
Ce lundi 2 février, à Dijon, tout en vantant un taux de régularité des trains de plus de 92%, le directeur régional de SNCF Réseau a reconnu que le territoire pâtissait de «trop de vols de câbles». «La logistique peut devenir une filière industrielle indispensable», a souligné le préfet de région à propos du fret.
La Bourgogne-Franche-Comté compte 3.078 km de voies ferrés, ce qui représente 10% du réseau national ou autant que le réseau suisse. Filiale du groupe SNCF, SNCF Réseau continue d'investir pour moderniser ces voies : l'opérateur prévoit d'engager 300 millions d'euros en 2026.
Ce lundi 2 février 2026, au siège régional, à Dijon, Maxime Chatard, directeur régional de SNCF Réseau, a présenté le détail des investissements, en présence de Paul Mourier, préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté, et de Michel Neugnot (PS), vice-président du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté.
Plus de 92% de régularité malgré «trop de vols de câbles»
Au bilan 2025, Maxime Chatard affiche une augmentation de 4% des circulations de train par rapport à 2024 et un taux de régularité des trains de 92,6% à fin mai 2025 (contre 92,9% en 2024), soit le second meilleur résultat de France après la Bretagne, cela «grâce au collectif, à la mobilisation de toutes et tous».
En revanche, le territoire pâtit de «trop de vols de câbles» dont un survenu la nuit précédente, à Dijon-Perrigny, mais «ce matin, les trains circulent», souffle le directeur qui a dû constater 25 vols en 2025, ce qui représente un préjudice de «plusieurs millions d'euros».
Tandis que Michel Neugnot souligne «l'incidence sur le trafic de voyageurs», le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté note que «les services de forces de sécurité ont fait un travail important» puisqu'elles ont été en capacité de «mettre [hors] d'état de nuire une équipe».
«Interpeller des personnes qui interviennent sur un territoire aussi grand qu'est celui de la Bourgogne-Franche-Comté, de nuit, en dehors de toutes zones urbaines, c'est compliqué. Il faut mener des investigations très fines. Par recoupement, on a réussi à interpeller les personnes et à leur imputer un certain nombre de faits d'une manière très claire», développe le représentant de l’État (
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Plus largement, les équipes de la commande centralisée du réseau, implantée au niveau de la gare Dijon-Ville, ont dû faire face à 2.245 événements en 2025 : incidents liés à la faune ou à la météo et accidents de personnes notamment.
130 millions d'euros pour la ligne PLM
Dans le cadre de son «programme ambitieux d'investissement», SNCF Réseau compte donc investir près de 300 millions d'euros pour moderniser les voies ferrées en 2026, après 421 millions d'euros en 2023, 382 millions d'euros en 2024 et 330 millions d'euros en 2025 (
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En particulier, 130 millions d'euros seront affectés à la ligne Paris-Lyon-Marseille. Celle-ci connaîtra trois grands ensemble de travaux : tout d'abord entre Villeneuve-la-Guyard et Laroche-Migennes pour regénérer 55 km de voies ferrées, puis entre Aisy-sur-Armançon et Blaisy-Bas pour régénérer 12 km de voies ferrées et enfin pour terminer de numériser la signalisation avec un tronçon entre Nuits-sous-Ravières et Montbard.
Cette dernière intervention est prévue sous la forme d'une «une opération coup de poing» avec maintien des circulations fret de nuit et les circulations voyageurs aux heures de pointe. «On essaie de les réduire au maximum», assure Maxime Chatard alors que la ligne connaît 134 circulations par jour dont 30% fret.
Par ailleurs, l'opérateur prévoit de mobiliser 100 millions d'euros pour l'entretien du réseau ferroviaire régional.
Faire des travaux pour ne pas perdre en régularité
«Nos travaux génèrent des contraintes pour les voyageurs, pour nos clients, pour l'autorité organisatrice, pour l’État», concède le directeur régional qui sait gré aux différents acteurs de leur «compréhension» face aux perturbations de circulation induites.
«Paris-Dijon-Lyon est un axe essentiel, il faut faire des travaux», abonde Michel Neugnot, «si on ne le fait pas, on va perdre de la régularité».
«SNCF Réseau a respecté les délais», assure Maxime Chatard à propos de l'ensemble des travaux, induisant que l'entreprise constitue «un partenaire fiable pour que le réseau ferroviaire soit performant en Bourgogne-Franche-Comté».
«Les pannes de locomotives de fret restent à travailler», alerte toutefois le vice-président de la Région à l'adresse du directeur territorial de SNCF Réseau. «Il n'y a pas un jour où cela n'arrive pas. Parfois, cela a des conséquences sur les trains du quotidien.»
Le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté insiste également sur le «devoir» de communiquer à destination des usagers : «on a vraiment besoin d'informer d'une manière encore plus fine bien qu'il y ait eu des efforts considérables de faits».
Poursuite des travaux de mise en accessibilité de gares
Les équipes de SNCF Gares & Connexions constatent «une augmentation des voyageurs dans les gares» de Bourgogne-Franche-Comté et veulent continuer de «donner envie de gares, envie de train». La satisfaction globale des usagers ressort à 8,09 sur 10.
En 2025, 47 millions d'euros ont été fléchés vers les gares principalement pour des mises en accessibilité avec le soutien du CPER. En 2026, 100 millions d'euros seront fléchés pour cette accessibilité. À la fin de l'année, Sens, Mouchard et Saint-Claude resteront les seules grandes gares à ne pas être accessibles aux personnes à mobilité réduire.
Dans les prochains jours, Mâcon verra l'ouverture de sa nouvelle passerelle (21,65 millions d'euros), le quai N°2 à Lure en janvier (1,77 million d'euros), les quais à Chalon-sur-Saône à l'automne (33,47 millions d'euros) – s'ajoute le prolongement de la passerelle interquartiers pour un coût de 870.000 euros financé par la Ville de Chalon-sur-Saône –, Nevers en septembre (17,4 millions d'euros) – dans cette ville, s'ajoute un prolongement d'une passerelle interquartiers pour un coût de 3 millions d'euros cofinancé par la Ville et l'intercommunalité de Nevers, le Département de la Nièvre, l’État et la Banque des territoires.
Le programme Places de la gare comprendra deux ouvertures : à Arbois pour un commerce autour du vélo au premier semestre (665.000 euros), à Imphy pour une Maison France services au second semestre (739.000 euros), à Sennecey-le-Grand pour un espace de boutique éphémère (265.000 euros).
L'ouverture à la concurrence, «une révolution culturelle pour les cheminots»
«Ce qui est important c'est la satisfaction de l'usager et que l'on puisse être compétitif par rapport à la voiture», déclare Michel Neugnot.
Dans ce cadre, le vice-président de la Région défend l'ouverture à la concurrence voulue par l'Union européenne (
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Le socialiste reconnaît qu'il s'agit d'«une révolution culturelle pour les cheminots» et même d'«une rupture totale avec une nouvelle société et des transferts de personnels qui sont en train de se faire».
Avec le concessionnaire et SNCF Réseau, la Région Bourgogne-Franche-Comté travaille à «recomposer totalement l'offre pour que des liaisons qui n'existaient pas puissent être mises en place» – ce qui impliquerait de nouvelles dessertes reliées à Dijon et à Chalon-sur-Saône – et d'instaurer «des liaisons plus directes pour gagner du temps» – en particulier avec le bassin du Creusot.
La mise en service de la nouvelle offre est prévue le 13 décembre prochain.
Une centaine de recrutements en 2026
Pour mener à bien son programme de travaux et de maintenance, SNCF Réseau prévoit de recruter une centaine de nouveaux collaborateurs en 2026, qui viendront rejoindre les 3.200 agents actuels.
Dans l'ensemble, 600 entreprises accèdent à la commande publique en Bourgogne-Franche-Comté, dont la moitié de TPE-PME régionales qui, elles-mêmes, remportent 67% des commandes de SNCF Réseau en Bourgogne-Franche-Comté.
Le port de Gron vise une connexion avec la ligne ferroviaire Paris-Lyon-Marseille
«Les lignes fret ont une dimension économique essentielle», déclare le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté qui regrette «les fermetures de lignes concernant la filière forêt-bois» : «aujourd'hui, le transfert se fait par la route».
Dans un autre secteur, l'installation terminale embranchée de Gron, près de Sens, est exemplaire des réflexions qui sont conduites pour réduire les émissions de gaz à effet de serre en développant le fret ferroviaire.
Actuellement, chaque semaine, 160 camions réfrigérés relient Gron à Rotterdam (Pays-Bas) pour transporter des produits agroalimentaires par la route.
L'entreprise Logiyonne porte un projet pour faire du port de Gron pour en faire un «hub logistique trimodal rail-fleuve-route» là où, seulement une quinzaine de trains circulent chaque année pour transporter des céréales.
Pour connecter le port de Gron avec la ligne ferroviaire Paris-Lyon-Marseille d'ici la fin 2026, Logiyonne prévoit d'investir 4 millions d'euros et l’État 2 millions d'euros, dans le cadre du CPER. Ces travaux pourraient permettre à plus de 20.000 conteneurs de passer annuellement de la route vers le rail.
À la suite de quoi, le port de Gron, qui est déjà connecté par voie fluviale avec Le Havre en mode «quai maritime direct», pourrait également être relié avec Marseille.
«Notre région peut retrouver une vraie dimension française et européenne», s'enthousiasme Paul Mourier, «la logistique peut devenir une filière industrielle indispensable et confortant la place de notre région Bourgogne-Franche-Comté».
«On est obligé de rattraper le retard»
À son tour, Paul Mourier salue l'engagement des équipes du groupe SNCF : «on est sur un volume d'opérations et financier tout à fait considérable». «Il y a eu un déficit d'investissement», concède le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté, «il y a eu des retards qui se sont accumulés au fil du temps». «On est obligé de rattraper le retard».
Le représentant de l’État rappelle l'intention du gouvernement de présenter ce printemps une loi cadre concernant le financement des infrastructures afin de «les planifier, les hiérarchiser et avoir des financement stables, durables, à la hauteur des investissements à réaliser» car les contrats de plan État-Région «ne sont pas suffisants»
«L’État est désormais à la hauteur – au travers de la SNCF – de cet apport massif de financement remettre un certain nombre de nos infrastructures», insiste Paul Mourier, rappelant le financement public du groupe SNCF.
«Les usagers sont dans l'attente d'un vrai choc d'offre dans les années qui viennent», déclare le préfet qui se fait le relais d'une demande pour «une offre plus complète, plus diversifiée, maillant l'ensemble du territoire».
Alors que les rapports se succèdent sur l'état et l'avenir potentiel des dessertes fines du territoire – les «petites lignes ferroviaires» –, Paul Mourier considère que 2026 devrait conduire à «des choix courageux et en responsabilité , des choix ambitieux avec une ambition tenable, (…) des choix de bon sens».
«On est dans la bonne direction», résume le représentant de l’État, «année après année, on est sur une vraie dynamique». «Tout ce que nous faisons, c'est pour les usagers.»
Jean-Christophe Tardivon





