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11/12/2020 03:17

Bourgogne - Franche-Comté : Le budget de la Région a été voté, après une véritable guerre de tranchées et des mots entre la gauche et la droite

Quelle foire d’empoigne ce jeudi autour du budget de la Région, finalement voté peu avant 22h30. Le débat a bien été celui d'une campagne électorale déjà engagée entre la gauche et la droite.  Gilles Platret a accusé Marie-Guite Dufay et sa majorité de laisser une région «au bord de l'asphyxie financière». La Présidente lui a répliqué : «Auvergne Rhône Alpes a fait des économies là où pour moi il est absolument nécessaire de ne pas faire d'économies».

En temps normal, il arrive qu'une opposition vote un budget au cours d'une mandature, s'abstienne sur un ou deux, mais avant une élection, le vote de l'opposition ou des oppositions, est toujours le même. C'est contre.
A l'heure du vote, jeudi soir au Zénith, où les propos enflammés entre la majorité et ses oppositions n'ont même pas permis de faire monter la température, encore plus glaciale qu'en début d'après-midi, le budget de la Bourgogne - Franche-Comté pour l'année 2021 a donc vu les deux oppositions voter contre. Enfin à l'exception de trois élus... Sophie Montel, qui avait donné sa voix, a en effet voté «pour», tandis que Nicole Caboche et Patrick Jeanroch, qui ont quitté le groupe du Rassemblement National, se sont abstenus !
Certains emploieront le mot anecdotique. Mais sans doute faut-il voir autre chose dans les votes «contre» de Lilian Noirot et Antoine Chudzik, qui avaient accompagné Sophie Montel dans son isolement. Autre chose, comme un signe adressé à Julien Odoul, dans la perspective de la constitution des listes pour le scrutin de juin prochain !

Un budget «insincère» pour Alain Joyandet
Avant ce vote, c'est une véritable guerre de tranchée que se sont livrés la majorité et ses opposants. En présentant les grandes lignes du budget, Michel Neugnot savait bien qu'il ne ferait pas l'unanimité. C'était écrit, cela a été confirmé dans les mots avec des tirs nourris venus d'abord de la droite et du centre. D'abord par Alain Joyandet, le président de la commission des finances qui a sorti la grosse artillerie d'entrée.
«C'est un budget où je ne me retrouve en rien, il est insincère et il ne sera pas réalisé.
Madame Dufay vous avez annoncé 40 millions de provision, Monsieur Neugnot nous avait dit 30 millions.
Dans cette nébuleuse c'est un budget irréaliste. La Présidente nous a appelé à une abstention, mais c’est impossible. Vous avez 70 millions de réserves, comment pouvez-vous», lança l'ancien ministre élu de Haute-Saône.

La Présidente dénonce des «qualificatifs graves»

Le ton était donné et Marie-Guite Dufay répliqua immédiatement : «Vos qualificatifs sont graves. Oui nous avons fait une provision. Oui il faut que l’on intervienne, Monsieur Sauvadet, là où l’Etat n’interviendra pas.  Je dis oui aux intercommunalités qui nous demandent de les aider. Ce qui est mis de côté sera soumis au vote de l’assemblée. Ce n'est donc pas en cachette, pas en catimini. Oui c’est vrai qu’à ce jour on ne sait pas ce que l’on va faire des 40 millions.
Vous parlez d’une addition de plus 30 millions, c’est une réserve de précaution, un acte de gestion.
Je ne dis pas qu’il y aura des dépenses faites à ma main, sans que vous soyez consulté». Et la Présidente d'ajouter le ton grave : «Vous auriez hurlé si je vous avais dit, on fait attention, on ne fait que telle dépense, pour ne pas trop dégrader le ratio. Vous auriez hurlé. On s’est donné les moyens d’aller au bout. On met en place tous les feux de protection, tous les filets, car j’ai conscience que ce sont des mesures modestes, mais qu’il faut prendre. Il n’y a pas notre provision pour des mesures d’urgence, auxquelles on ajouterait 30 autres millions. Non on pose un acte de gestion».
Alain Joyandet répliqua : «Dans un exécutif responsable, vous pouvez vraiment mettre 70 millions en moins et revenir nous demander d’engager des dépenses supplémentaires, quand ce sera nécessaire».

Gilles Platret vent debout contre les «conditionnalités idéologiques, environnementales et écologistes

C'est alors Gilles Platret qui monta au front, avec une longue intervention, dans laquelle il s'évertua à mettre de la gravité : «On voit bien que quand les chiffres ne sont pas clairs, on n’a plus le même langage. Le budget c’est l’acte majeur de l’année. Il ne faut pas que ce débat soit parasité par des incertitudes budgétaires, par des chiffres qui ne sont pas consolidés et par des errements qui ne sont pas moteurs dans une discussion démocratique digne de ce nom. Les chiffres ont changé entre le débat d'orientation budgétaire et la présentation du budget».
Et le Maire de Chalon d'aligner les chiffres : «Quel est le bon niveau de la dette ?  883 millions annoncés dans le DOB et  656 millions dans le budget primitif !
Quel est le bon niveau d’épargne brute ? 157 millions dans le débat d’orientation budgéraire,  127 millions dans le budget primitif !»
La tête de liste de la droite pour les prochaines élections a son explication : «Il nous manque le compte administratif. Tant que nous voterons le budget avant le compte administratif, on ne pourra pas faire cet exercice dans de bonnes conditions. Pour les années suivantes, même si vous ambitionnez de rester longtemps, il y aura des élections.
La loi l’autorise à le faire ; On aura des chiffres consolidés qui ne seront pas contestables, au moment où nous discutons le budget».
Gilles Platret tacla encore : «Le flou est jeté sur cet exercice avec les conditionnalités. On ne peut plus avoir les aides de la région sans passer sous les fourches de l’idéologie environnementaliste ou écologiste, qui est la vôtre. C’est un biais qui renverse des logiques. A quoi sert de promettre des centaines de millions d’aides à l’investissement, si les entreprises et associations ne peuvent pas y prétendre au nom de la conditionnalité. On ne peut pas, car le territoire en a besoin. Il n’est pas normal d’afficher des chiffres aussi amples si au bout du compte on ne pourra pas distribuer cet argent, car il sera inaccessible».

«Chercher des économies partout»

Le Maire de Chalon ajouta : «Il y a malgré ce flou des tendances de fond, oui l’endettement explose avec un doublement entre 2016 et 2021 et un quasi triplement en dix ans, avec une perspective à 1,780 milliard. Ca veut dire que nos marges de manœuvre se réduisent comme peau de chagrin. Le CESER l’a relevé. C’est de cela que nous parlons. Le CESER le dit. En 2016 l’autofinancement était de 212 millions, il va tomber à 126 millions en 2021  Faut-il espérer des recettes supplémentaires ? Dites nous lesquelles. Il faut plutôt travailler sur les dépenses de fonctionnement. Ce n’est pas un tabou Vous ne vous en tirerez pas en disant lesquelles, lesquelles, en nous disant que tout est important, tout est nécessaire rien n’est réformable. 
La fusion a été un échec sur ce point, elle a contribué à augmenté les dépenses de fonctionnement quand par des économies d’échelles on aurait pu les réduire, comme d’autres l’ont fait. L’augmentation constante de la masse salariale, ce n’est pas une démarche anti fonctionnaire, j’y suis favorable. Le service public qui marche bien, ce n’est pas celui qui coûte le plus cher, c’est celui qui gère l’impôt au plus près. il faut aller chercher les économies partout dans les services».
Enfin, le candidat aux prochaines élections devait conclure : «Nos depenses de fonctionnement par habitant n’ont fait qu’augmenter : 292 euros en 2016 euros par habitant ; ce sera 394 euros en 2020. La chambre des comptes nous demande de faire des économies. C’est plus nécessaire aujourd’hui. En Auvergne Rhône Alpes, on a économisé 1 milliard d’euros !Vous êtes en train de livrer à la prochaine mandature, une région au bord de l’asphyxie financière».

«Vous voulez supprimer combien de lycées ?»

Loïc Nipeceron se chargea en premier de répondre à Gilles Platret en citant Machiavel : «Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître du monde». La discussion sur les 30 millions porte sur «1,57% du montant global du budget.
L'opposition ne tient pas du tout à ce que la majorité mette en place des moyens qui servent à nos concitoyens». Et l'élu de demander : «Vous voulez supprimer combien de lycée pour faire des économies sur le fonctionnement ?»
Vous ne voulez pas rassembler, vous voulez diviser. Vous êtes tellement divisés que vous avez fait trois interventions pour nous convaincre, trois interventions différentes».

«Allez devant les juridictions !»

François Sauvadet répliqua alors que «les lycées en Bourgogne et les lycées en Franche-Comté existaient avant les fusion».
Patrick Ayache lança alors à Alain Joyandet : «si vous pensez que le budget est faux, allez au bout de votre démarche, allez devant les juridictions».
Et de dire qu'il attend le contre-budget de la droite : «Il faut avoir une vision moderne de l'argent public et il me semble que vous êtes encore dans une conception que je considère archaïque de l'argent public.
Notre budget est audacieux, c'est ubudget important et le plus grand budget d'investissement de toute l'histoire de notre région».

«Où sont les résultats probants ?»

Pascal Grappin déclara lui «attendre de voir le compte administratif, supposant qu'il ne sera pas à la hauteur du budget primitif» et de demander un «prévisionnel d’atterrissage» pour la réalisation du budget 2020 compte depuis 2015 avec 9 milliards d'euros. Pour quel résultat pour les Bourguignons-Francs-Comtois ? Où sont aujourd'hui des résultants probants, des résultats factuels ?»
Julien Odoul évoqua alors que «Marie-Guite Dufay n'est connue que par 3% des habitants selon un sondage» avant de défendre «la commission des finances victime de «mépris» de la majorité». Pour lui 30 millions = «réserve de précaution ou réserve de campagne, acte de gestion ou acte électoraliste»
Il attaqua Laurent Wauquiez, référence de Gilles Platret : «Laurent Wauquiez a fait des économies sur le dos des chômeurs !»
Hicham Boujlilat devait lui défendre «un budget de combat» et se déclarer «déçu du débat », demandant à «en faire plus» en matière de rénovation urbaine et invite à venir voir le résultat : baisse de charges locatives.

«Si la droite prend la région, il y aura un plan social !» 
«C'est fantasmagorique»

Et l'élu de remarquer : 138 euros de dépenses d'investissement par habitant en Auvergne Rhône -Alpes contre 169 euros en Bourgogne- Franche-Comté. Pour avertir que «si la droite prend la tête de la région, il y aura un plan social parce qu'il faudra réduire le nombre d'agents dans les lycées».
De quoi faire bondir Gilles Platret jugeant que «c'est du niveau des chars soviétiques sur les Champs-Élysées». Et de lancer : «si on pouvait éviter en séance de s'envoyer des montages qui sont son complètement fantasmagoriques sur des idées de plan social comme si on devait virer tout le monde pour faire des économies de fonctionnement» et de renvoyer à la prochaine campagne pour faire des propositions !
Marie-Guite Dufay  lança alors : «j'aimerais que l'on parle un peu moins des élections et un peu plus du budget». Alain Joyandet rappella «qui a proposé par le passé un contre-budget par une batterie de 15 amendements qui ont été retoqués par la majorité. Michel Neugnot répondit :«les chiffres n'ont pas été changés d'un iota»
Marie-Guite Dufay devait encore répondre à Gilles Platret : «Auvergne Rhône Alpes a fait des économies là où pour moi il est absolument nécessaire de ne pas faire d'économies. Le compte administratif sera voté en avril plutôt qu'en juin du fait des élections régionales. C'est vrai que les deux premières années, nos comptes administratifs n'ont pas été formidables. Depuis deux ans, on a des comptes administratifs nickel. Dans le prochain compte administratif, nous aurons plus de 500 millions d'euros d'investissement réalisés».

Le tout petit coup de Denis Lamard

Alors que le vote se profilait, Denis Lamard y alla d'une remarque confirmant ses distances avec la majorité sortante et sans doute son engagement sur une liste insoumise. «Il aura fallu une crise sanitaire pour avoir un budget correct, après 20 années tournées vers le libéralisme»...
Des propos évidemment un brin populiste de l'élu bressan, dont il faut rappelé qu'il a bien voté tous les budgets depuis qu'il est élu à la Région, peut-être avec une mitraillette dans le dos ? Car il aura donc attendu le dernier budget pour dire qu'il votait pour les autres années alors qu'il était finalement contre ! Certains diront que c'est cela la politique. Ah bon ? On en a une autre idée, sans doute plus respectueuse. Et le mot respect n'est pas un gros mot !
Alain BOLLERY et 
Jean-Christophe TARDIVON

Un budget de près de 2 milliards d'euros


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