
L'édition 2026 de l'Observatoire prospectif de l’agriculture régionale a été présentée, ce mardi 9 juin, à Dijon. «La structuration des filières est un enjeu essentiel pour la création de valeur ajoutée et de revenu», a insisté la représentante de la préfète de la région Bourgogne-Franche-Comté.

La Conférence agricole régionale de Bourgogne-Franche-Comté s'est tenue, ce mardi 9 juin 2026, à Dijon, dans les locaux de Polytech, sur le campus de l'Université Bourgogne Europe, en présence de plus de 170 personnes.
Le temps fort consistait en une présentation des principaux résultats de l'Observatoire prospectif de l’agriculture régionale qui, à partir d'un état des lieux économique de l'année 2025, contribue à dessiner des «solutions d'avenir» pour le monde agricole.
Le thème de la structure des filières
«Après avoir illustré la force du collectif en 2025, l’observatoire s’attache à montrer comment les différents maillons de la chaîne qui relie le producteur au consommateur peuvent collaborer pour répondre aux défis de demain», indique-t-on du côté de la chambre consulaire.
«La structuration des filières est un enjeu essentiel pour la création de valeur ajoutée et de revenu», souligne la sous-préfète Perrine Serre à ce sujet.
«La valorisation de l'origine France est un enjeu majeur», indique la secrétaire régionale aux affaires générales de la préfecture de la région Bourgogne-Franche-Comté qui rappelle la démarche en cours des conférences de la souveraineté alimentaire (lire notre article).
«Notre génération de responsables doit empoigner les réalités du moment»
«Quand les crises se succèdent, notre responsabilité collective (…) est de préparer les dix ou quinze prochaines années», déclare Jérôme Durain (PS) en incitant à ne pas se «focaliser sur le court terme» des échéances électorales. «Notre génération de responsables doit empoigner les réalités du moment, notamment en matière agricole.»
Le président de la Région Bourgogne-Franche-Comté rappelle alors le mot d'ordre avancé lors du dernier Salon international de l'agriculture – «produire ici, valoriser ici, décider ici» (
lire notre article) – et la convention passée avec la chambre régionale d'agriculture pour «donner de la visibilité» (
lire notre article).
«Des perturbations nous obligent à s'adapter»
«Cet Observatoire constitue le thermomètre le plus fiable qui puisse exister sur l'état de nos filières», glisse Philippe Dubief, président de Cerfrance Bourgogne-Franche-Comté, réseau d'experts-comptables.
«L'agriculture, c'est bien plus qu'une activité économique», rappelle-t-il, «elle façonne nos paysages, nourrit nos concitoyens, entretient nos territoires ruraux et participe même à l'identité de nos région».
«La Bourgogne-Franche-Comté est évidemment une terre d'excellence qui, néanmoins, subit des perturbations qui nous obligent à s'adapter», insiste-il en évoquant les guerres, les changements réglementaires internationaux et le changement climatique. «La compétitivité de nos exploitations est mise à l'épreuve et le renouvellement des générations est une préoccupation majeure. (…) Nos filières ont les ressources pour s'adapter et se réinventer.»
En 2025, les prix mondiaux soutiennent la production de viande mais pas celle de céréales
«L'année 2025 a été une année globalement favorable économiquement pour les grandes productions animales, avec des prix de vente extrêmement intéressants, voire même qu'on a jamais vus pour la viande bovine», synthétise Vincent Lavier pour introduire la réunion. «On retiendra malgré tout les problématiques sanitaires qui ont marqué les esprits (…) et éprouvé l'ensemble de la profession.»
«Au niveau des productions végétales, on retiendra aussi une météo globalement favorable avec des rendements supérieurs aux moyennes historiques», développe le président de la chambre régionale d'agriculture. «Malgré cela, la situation économique des exploitations ne s'améliore que très légèrement, les prix des denrées étant trop faibles à ce stade et les charges supportées par ces systèmes-là restant à un niveau très élevé.»
«Les modèles économiques du système céréalier sont particulièrement malmenés depuis trois ans», insiste-t-il, «il va falloir que l'on sache les repenser collectivement».
«En viticulture, l'année a été marquée par l’absence de dégât lié au gel mais aussi par de fortes chaleurs estivales qui ont quand même pénalisé les volumes récoltés», ajoute Vincent Lavier.
Des revenus présentés en équivalent SMIC
Selon les équipes de la chambre régionale d'agriculture, la Bourgogne-Franche-Comté peut compter sur «une diversité de productions» et «des filières qui sont reconnues à l'échelle nationale» et même au niveau mondiale pour certaines.
Les différentes filières ont été passées en revue par les personnels de la chambre régionale d'agriculture et du réseau Cerfrance pour mettre en exergue les variations des prix de vente des productions ces dernières années et, surtout, les résultats économiques des exploitations.
L'indicateur retenu est le résultat courant rapporté à l'unité de travail annuelle familiale pour estimer le revenu des agriculteurs et associés dirigeant les exploitations. Pour plus de lisibilité, ce résultat a été converti en équivalent SMIC brut (environ 22.000 euros en 2025).
Filière lait
Les éleveurs de la filière comté ont vu leur revenu passer de 27.700 euros en 2015 à 37.500 euros en 2025 – après un pic à 39.900 euros en 2021 – soit 1,8 SMIC. La filière comté connaît donc «une dynamique avec une amélioration des résultats en 2025» malgré les épizootie.
La production de lait en plaine présente des résultats plus contrastés. Alors que le lait bio se vendait plus cher que le lait conventionnel en 2017, il est devenu inférieur en 2025, en raison d'un déséquilibre entre l'offre et la demande. En moyenne, un producteur de lait conventionnel dégage un revenu de 1,8 SMIC.
Viande
Alors que les revenus étaient stables depuis plusieurs années, les éleveurs bovins connaissent une «période d'euphorie» en raison de cours mondiaux en hausse pour la troisième année consécutive.
En 2025, chez les élevages bovins spécialisés, on constate un revenu moyen de 64.100 euros en conventionnel, soit 3 SMIC, contre 1,9 SMIC en bio. Chez les polyculteurs-éleveurs, la moyenne est plus proche de 2 SMIC.
L'élevage ovin tend à retrouver les bons niveaux des années 2021-2022. Les éleveurs spécialisés voient leurs revenus augmenter, sans pour autant atteindre le SMIC.
Viande blanche
Concernant les viandes blanches, le secteur de la volaille présente des revenus relativement stables puisque les fluctuations de cours et de charges sont amorties plus aisément dans les systèmes intégrés. Les revenus avoisinent le SMIC. À noter un «rebond» du label Rouge après plusieurs années difficiles.
En revanche, l'élevage porcin «subit de plein fouet les aléas du prix» : sa rentabilité a reculé.
Grandes cultures
En raison des prix mondiaux et de la pression des charges, les producteurs ont constaté de «très bons rendements en céréales et oléagineux mais des résultats très mauvais pour la troisième année».
Après une année 2024 déficitaire, les revenus progressent sensiblement en 2025 mais n'atteignent pas le SMIC, que ce soit dans les territoires à faible ou à fort potentiel.
Dans ce contexte, la filière bio, qui présente une moins grande dépendance aux intrants, a pu dépasser sensiblement les revenus de la production conventionnelle.
Maraîchage
Plus de la moitié des maraîchers régionaux voient leur activité portée par les circuits courts ce qui amène à «saturer» la vente directe dans certains territoires.
En 2025, en raison d'un printemps précoce et moins pluvieux, le début d'année a été marqué par la demande en produits frais. Cette saison favorable a entraîné un renfort des effectifs et une augmentation des coûts de main-d'oeuvre. En moyenne, 60% des maraîchers ont un revenu inférieur à 1 SMIC.
Vigne
Les viticulteurs connaissent de grandes variations économiques, principalement en raison des volumes de vendange.
En 2025, dont les résultats s'appuient sur le millésime 2024, ils ont connu «une chute importante par rapport aux années précédentes en raison d'une année climatique catastrophique».
La chambre notre qu'«une hausse structurelle des charges étouffe les exploitations viticoles». En particulier, les dépenses d'assurance récole augmentent nettement. En moyenne, le revenu est de 2 SMIC.
Changement climatique, charges, consommation...
«Le changement climatique provoque des décalages par les cycles de culture», notent les rédacteurs de l'OPA. 2025 a été une année moins pluvieuse que 2024 mais a été marquée par un printemps bien plus chaud que les moyenne de saison. Dans l'ensemble, à part un mois de l'automne, tous les mois ont été plus chauds que les moyennes de saison.
Concernant les charges, «l'augmentation du coût de production est croissant dans la majorité des filières, en raison de la hausse du coût des engrais et du carburant». Par exemple, dans l'élevage ovin, les charges ont augmenté de 16% en dix ans.
Deux phénomènes entraînent une consommation à la baisse : la population de la région diminue et le nombre de familles monoparentables augmente. Ces familles présente particulièrement un pouvoir d'achat en baisse et une restauration hors foyer plus importante.
«Il est nécessaire de mettre en consommation des produits d'entrée de gamme», analyse l'équipe de la chambre régionale d'agriculture.
Les «solutions d'avenir»
«Par rapport à ces enjeux, les filières s'adaptent», soulignent les rédacteurs de l'OPA qui en appellent à «une démarche collective pour travailler ensemble».
Chaque filière se divise en production, transformation et commercialisation. La formation et la concertation permettent d'ajuster les méthodes et organisations.
La chambre régionale d'agriculture propose donc «la diversification des assolements pour diversifier les débouchés» et donne l'exemple de la production de chanvre qui permet de fournir de la paille, de l'huile et de remplacer des matières plastiques.
Une autre solution avancée est de «retravailler les synergies entre polyculture et élevage» et donnant l'exemple de la coopérative céréalière Terre comtoise qui a racheté en 2019 l'entreprise de production d’œufs Coquy.
Concernant l'adaptation au changement climatique, la chambre appelle à réfléchir au «stockage des excédents ponctuels d'eau» de façon à sécuriser les phases de production».
L'OPA indique que lors d'une crue de la Saône à Mâcon, deux heures de débit représentent un an d'usage agricole en Saône-et-Loire.
«2% des usages de l'eau sont agricoles en Bourgogne-Franche-Comté contre 19% au niveau national», insistent les rédacteurs de l'OPA.
La chambre régionale d'agriculture incite également à «améliorer sa technicité et échanger avec la recherche» pour réduire les coûts et adapter les productions.
Rappelant que «le consommateur est l'arbitre final des filières qui doivent tenir compte des signaux faibles pour conserver un temps d'avance», les équipes de la chambre consulaire conseille aux exploitants agricoles de «communiquer pour réconcilier les citoyens et les agriculteurs», en particulier au moment de lancer un nouveau projet.
«La construction de filières territoriales» est également une piste pour sensibiliser les consommateurs. C'est ce que fait la Marmite intercommunale de l'Autunois-Morvan (MIAM) où des producteurs approvisionnent la restauration scolaire à hauteur de 1.200 repas journaliers.
Les entreprises doivent rester attractive pour «attirer de nouveaux talents», qu'il s'agisse d'agriculteurs, d'opérateurs de production ou encore de vendeurs.
C'est le cas de la fromagerie familiale Lincet, implantée dans l'Yonne, qui, confrontée à des difficultés de recrutement, organise des visites d'usine en préembauche et propose un module de formation aux nouveaux arrivants afin de mieux les intégrer dans l'entreprise.
Pour appuyer ces pistes, le grand témoin Arnaud Colin expose la structuration de la filière de la Mirabelle de Lorraine au travers des choix des producteurs réunis dans la coopérative Vegafruits qu'il dirige.
«Avoir une stratégie autour de la baisse des charges ne me paraît pas viable»
«On est dans un contexte géopolitique et climatique qui enlève toutes nos certitudes», résume Christian Morel (divers gauche), vice-président de la Région Bourgogne-Franche-Comté chargé de l'agriculture.
«Il y aura des choix stratégiques à faire parce qu'on ne pourra pas aller sur tous les marchés», anticipe l'élu régional, «il faudra segmenter, savoir sur quoi on va et y aller de manière franche et claire». «Ça fait trente ans que j'entends dire ''on va baisser les charges'' dont avoir une stratégie autour de la baisse des charges ne me paraît pas viable ; aller sur un segment qui nous permette de gagner notre vie, c'est plus intéressant de le faire.»
«Il y a deux enjeux essentiels : savoir fixer des priorités (…) et avoir conscience qu'il va falloir s'adapter en permanence», conclut Perrine Serre en rappelant le rôle des pouvoirs publics pour accompagner la structure des filières de production.
Jean-Christophe Tardivon


















