que nous faisons depuis le début du mandat» a lancé Michel Neugnot à l’heure de la présentation du plan de relance, dont il a souligné qu’il a «une dimension sociale forte». Marie-Guite Dufay soulignant que l’écologie est aussi au service de l’emploi.
On l’aura compris le plan de relance du Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté mis à l’ordre du jour de l’assemblée plénière ce vendredi 9 octobre à Dijon, a été l’occasion de joutes politiques de toute évidence non pas de pré-campagne électorale, mais bien de campagne électorale.
D’un côté les 540 millions mis sur la table, selon le calcul même effectué par Michel Neugnot, avec une déclinaison de mesures et de crédits que la majorité a voulu verdir, ce que Jérôme Durain, a justifié avec force au nom d’une urgence climatique.
De l’autre côté une évaluation très critique de ce plan effectuée par Gilles Platret, candidat déclaré de la droite et du centre aux Régionales de 2021, et de Julien Odoul, qui attend d’être intronisé par Marine Le Pen, pour porter la campagne du Rassemblement National.
En fait, déclarés ou pas, les têtes de gondole au Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté sont déjà en campagne. Même si et surtout parce que personne ne sait ce que seront les conséquences du CORONAVIRUS. Alors autant prendre de l’avance !
Alain BOLLERY


Marie-Guite Dufay

«On ne peut pas opposer transition écologique et emplois»


Dès le début de la session, Marie-Guite Dufay a défendu le plan d'accélération de l'investissement régional proposé au vote de l'assemblée régionale ce vendredi (retrouver notre article sur la présentation du plan). À ses yeux, «il s'agit d'un plan ambitieux (…) pour soutenir l'activité économique de notre région» qui «s'inscrit dans la droite ligne de nos engagements de mandat» et «marque la continuité des mesures prises depuis le début de la crise sanitaire».

Les 435 millions d'euros mobilisés par la Région et les 105 millions d'euros des fonds européens qui s'ajoutent devraient induire sur le territoire régional deux milliards d'euros de retombées économiques. Ce plan sera complémentaire de France Régional puisque «les Régions devaient être les copilotes de la relance aux côtés de l’État» comme l'a dit le Premier ministre à Marie-Guite Dufay lors d'une réunion en début de semaine.

«Déboucher sur des créations d'emploi»


L'objectif de l'exécutif régional et de «déboucher sur des créations d'emploi» alors que les conséquences de la crise sanitaire ont déjà détruit 23.000 emplois dans la région selon Pôle Emploi. L'emploi intérimaire a chuté de 40% et le nombre des bénéficiaires du RSA augmente.

La présidente de la Région nourrit de «grosses inquiétudes autour du secteur de l'automobile et de l'aéronautique». Marie-Guite Dufay se dite vigilante contre la situation d'Eolane à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) et de Jacob Delaffon à Damparis (Jura), «le premier site de fabrication de céramique et dernier site de robinetterie de la marque en France».

De plus, General Electric à Belfort (Territoire-de-Belfort) «continue de réduire l'activité du site». De nouvelles suppressions de postes devraient survenir. La présidente de Région demande à l’État d'avoir «une position forte pour préserver la souveraineté technologique et énergétique de la France» tandis que la majorité s'engage à «tout faire pour préserver les compétences de haut niveau aujourd'hui menacées».

Alors que la SNCF a évoqué des «suppression de desserte effectuée sans concertation», Marie-Guite Dufay indique être entrée en contact avec le PDG Jean-Pierre Farrandou pour faire entednre «une voix forte». Pour la présidente, la baisse de fréquentation depuis la crise sanitaire «ne doit pas faire fi des besoins d'un certain nombre de nos concitoyens qui utilisent le TGV pour les besoins de déplacement en direction de Paris». Ce qui concerne tout particulièrement les villes de Dijon, Besançon, Mâcon ou encore du Creusot.

«100% de financements nouveaux»


Après les interventions des oppositions, la cheffe de l'exécutif continue de défendre le plan régional.
En réponse à ce que laisse entendre Julien Oudoul pour le Rassemblement National, Marie-Guite Dufay dément : «il n'y a pas de recyclage, pas d'entourloupe, pas d'enrobage». Aux 70% de mesures nouvelles et 30% de mesures anciennes correspondent «100% de financements nouveaux». Et de donner l'exemple de l'aide à la rénovation thermique des logements, «un programme très ancien» qui sera «massifié», ce qui devrait correspondre à «une aide au pouvoir d'achat de nos compatriotes qui sont dans des passoires thermiques». Rappellant qu'«on ne peut pas opposer transition écologique et emplois»,  Marie-Guite Dufay invite Julien Odoul à «découvrir» la notion de mesure car «l'excès est facile surtout quand on est dans l'opposition».

En réponse à Gilles Platret qui, pour l'Union des républicains de la droite et du centre, cite un plan de relance du conseil régional des Pays de la Loire, Marie-Guite lance que «c'est toujours hasardeux d'aller chercher ailleurs». Selon la présidente, le plan de juin des Pays de la Loire correspondait aux mesures mises en place par la Bourgogne-Franche-Comté en mai. Le plan de relance des Pays de la Loire est doté d'un financement de 332 millions d'euros. Marie-Guite Dufay insiste sur les mesures moins importantes qu'en Bourgogne-Franche-Comté ou déjà mises en place dans cette dernière tout en rappelant que «chacun prend ses responsabilités à des rythmes différents».

Gilles Platret :

«L’urgence c’est sauver l’emploi. Nous avons chiffré 24 millions d’euros qui auraient pu être mieux utilisés»
«Je veux commencer mon propos par un regret : Nous avons travaillé pour une solution avec l’ensemble des conseillers régionaux. J’avais proposé gratuitement les salons du Colisée. Finalement vous avez maintenu cette session en mode dégradé. Je précise que dans 4 jours il y aura à Chalon une réunion avec 94 conseillers. François Sauvadet avait aussi souhaité une assemblée plénière décentralisée.
Sur le plan de relance, nous voyons des insuffisances représentatives des défauts de votre politique. Notre groupe est sensible à un certain nombre de thèses.
Nous sommes par exemple favorables à la rallonge sur l’hydrogène, sur les efforts pour le décarboné, le stockage de l’eau en milieu agricole…
Mais ce plan manque son but, car le plan n’est pas à la hauteur des enjeux et des ambitions. C’est un plan, en fait un contre plan qui arrive trop tard, avec les milliers d’emplois perdus, la précarité qui augmente. Il fallait des efforts plus importants.
Ce plan c’est en fait 26 millions d’euros. D’autres régions ont prévu des plans plus importants. Celui des Pays de la Loire est remarquable. Ce plan aurait pu inspirer nos projets, il a été voté en juillet.
Chez nous il est trop décalé dans le temps. Sur l’intégralité des crédits un quart ne seront consommés qu’en 2023. L’urgence c’est maintenant. Le CESER a prôné d’aller vite compte tenu de l’urgence de la situation.
O vous avait alerté dès juin. On regrette l’impasse sur le pouvoir d’achat, au contraire des Hauts de France et des Pays de la Loire, avec la précarité qui augmente dans les ménages, les charges qui pèsent.
Nous regrettons que l’effort ne soit pas assez porté sur les crédits des entreprises. Investirons celles qui le pourront. Bien sûr. Mais il faut aller au secours des autres, pour éviter la dégringolade avec des licenciements, jusqu’au dépôt de bilan.
Vous préférez l’éparpillement des aides. Que dire d’un plan piscine à 3 millions d’euros. Est-ce que c’est la priorité. Comme le tri à la source des bio-déchets. Est-ce prioritaire. L’urgence c’est sauver l’emploi. Nous avons chiffré 24 millions d’euros qui auraient pu être mieux utilisés. On est sur un risque énorme pour les commerces de centre ville ou de centre bourg. La Région Normandie l’a fait.
Dans votre plan il n’y a rien pour l’hôpital. Vous parlez de emédecine. N’y a-t-il pas urgence pour que la Région investisse dans les hôpitaux.
Avec 24 millions d’euros, on pouvait financer 150 lits de réanimation.
Aucune aide pour la reconversion des entreprises. Certaines risquent de fermer car des marchés se sont obturés. Elles veulent diversifier.
L’absence de vision stratégique, c’est aussi 1,4 millions d’euros abandonnés pour le secteur de l’évenementiel. Il faut plus de souplesse.
Votre planning répond à votre programme écologique. Vous avez forcé le trait pour séduire des alliés potentiels.
C’est un plan technocratique et complexe, le CESER vous a alerté sur le risque d’une complexité. Des petites entreprises ne pourront pas approcher les dispositifs. Faut-il partager votre vision idéologique ? Car mettre des critères écologiques pour justifier des refus ce n’est pas la priorité. Votre plan est écologique (rires de l’opposition). Il l’est mais pas au sens que le jugeons. Pour nous c’est environnemental.
Vous allez recruter 32 postes pour ce plan, ce qui coûtera 1 million par an. Les départements n’ont pas été consultés. Vous êtes tombés dans vos travers. Avec les intercommunalités mais pas avec les départements. Ce plan c’est du saupoudrage. Nous nous en détacherons».

Julien Odoul

«Nos habitants ne veulent pas d’un plan vélo, mais d’un plan boulot»
«A Saint-Florentin, les pompiers ont été attaqués par un groupe barbare. Je veux aussi avoir pensée pour nos policiers victimes d’une tentative de meurtre. Les attaques contre les pompiers et les policiers sont inadmissibles. Je rappelle que des élus ont participé à une curée contre la Police. Nous devons soutenir nos forces de l’ordre partout, tout le temps.
Oui vous avez répondu présent quand la maison brûlait. Aujourd’hui vous êtes à côté pour reconstruire. Ce plan de relance est un rendez-vous manqué. Ce n’est pas un plan accélérateur d’investissements. C’est un accélérateur idéologique, de propagande, électoral, pour votre clientèle, pour passer des accords politiques et donne des gages à d’autres.
On a les vieilles ficèles de l’ancien monde. Ce plan, finalement c’est seulement 294 millions. C’est comme au niveau national, avec seulement 40 milliards sur 100 annoncés.
Vieille ficèle aussi pour le coup de fil de Bercy qui arrive la veille. Ca ne nous honore pas.
Ce plan est un accélérateur idéologique, avec votre ambition verte. C’est 60% pour l’idéologie dont il faut montrer le visage. C’est un capitalisme carnassier. Vous détruisez la planète en Bourgogne Franche-Comté et vous détruisez nos emplois locaux.
L’Amazonie n’est pas le Morvan, la Bourgogne – Franche-Comté n’est pas le monde. Nos habitants sont parmi les plus vertueux. Vous les culpabilisez encore et toujours. On a l’impression que chaque ménage fait tout pour polluer.
L’Europe c’est 14% de la population et la France est parmi les plus vertueuse. Nos compatriotes ont le souci du bon sens.
Dans ce plan là, il n’y a rien pour le localisme. Vous nous vendez un plan vélo avec 5 millions d’euros. On n’a pas besoin d’une deuxième Anne Hidalgo en Bourgogne – Franche-Comté. Nos habitants ne veulent pas d’un plan vélo, mais d’un plan boulot. Ils ne prennent pas leur vélo pour aller travailler à Sens.
Vous êtes dans la culpabilisation, la leçon de morale. Vous êtes dans la déconnexion.
C’est un plan d’opportunisme. On a bien compris la tentation de draguer les Verts, dont on pense qu’ils sont le premier parti de France. Est-ce que vous allez interdire les sapins du Morvan ? Vos attentions sont loin de l’emploi.
La transition écologique ne doit pas être punitive, ni être dans la torture.
On aurait souhaité que le paquet soit mis sur l’emploi et non pas 60% pour l’écologie. Par exemple 400 suppressions d’emplois annoncées en trois semaines dans le Jura. Vous êtes co-responsable de Général Electric, puisque vous l’avez soutenu.
Avec vos 102 mesures idéologiques, personne n’y croira et personne ne verra le changement. Il faut écouter la colère de nos habitants qui se sent abandonnés.
Ce plan de relance est une ambition électorale, écologique. Il ne changera pas l’attractivité de notre région. Il nous faut un plan d’alternance, car un autre chemin est possible. Vous hypothéquez l’avenir de nos enfants, avec des mesures qui n’ont aucun sens».

Jérôme Durain

«Monsieur Platret, vous allez finir à la droite de M. Odoul»


Président du groupe de la majorité régionale, Notre Région d'Avance, Jérôme Durain défend à son tour le plan proposé au vote ce jour et fait mine de s'étonner des références aux élections régionales de 2021 lancées tant par Gilles Platret que par Julien Odoul.

«Le mandat n'est pas terminé» lance-t-il avant d'ajouter qu'«alors que la crise fait des rages, si votre seul objectif est de vous amener déjà en mars, alors vous êtes à côté de la plaque». L'élu socialiste indique ne plus entendre «trois voix» dans l'assemblée régionale : «Monsieur Platret, vous allez finir à la droite de M. Odoul et M. Oudoul à votre gauche».

«La grande affaire de la planète en ce moment»


Alors que Jérôme Durain constate une augmentation de la précarité, «votre haine de l'écologie, votre aversion pour la transition énergétique n'est pas du tout de saison» adresse-t-il une nouvelle fois aux oppositions. Faisant référence à la sécheresse de l'été 2020 : «la transition écologique, (…) c'est la grande affaire de la planète en ce moment» déclare Jérôme Durain.

Considérant le plan de relance «n'est pas un sprint mais un marathon», l'élu socialiste revient sur les mesures votées au printemps. Après le temps de l'urgence, «le cœur du cœur, c'est de briser le cercle économique vicieux de la sous consommation des ménages» envisage-t-il. «Nous avons été au rendez-vous de l'urgence, nous serons au rendez-vous de la relance» martèle Jérôme Durain.

Alain BOLLERY et 
Jean-Christophe TARDIVON

Le détail du plan d'accélération de l'investissement régional