
La rentrée est marquée par la généralisation du repas à un euro au financement public controversé. Le sujet a été traité par la directrice du CROUS, ce mardi 8 septembre, à Dijon, en exposant les enjeux de l'année 2026-2027.

Parmi ses principales missions, le CROUS Bourgogne-Franche-Comté est à même de proposer 6.190 logements à des étudiants et de délivrer environ 2 millions de repas annuellement.
L'établissement public a dû renforcer ses équipes et ses outils pour faire face à l'afflux attendu d'étudiants en lien avec la généralisation du repas à un euro. Ce mardi 8 septembre 2026, à Dijon, la directrice Murielle Baldi a expliqué comment les équipes s'adaptaient et a passé en revue les enjeux de la rentrée universitaire 2026-2027.
Portrait du CROUS Bourgogne-Franche-Comté
Chaque Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de France accompagne la vie des étudiants en dehors de la vie académique : logement, restauration, service social, job étudiant, animation...
Le CROUS Bourgogne-Franche-Comté est un établissement public doté d'un budget de 63 millions d'euros en 2026. La région comprend 85.000 étudiants (20.000 boursiers), dont 40.000 en Côte-d'Or et plus particulièrement 38.000 à Dijon (11.500 boursiers).
Le Centre a servi 1,9 million de repas durant l'année universitaire 2025-2026 dont 915.000 à Dijon. Les résidences universitaires totalisent 6.500 lits dont 3.400 à Dijon (en comptant la résidence Beaune, actuellement en travaux, qui rouvrira en 2027).
L'établissement a employé 400 étudiants à des postes divers durant l'année universitaire précédente et a déployé 900 animations ayant touché 48.500 étudiants sur l'ensemble du territoire.
Généralisation du repas étudiant à un euro
Initié par Emmanuel Macron durant la crise sanitaire, le repas à un euro pour les étudiants a été généralisé, le 4 mai dernier, pour un an dans un premier temps.
Jusque-là réservée aux boursiers et non-boursiers en situation de précarité, la mesure a été étendue à tous les étudiants pour qui, auparavant, la tarification était de 3,30 euros.
La mesure de pouvoir d'achat a évidemment augmenté la fréquentation des restaurants universitaires dès le printemps dernier : 30% pour le déjeuner, 50% pour le dîner en moyenne en Bourgogne-Franche-Comté qui se situe parmi les dix régions qui ont connu les hausses les plus importantes.
«Challenge réussi», se félicite cependant Murielle Baldi, «on a accueilli tous les étudiants de mai à juin, (…) c'est la période où il y a moins d'étudiants présents sur les sites». Un nouveau challenge se profile en cette pleine rentrée universitaire avec «un ajustement continu pour fluidifier au mieux les arrivées».
«Les universités ont communiqué en interne pour demander que les formations ne finissent pas toutes en même temps» et «des référents Izli ont été positionné aux abords des files d'attente». L'application numérique Izli permet la reconnaissance du statut d'étudiant et constitue un moyen de paiement «rapide».
«Il n'y a eu aucune concession sur la qualité et la quantité»
À ce stade de la rentrée, le CROUS constate une augmentation tendancielle de la fréquentation de 16% au moment du déjeuner et de 27% en soirée, par rapport à septembre 2025.
Cette moyenne cache des disparités. Si «les restaurants qui avaient une fréquentation forte ont une hausse faible», à Dijon, le restaurant universitaire Mansart a doublé son nombre de repas le midi et celui de Montmuzard voit croître son activité de 35% en soirée.
«Le repas à un euro n'est pas un repas au rabais», assure Murielle Baldi. Il est composé d'un plat principal et deux «périphérique» (une entrée et un dessert ou deux entrées...).
«Les quantités ne sont pas diminuées par deux», insiste la directrice du CROUS, «il n'y a eu aucune concession sur la qualité et la quantité». «Les produits de cafétéria ont été retravaillés.»
L'enjeu du financement public du repas à un euro
Le coût complet d'un repas servi par le CROUS, charges de personnel comprises, s'élève à 9,44 euros, dont 2 euros pour les matières premières afin de composer les plats.
La mesure a donc réduit le financement par les étudiants et augmenté le financement public, notamment par les CROUS qui ont été mis devant le fait accompli en mai dernier. Selon nos calculs, en Bourgogne-Franche-Comté, le surcoût pourrait dépasser 2 millions d'euros en 2026-2027.
Interrogé par
Infos Dijon, le CROUS ne souhaite pas préciser les contours financiers de la mesure gouvernementale : «quand on a construit le budget 2026, la mesure n'était même pas en projet, on va voir la réalité».
La généralisation s'est faite au travers de la loi de finances pour 2026. Donc rien ne garanti qu'elle sera prolongée après la rentrée 2027. Dans un rapport parlementaire, publié le 2 juillet dernier, le député du Bas-Rhin Charles Sitzenstuhl (REN) critique les choix budgétaires de l'exécutif national (
retrouver le rapport).
Dans le cadre d'un accord entre le gouvernement, les députés du bloc central et les députés socialistes, le financement de l’État a été établi à 59 millions d'euros pour 2026. Charles Sitzenstuhl estime, lui, les besoins de financement entre 61 et 89 millions d'euros en 2026 et à 116 millions d'euros en année pleine.
Alors que «l’activité de restauration des CROUS est structurellement déficitaire», l'élu social-libéral plaide pour une réforme des bourses plutôt que cette généralisation.
En Bourgogne-Franche-Comté, en dehors de la participation au coût des repas, le financement de l’État s'est traduit par une attribution de six postes supplémentaires en cuisine, dont quatre ont été positionnés sur la restauration en soirée, ainsi que par une dotation de 75.000 euros pour acquérir du matériel de cuisine. Les équipes de l'établissement public anticipent «une activité beaucoup plus forte sur l'ensemble de l'année».
Parallèlement, d'autres critiques ont émergé du côté de chercheurs en santé publique au regard des profils nutritionnels des plats plébiscités par les étudiants. Ainsi, à Dijon, les services du CROUS constatent effectivement «une file énorme pour les pizzas-pâtes et personne pour le menu traditionnel».
Des chambres pour l'hébergement d'urgence d'étudiants
Selon les services sociaux du CROUS, le dispositif d'hébergement d'urgence vise à «favoriser l'intégration de tous les étudiants dans leur vie étudiante et contribuer à l'égalité des chances». Il permet de «proposer une solution rapide et sécurisante à des étudiants qui sont sans hébergement et dont la situation sociale le justifie». Il est notamment destiné aux «étudiants qui vivent des situations de violence et qui ont besoin d'être sécurisés».
Dans ce cadre, le CROUS dispose de 4 chambres à Dijon, 4 chambres à Besançon et 2 deux chambres à Belfort. Durant l'année universitaire 2025-2026, 11 étudiants ont bénéficié du dispositif pour un total de 300 nuits. Le CROUS mobilise 34.000 euros à cette fin, dont 16.000 euros cofinancés par la Région Bourgogne-Franche-Comté.
Les étudiants inscrits en formation initiale peuvent s'adresser au service social où une assistance sociale va attester le besoin d'hébergement. Ils peuvent alors espérer, le soir même, être logés gracieusement pour une durée allant de 7 à 30 nuitées.
Parallèlement, un accompagnement social permet de «favoriser un accès à un logement pérenne» et de «prendre de l'autonomie». Selon le CROUS, durant ces trois dernières années, 85% des étudiants ont accéder à un logement pérenne et 15% sont allés chez des tiers.
Extension de l'expérimentation des référents étudiants
En 2025-2026, une expérimentation de deux «référents étudiants» à Dijon a donné des résultats «très positifs». L'établissement public mobilise donc 72.000 euros, intégrant un cofinancement de la Région Bourgogne-Franche-Comté de 36.000 euros, pour étendre l'expérimentation à 15 référents étudiants, dont 6 à Dijon, de septembre à mars.
Avec ce dispositif, Murielle Baldi revendique «un objectif de lien social, d'égalité des chances et de lutte contre le non-recours aux droits» car, en entrant dans l'enseignement supérieur, de nombreux étudiants connaissent «une rupture avec leur entourage».
Les référents étudiants retenus seront logés en résidence du CROUS, inscrit au minium en troisième année de licence, et formés par secteurs géographiques. Ils seront rémunérés sur la base du SMIC.
«Ils vont faire du porte-à-porte auprès des résidents et faire le lien avec les services administratifs. C'est une petite contribution au bien-vivre et à la santé mentale des étudiants. Le pair à pair permet d'avoir des informations que nous n'avions pas. Les étudiants vont plus se confier à un alter ego», développe la directrice du CROUS.
Des «guichets uniques» d'information pour les étudiants
Selon le CROUS, le schéma territorial de la vie étudiante (STVE) intervient pour structurer en Bourgogne-Franche-Comté une stratégie et un plan d'actions du suivi de la vie étudiante, en lien avec le schéma régional de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (SRESRI) du conseil régional.
Pour contribuer au STVE 2024-2029, durant l'année 2022-2023, 85.000 étudiants ont été contactés pour connaître leurs attentes sur la vie étudiante, 13.000 ont répondu. Une nouvelle enquête sera lancée à mi-parcours, durant cette année 2026-2027.
Une des principales demande concerne la mise en place d'un «guichet unique» pour obtenir de l'information.
En 2025-2026, Accueil étudiant a ouvert à Besançon et l'application numérique Campus a été déployée au niveau du campus Belfort-Montbéliard.
Fin juin dernier, la plateforme numérique Choo a été lancée à Dijon. Elle est financée par la Métropole de Dijon, le CROUS et le centre régional d'information jeunesse (CRIJ) qui en est l'opérateur.
Un dispositif similaire est «en réflexion» au Creusot, en lien avec la communauté urbaine et le CRIJ.
Les principaux éléments du programme immobilier du CROUS
Le CROUS investit pour entretenir les résidences universitaires dont il est propriétaire ou dont il a la gestion ainsi que pour construire de nouveaux équipements.
À Dijon, la réhabilitation de la résidence Beaune se poursuit après des retards dus à la découverte d'amiante et à la présence d'oiseaux protégés à proximité, le rougequeue noir et le moineau domestique. Une livraison partielle du nouveau bâtiment de 186 lits est attendue en 2027. Le CROUS investit 16,3 millions d'euros, avec un cofinancement de 8 millions d'euros de la Région.
Le chantier de la nouvelle résidence Climats de 156 logements – située en face de Beaune – débutera en 2028 pour une livraison espérée en 2029. Le CROUS investit 14 millions d'euros.
Le futur restaurant universitaire Campus nord est en phase d'études. Il devrait proposer 1.000 places. Les travaux devraient débuter en 2028 pour une livraison espérée en 2029. L'opération est financée par la Métropole de Dijon, la Région et le CROUS pour un total de 8 millions d'euros.
Des études sont en cours pour envisager la réhabilitation des bâtiment Buffon, Bossuet et Lamartine de la résidence Montmuzard. Le CROUS innove en ayant recours à une assistance à maîtrise d'usage.
À Besançon, la réhabilitation du bâtiment Gérôme débutera en 2028. Le nouveau bâtiment comprendra 80 lits. Le CROUS investit 3,8 millions d'euros dont 2,05 millions d'euros apportés par la Région.
À Belfort, la rénovation de la résidence Sartre débutera en 2028. Le CROUS investit 8,5 millions d'euros dont 3,25 millions d'euros venant de la Région.
Jean-Christophe Tardivon







