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01/06/2020 03:13

BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ : Marcheurs et écologistes réagissent à la création du groupe parlementaire Écologie Démocratie Solidarité

Parmi les fondateurs du nouveau groupe parlementaire Écologie Démocratie Solidarité figure la députée de la Côte-d'Or Yolaine de Courson. Benoît Bordat (Cap 21), Jacqueline Ferrari (UDE), Catherine Hervieu (EELV) et Sébastien Mirek (LREM) commentent cet événement du quinquennat d'Emmanuel Macron.
Les créations des groupes parlementaires Écologie Démocratie Solidarité, le 19 mai 2020, puis Agir Ensemble, le 26 mai 2020, montrent que les lignes bougent au niveau national. Dans les deux cas, des députés élus en juin 2017 sous l'étiquette de La République En Marche ont quitté le groupe jusque là majoritaire des Marcheurs à l'Assemblée nationale.

Dans le cas d'Écologie Démocratie Solidarité (EDS), une figure régionale a contribué à sa fondation, la députée de la Côte-d'Or Yolaine de Courson (lire notre interview). Afin d'envisager les effets de la création d'EDS, Infos Dijon a interrogé des représentants de partis de l'écologie politique ainsi que le référent de La République En Marche en Côte-d'Or.



«Au plan local, c'était une des députés avec laquelle on travaillait le mieux» signale Benoît Bordat, élu Cap 21 à Dijon


Benoît Bordat est délégué régional de Cap 21, le parti présidé par Corinne Lepage. En 2017, Corinne Lepage avait soutenu Emmanuel Macron lors de l'élection présidentielle puis avait pris ses distances. Elle est l'avocate de la Ville de Dijon dans le contentieux qui l'oppose à la préfecture de la Côte-d'Or à propos de l'arrêté interdisant l'utilisation du glyphosate. Aux dernières élections législatives quatre anciens membres de Cap 21 ont été élus sous l'étiquette LREM.

Du côté de Cap 21, on sentait des «fissures» parmi les députés de ma majorité mais Benoît Bordat a découvert «avec surprise que cela se faisait avec des écologistes de renommée parce qu'il y a Matthieu Orphelin et Delphine Batho».

Autre surprise, «agréable» précise Benoît Bordat, la présence de Yolaine de Courson. Dans le cadre de ses fonctions électives à Dijon Métropole dans la mandature qui va bientôt se terminer, Benoît Bordat a travaillé avec la député sur les contrats de transition écologique et le projet métropolitain d'alimentation durable.

Les «propositions» de Yolaine de Courson et son «écoute» sont saluées par Benoît Bordat qui apprécie l'implication de la députée «pour faire travailler à la fois l'urbain, le rural, donc la haute Côte-d'Or et la Métropole ensemble». «Au plan local, c'était une des députés avec laquelle on travaillait le mieux» constate-t-il. Des relations que le nouveau groupe ne devraient pas changer.

«Il y a un manque de pluralisme politique»

Benoît Bordat se dit «assez curieux de voir ce que ce groupe peut faire de plus et peut faire changer». Selon lui, «après la période de pandémie, il y a trois dossiers qui devaient pris en main depuis le début du mandat. C'est l'urgence écologique et sociale, on attend toujours les actes et une grande politique de transition écologique. La deuxième, c'est la question de la décentralisation, c'est à dire donner plus de pouvoir aux collectivités locales car on a vu pendant la période de pandémie que c'était les collectivités locales les plus réactives et les plus à même de répondre à un certain nombre de problématiques de la population. Troisième sujet, c'est réintroduire une dose de proportionnelle aux élections législatives pour qu'il y ait une meilleure représentativité».

Le délégué régional considère que, depuis l'instauration du quinquennat, il y a un «manque de pluralisme politique» : «quand on a un groupe majoritaire avec une forme de pensée unique et d'impossibilité de remarques sur la politique gouvernementale, ça devient problématique». Benoît Bordat se revendique donc «grand partisan du pluralisme politique».

Benoît Bordat souligne que «l'origine de l'écologie politique, c'est la gauche». «Avec Cap 21 et l'UDE, il y a eu cette tentative de dire 'l'écologie doit être large'» avec un positionnement au centre afin de «ramener l'écologie au centre de toutes les questions» indique Benoît Bordat qui ajoute «c'est ce qui manque aujourd'hui au gouvernement». L'élu Cap 21 dit se réjouir que d'autres acteurs se positionnent dans le champ de l'écologie politique et «estiment que ce sujet-là appartient à tout le monde».

En ce qui concerne la figure de Delphine Batho, du côté de Cap 21, on voit là «une personne qui a fait des choses intéressantes en tant que ministre». Élue socialiste, Delphine Batho a été un an ministre de l’Écologie durant le quinquennat de François Hollande avant de perdre son maroquin pour avoir critiqué un budget 2014 manquant d'ambition pour la transition écologique. En 2018, elle a quitté le PS pour prendre la présidence de Génération Écologie, mouvement fondé en 1990 notamment par Brice Lalonde [NDLR : sollicitée par Infos Dijon, la représentante de Génération Écologie en Côte-d'Or, Karine Savina, n'était pas en mesure de répondre].

Étant donné que certains députés restent adhérents à LREM, Benoît Bordat suppose «une volonté du président de la République d'avoir cette espèce orbite qui se situerait un peu à gauche et sur l'écologie pour essayer de recapter de l'attention sur la majorité présidentielle». L'écologiste reste perplexe en ce qui concerne la capacité du gouvernement de «mettre en place vraiment une politique écologique» : «je ne vois pas d'élément qui font venir le monde d'après, il n'y a pas beaucoup de choses dans les pratiques qui ont changé».

L'actualité de Cap 21 concerne les élections municipales. Le parti soutient Anne Vignot à Besançon. Benoît Bordat, conseiller municipal sortant, figure avec Anne-Laure Lassoued sur la liste conduite par François Rebsamen. Ensuite, Cap 21 dit vouloir peser sur les élections départementales et régionales.



Pour l'UDE, Jacqueline Ferrari applaudit le positionnement «sur un thème plutôt que sur un clivage gauche-droite»


Après une période de pluralisme foisonnant dans les années 1990, la création de la fédération Europe Écologie Les Verts en 2010 a eu tendance à occuper le devant de la scène de l'écologie politique. Une réaction est venue du centre avec la création de l'Union des Démocrates et des Écologistes en 2015 par différentes personnalités faisant respectivement scission avec le Modem et avec EELV. En 2017, l'UDE a soutenu Emmanuel Macron à l'élection présidentielle puis la liste Renaissance aux élections européennes de 2019.

Jacqueline Ferrari représente l'UDE en Bourgogne-Franche-Comté, accompagnée de Yohann Pimentel, et siège au bureau national du parti. Au conseil régional présidé par Marie-Guite Dufay, l'élue franc-comtoise porte la délégation concernant l'eau.

«Je vais regarder ce que cela peut apporter aux citoyens» indique d'emblée Jacqueline Ferrari qui ajoute que «leur objectif sera un objectif de terrain, c'est ce que j'attends d'eux». L'élue UDE apprécie que le groupe parlementaire se positionne «sur un thème plutôt que sur un clivage gauche-droite».

Celle qui est à la fois Bourguignonne et Franc-Comtoise a depuis longtemps eu tendance à considérer que «que l'écologie pouvait s'intégrer dans tout les groupes sauf qu'à chaque fois on requière une position plus politique qu'écologique». Jacqueline Ferrari réfute ainsi l'application du clivage gauche-droite à l'écologie. «La politique doit évoluer» lance-t-elle en espérant que les nouveaux groupes parlementaires contribuent à cela pour peu que «le travail soit fait derrière» ce qui n'est pas toujours le cas «soit parce qu'on est bloqué par les politiques en place, soit parce qu'on est assez nombreux, soit parce qu'on ne travaille pas assez».

«L'écologie, ça concerne tout le monde»

Le choix du nom est de bon augure selon Jacqueline Ferrari : écologie, démocratie et solidarité sont «trois mots qui sont ressortis grâce au confinement, certaines personnes vont voir leur vie autrement, s'il y a des groupes qui se créent au fur et à mesure des mois qui passent, c'est bien». L'élue s'intéresse de près aux initiatives concernant les «circuits très très courts».

Jacqueline Ferrari déplore la critique permanente en insistant sur le fait, qu'alors qu'une pandémie frappe les populations, «on critique toutes les actions du gouvernement, on ne sait pas faire autrement, on critique toutes les actions de la personne qui n'est pas de votre parti» alors que «l'écologie, ça concerne tout le monde, ça ne concerne pas que les Verts, ça ne concerne pas que la gauche, ça ne concerne pas que la droite, l'extrême-droite, on n'en parle pas». «Si on veut faire évoluer les choses en ce qui concerne la nature, la meilleur des choses c'est déjà se respecter» conclue l'écologiste.




«Mettre les enjeux écologiques au sens large dans le débat public» selon Catherine Hervieu, élue EELV à Dijon


Présidente de la Fédération des Élus Verts et Écologistes, Catherine Hervieu est aussi conseillère municipale sortante à Dijon. Elle n'est pas surprise de voir se constituer un groupe ayant parmi les personnalités qui le compose Matthieu Orphelin, proche de Nicolas Hulot, «il y a une forme de logique».

D'ailleurs, Catherine Hervieu fait remonter la genèse du groupe à la démission de Nicolas Hulot. Le 28 août 2018, le ministre de l’Écologie quitte le gouvernement en dénonçant «les lobbies dans les cercles du pouvoir». En février 2019, à la suite de la loi anti-casseurs, le député Matthieu Orphelin quitte LREM.

Si on remonte dans l'historique, Matthieu Orphelin a été élu sous l'étiquette Europe Écologie Les Verts au conseil régional des Pays de la Loire en 2010. En 2012, il quitte EELV et devient porte-parole de la Fondation pour la Nature et l'Homme créée par Nicolas Hulot. Il soutient Emmanuel Macron à la présidentielle de 2017 et contribue au rapprochement du futur président de la République avec Nicolas Hulot.

De l'élu EELV, Catherine Hervieu se souvient de «sa capacité de travail et de mener de projets pour l'écologie très pertinents» ou encore de «sa capacité à lancer des passerelles pour faire avancer l'écologie au sens large à partir du postulat que si on veut convaincre l'ensemble de la société, on a intérêt à maintenir des espaces de dialogue».

La présidente de la FEVE ne tient pas rancune à l'écologiste d'avoir un temps cheminé aux côtés des Marcheurs. Elle analyse qu'il est arrivé «chez LREM suite à la fin de course de la bipolarisation des partis» alors que, en 2017, il y avait «des choses assez prometteuses chez En Marche qui ont très vite volé en éclat».

Si Matthieu Orphelin a quitté LREM, «les Marcheurs qui ont constitué ce groupe-là sont encore tenus par des principes de loyauté vis à vis d'Emmanuel Macron» mais «ça vient se shunter avec l'urgence climatique» alors qu'«il n'y a plus de temps à perdre». La création d'un groupe à l'Assemblée nationale permet donc de «mettre les enjeux écologiques au sens large dans le débat public» avec des moyens que n'ont pas des députés isolés (niche parlementaire, proposition de loi...).

Plutôt que l'émergence d'un potentiel candidat à la présidentielle comme cela a été envisagé par les médias nationaux, Catherine Hervieu rappelle la phrase de Daniel Cohn-Bendit, «la présidentielle, ça rend fou». Elle envisage plutôt qu'une préparation de l'élection présidentielle permettra de «peser pour désigner un candidat et de tenir compte de l'ensemble du spectre écologiste».

Maintenant, la présidente de la FEVE attend de voir les députés au moment d'appuyer sur le bouton de vote : «on peut faire des discours, qui vote quoi, quelle est la mise en acte de ces beaux discours». Côté acte, Catherine Hervieu rappelle que «en France, on n'a pas tenu nos engagements par rapport aux engagements énoncés lors de l'accord de Paris».

Yolaine de Courson est jugée «capable de construire des passerelles»

Dans la Côte-d'Or, Catherine Hervieu souligne que c'est la conseillère départementale d'opposition Sandrine Hily qui est la plus en contact avec Yolaine de Courson. Catherine Hervieu salue le travail de la députée concernant «les plans alimentaires territoriaux» et «son souci de faire basculer la production agricole vers quelque chose de tournée vers la préservation de environnementale par rapport au potentiel que l'on a dans le département». La démarche de Yolaine de Courson est vue comme «intéressante et très ouverte» et la députée est jugée «capable de construire des passerelles».

Pour les élections municipales à Dijon, Catherine Hervieu figure sur la liste menée par Stéphanie Modde rassemblant des membres de l'Alliance Écologiste Indépendante et de Génération Écologie. Le fait que Delphine Batho ait rejoint ESD est vu sous l'angle des moyens politiques apporté par un groupe parlementaire afin de «peser dans les débats». Catherine Hervieu suppose que Delphine Batho «veut sans doute contribuer aux débats de la présidentielle à sa façon».

Au-delà de Dijon, la présidente de la FEVE surveille les élections de Beaune – où EELV devrait compter un élu – de Sens et de Besançon. Elle guette la possibilité d'un rassemblement de «de l'ensemble des forces écologistes», qui sera «un enjeu pour les prochaines échéances électorale régionales et nationales».




«Yolaine de Courson a dit qu'elle continuait à soutenir le président de la République» relate Sébastien Mirek, référent LREM en Côte-d'Or


«Je n'ai pas été prévenu, la phase de confinement ne s'y prêtait pas» indique Sébastien Mirek, référent départemental de La République En Marche dans la Côte-d'Or. Pour autant, Yolaine de Courson l'a contacté juste avant l'officialisation de la création du groupe EDS pour annoncer son choix.

«C'est un choix personnel» insiste Sébastien Mirek qui ajoute «c'est une démarche pour se rejoindre sur la thématique de la transition écologique» pas pour se placer «derrière Matthieu Orphelin».

Comme elle l'avait indiqué dans notre interview, Yolaine de Courson a organisé un échange en visioconférence les Marcheurs du département. La député a expliqué sa démarche et ses choix. «Elle a dit qu'elle continuait à soutenir le président de la République et d'être à LREM» relate le référent.

«C'est un groupe parlementaire, le temps n'est pas à la division, c'est plutôt un temps de reconstruction» analyse-t-il. L'important pour LREM est donc qu'il ne s'agit pas d'un parti. La possibilité d'avoir une «double appartenance» offre une certaine tolérance dans ce genre de situation même si l'on sent bien que la pilule est amère pour certains Marcheurs de Côte-d'Or.

«Le temps est au rassemblement et à la reconstruction post-crise»

Le référent signale que «Stanislas Guérini [NDLR: délégué général LREM] n'est pas dans une volonté d'exclure à part quand on travers une ligne rouge» et que «la thématique transition écologique est là depuis le début, elle l'est aussi en post-crise, elle est criante».

Sébastien Mirek note des perspectives sensiblement différentes selon que les Marcheurs évoluent en zone rurale ou en zone urbaine. En forçant un peu le trait, on pourrait dire que, globalement, les Marcheurs ruraux sont très préoccupés par la transition écologique tandis que les Marcheurs urbains sont très attentifs aux questions sanitaires et sociales. Le référent explique la différence d'analyse par le fait que «les clusters [de l'épidémie de Covid-19] étaient très urbains, là où il y avait une densité de population, là où l'économie va être plus impactée et où il y a plus inégalités sociales».

Le référent salue la volonté de la député de continuer «de travailler sur Action ruralité et sur le fait de ne pas avoir honte d'habiter dans le rural». Le mouvement poursuivra sa réflexion sur la «transition écologique comme «transversale et transpartisane» et Sébastien Mirek invite à «travailler tous ensemble dessus» car «ça concerne tous les citoyens» et que «le temps est au rassemblement et à la reconstruction post-crise».

L'actualité du mouvement dans le département n'est pas tant du côté des élections municipales que dans un travail sur des thématiques de santé, d'action sociale et de périmètre de la puissance publique afin d'élaborer «des propositions soumises au débat public fin juin».

Jean-Christophe Tardivon
(images d'archives)