
L’Union sociale pour l’habitat de Bourgogne-Franche-Comté et la fédération Solidarité femmes ont présenté, ce jeudi 12 février, à Dijon, le bilan de leur plan d’action pour apporter des solutions de relogement et d’accompagnement aux femmes victimes de violences conjugales.
Depuis la crise sanitaire, les pouvoirs publics ont fait évoluer leur approche des violences intrafamiliales. En particulier, les bailleurs sociaux accompagnent les femmes victimes de violences conjugales dont la situation économique est souvent fragile.
L’Union sociale pour l’habitat de Bourgogne-Franche-Comté (USH) – qui fédère les 29 organismes de logement social de la région dans la réalisation de leurs missions d’intérêt général et dans la mise en œuvre des politiques nationales du logement – a mis en place un dispositif pour apporter des solutions de relogement et d’accompagnement aux victimes.
Ce jeudi 12 février 2026, à Dijon, François-Xavier Dugourd, président du bailleur social côte-d'orien Orvitis et président régional de l’USH, a dressé un bilan des actions sur la période 2022-2025 et présenté les perspectives au travers du renouvellement d'une convention avec la fédération Solidarités femmes.
Les victimes de violences conjugales sont prioritaires dans l'attribution d'un logement social
«En France en 2024, 107 femmes ont été victimes de féminicides, 270 ont été victimes de tentatives de féminicides, et 906 femmes ont été victimes de suicides ou de tentatives de suicides après avoir été harcelé par leur ex-conjoint », a rappelé François-Xavier Dugourd à partir des données du ministère de l'Intérieur.
Face à ce dramatique constat, le président de l'USH a souligné que les femmes victimes de ce type de violences sont prioritaires pour obtenir un logement social, sur présentation de certains justificatifs comme un récépissé de dépôt de plainte ou une ordonnance de protection.
Sur l’ensemble de l’année 2025, 537 demandes de logement social avec motif «violence au sein du couple» ont été enregistrées en Bourgogne-Franche-Comté. Suite à cela, 261 entrées dans un logement social ont eu lieu dans la région.
Ne pas négliger les conséquences économiques
En plus des violences physiques et verbales que peuvent subir ces femmes, Juliane Charton, responsable du pôle hébergement logement de l’USH, a insisté sur l’importance de la prise en compte des conséquences économiques : «Cela arrive parfois qu’une femme reçoive son propre salaire ou ses allocations familiales, et son conjoint retire ses sous pour ses propres loisirs. Et il ne reste alors plus rien pour la femme elle-même, pour habiller les enfants ou pour les dépenses liées à l’école».
Un «autotest» pour déceler différentes formes de violences
De son côté, Florie Andreotti, chargée de mission logement au sein de la fédération nationale Solidarité femmes – qui regroupe plus de 80 associations, spécialisées dans l’accueil, l’accompagnement et l’hébergement des femmes victimes de violences conjugales et leurs enfants –, a présenté deux outils en ligne – un autotest et un cyber-violentoscope – qui permettent à n’importe quelle femme de tester sa situation et d'envisager une éventuelle emprise de la part de son conjoint.
Florie Andreotti a notamment expliqué le fonctionnement de l’autotest : «Le principe est de proposer des situations très concrètes et permet de constater ou non une situation de violence. Parmi les questions, il y a par exemple : Est-ce qu’on vous empêche de parler avec des membres de votre famille ? Ou encore : Votre conjoint a-t-il exigé de savoir où vous étiez et avec qui vous étiez ?».
«Si ces questions sont épisodiques, bien sûr il n’y a pas d’alerte. Mais si ce genre de situation vient à se répéter trop souvent, cela apporte un signal qui doit alerter», a indiqué Florie Andreotti.
Une convention de partenariat entre bailleurs sociaux et associations
Pour porter secours aux femmes victimes de violences conjugales, une convention a été lancée en 2022 entre l’Union sociale pour l’habitat de Bourgogne-Franche-Comté et la fédération nationale Solidarité femmes. Elle a été renouvelée jusqu'en 2028 (lire ci-dessous).
«Le logement est évidemment un élément très important de sécurité et de reconstruction pour ces femmes victimes de violences. La convention a pour but d’accélérer encore les questions de relogement. Et cette convention permet aussi de former nos collaborateurs des bailleurs sociaux pour qu’ils puissent mieux repérer les personnes victimes de violences et pouvoir bien les orienter», a précisé François-Xavier Dugourd.
«Il faut des politiques publiques coordonnées»
«On a à peu près le même nombre de femmes qui viennent nous voir aujourd’hui qu’il y a 20 ans. En revanche, ce qui a changé, c’est la prise en compte de ce problème par les pouvoirs publics», a constaté Anne Joseleau, directrice de l’association Solidarité femmes 21 depuis 18 ans.
«Il faut des politiques publiques coordonnées», a-t-elle insisté. «Pour l’instant, c’est un peu chacun dans son coin. Si on fait un parallèle avec la violence routière, depuis le début des années 2000, toutes les politiques publiques sont allées dans le même sens. On a agi sur la prévention, la répression, il y a eu l’amélioration des voitures, on a mis des radars, des gendarmes sur le bord des routes… et au final le nombre de morts sur les routes a été divisé par trois ! Si on n’agit de la même manière face aux violences intrafamilliales, on pourrait arriver aux mêmes résultats.»
Fabrice Aubry
Une convention de partenariat pour venir en aide
(communiqué)
Depuis 2022, l’Union Sociale pour l’Habitat de BFC et la Fédération Nationale Solidarité Femmes sont unis par une convention pour soutenir le relogement des femmes victimes de violences conjugales et de leurs enfants, accompagnées par les associations.
Concrètement, ce partenariat permet :
- aux bailleurs de bénéficier de formations pour les équipes de terrain (repérage et orientation)
- aux femmes de bénéficier d’un accompagnement spécialisé, porté par les associations locales et d’un relogement dans des délais très restreints par les bailleurs adhérents,
- des actions de rencontres et d’échanges entre professionnels (partage d’une culture commune, fluidification des parcours, etc.),
- aux bailleurs de bénéficier d’outils de communication en direction des locataires (affiches, vidéos) pour favoriser le repérage des situations de violences et l’orientation vers les structures locales.
Entre 2022 et 2025, 24 situations très prioritaires ont été traitées spécifiquement dans le cadre de la convention. Elles ont fait l’objet d’une fiche de liaison traitée par la FNSF et retransmise aux bailleurs locaux : 58% des femmes concernées ont été relogées en moins de 3 mois, 87,5% en moins de 6 mois.






