
Les aléas se sont tout particulièrement concentrés dans le nord de l'Yonne, ces derniers mois. Suite à un coup de pression du président de la Région, le directeur régional Ghislain de Rugy a annoncé, ce vendredi 10 juillet, à Dijon, un plan d'action et un geste commercial pour les abonnés.
«Dans le nord de l'Yonne, les navetteurs sont exaspérés par des retards, des manques de places dans les trains qui sont récurrents ces derniers mois», déclarait Jérôme Durain (PS), président de la Région Bourgogne-Franche-Comté, le 24 juin dernier, avant de menacer SNCF Voyageurs de «représailles» en septembre prochain (
lire notre article).
Effectivement, l'opérateur ferroviaire a accumulé les déboires durant le premier semestre, entraînant des perturbations des circulations de TER et donc le mécontentement des usagers. Face à cela, SNCF Voyageurs réagit avec un plan d'action et une mesure commerciale pour les abonnés.
Ce vendredi 10 juillet 2026, Ghislain de Rugy, directeur régional de SNCF Voyageurs TER Bourgogne-Franche-Comté depuis le 1er décembre dernier, a apporté «l'éclairage de l'opérateur ferroviaire» en revenant sur le contexte et les pistes de réflexion pour remédier aux difficultés.
SNCF Voyageurs intervient pour le compte de la Région Bourgogne-Franche-Comté
Ghislain de Rugy reconnaît que SNCF Voyageurs rencontre une «crise» dans le nord de l'Yonne alors que l'entreprise exploite les trains TER – sous la marque Mobigo – pour le compte de la Région Bourgogne-Franche-Comté – autorité régulatrice des mobilités –, dans le cadre d'une convention pour la période 2023-2032 (
lire notre article).
«Nous sommes aux affaires pour répondre aux attentes de la Région et délivrer le meilleur service au quotidien : ponctualité, confort à bord...» résume le directeur territorial. «On vit une situation difficile sur la desserte entre l'Yonne nord et la région parisienne.»
Une «offre très dense» dans le nord de l'Yonne
Dans ce secteur, SNCF Voyageurs a positionné «une offre très dense qui correspond à un besoin très fort de déplacement pour des personnes qui vont travailler sur la région parisienne» avec 20 trains directs – dit «rapides» – par jour et trois trains qui passent par la rive droite de la Seine pour desservir différentes gares franciliennes, sans compter la possibilité de rejoindre la gare de Montereau desservie par la ligne R du Transilien.
De nombreux Icaunais, en particulier des Senonais, sont employés en Île-de-France et font la navette tous les jours de la semaine entre leur domicile et leur travail. Des usagers réguliers et exigeants. «Ils ont une sensibilité très forte sur la qualité de service», reconnaît Ghislain de Rugy.
«Le voyageurs navetteur a la même exigence qu'un usager du RER», analyse-t-il, «les petits désagréments – retard, place assise ou panne de climatisation – sont vécus de la même façon».
À ces navetteurs, s'ajoutent les usagers du week-end, ce qui provoque des pics d'affluence, les vendredis et lundis tout particulièrement.
«La desserte est assurée par un matériel moderne dans lesquels la Région a beaucoup investi», explique le directeur territorial. Ainsi, circulent notamment des rames Régiolis d'Alstom qui disposent chacune de 350 places. Ces rames peuvent être combinées par deux ou trois pour faire circuler «en période chargée des trains qui dépassent les mille places assises».
La ponctualité a fondu dans le nord de l'Yonne
Alors que la Bourgogne-Franche-Comté ressort comme la deuxième meilleure région de France – après la Bretagne – en termes de ponctualité, avec 94% des trains présentant un retard inférieur à 5 minutes, dans le nord de l'Yonne, cet indicateur est tombé à 82% et même 76% au plus fort de la crise, en mars.
«C'est une desserte qui n'est pas représentative de l'ensemble de la région», souligne le directeur territorial qui comprend la «forte insatisfaction exprimée par le président Durain». «C'est un message qu'on a reçu, on se mobilise pleinement pour y répondre.»
Un «cumul de problématiques» de février à juin
Dans les faits, la crise s'est progressivement amplifiée en plusieurs étapes. Selon Ghislain de Rugy, cela a commencé durant l'hiver, dans «cette zone fortement exposée au grand froid». Certains matins, les premiers trains ont été retardés pour laisser le passage à des engins spéciaux qui n'avaient pas pu intervenir durant la nuit pour dégivrer la caténaire.
Ensuite, «une crise assez unique» s'est faite jour sur le matériel roulant, en février et mars. SNCF Voyageurs a détecté des dysfonctionnement de soufflets de Régiolis, pourtant récents, ce qui relève de la responsabilité d'Alstom.
«Ça nous a fortement impactés», déplore Ghislain de Rugy, «on a été dans l'obligation d'adapter le plan de transport : on a supprimé deux allers-retours par jour sur trois semaines».
En mai, en raison de travaux de modernisation de la ligne PLM, des dessertes ont été supprimées entre 13 heures 30 et 17 heures 30. Au quotidien, cela a généré de nombreux reports de voyageurs sur le train de 17 heures 30. «Malgré une composition triple, le train s'est retrouvé en suraffluence», souffle le directeur régional.
De plus, ce train de 17 heures 30 est constitué par un train qui arrive dans l'autre sens peu avant : «on a moins d'une demi-heure pour l'aménager». Ainsi, le moindre retard provoque des conséquences en cascade.
Constatant «un cumul des problématiques», Ghislain de Rugy comprend que cela fut «la goutte d'eau qui a fait déborder de le vase, courant juin».
Là, sont arrivées les fortes chaleurs avec des circulations «fortement perturbées» même si le directeur territorial assure qu'il n'y a pas eu de panne de climatisation à bord des Régiolis, «on a fait le maximum de ce qu'on pouvait faire».
À cela, s'ajoutent les accidents avec les animaux sauvages ou d'élevage qui surviennent «tous les trois-quatre jours». Le 3 juillet dernier, à la suite d'un choc d'un TER avec une horde de sangliers, le train a été arrêté, les voyageurs ont été pris en charge «dans de bonnes conditions» mais deux rames ont été inutilisables durant une semaine, le temps de mener des inspections de sécurité.
Vers un plan d'action de SNCF Voyageurs
«On est à la merci d'aléas», synthétise le directeur régional. Dans ce contexte où «les trois quarts des causes [des problèmes] ne sont pas du ressort» de SNCF Voyageurs, l'opérateur compte mettre en place un «plan d'action».
«Notre sujet est de se focaliser sur les douze trains qui posent le plus de problème aux navetteurs», explique Ghislain de Rugy. Pour cela, il a été fait appel à la Task Force H:00 – pour «heure zéro» – qui relève de la direction générale de SNCF Voyageurs, en lien avec SNCF Réseau, afin d'envisager un diagnostic complet de la situation et «ne laisser aucune cause de non-ponctualité de côté».
Le plan d'action inclut les trains desservant Auxerre, puisque «quand il n'y une anicroche au sud de l'Yonne, il y a des reports notamment vers Laroche-Migennes qui peut entraîner une suraffluence».
De premières mesures
Déjà, dès ce vendredi, veille de grands départs en vacances, SNCF Voyageurs est intervenu auprès de SNCF Réseau et «réduire l'impact des travaux pour réenclencher des trains supplémentaires».
Concernant la composition des TER – avec une, deux ou trois rames donc –, les équipes de SNCF Voyageurs cherchent «à ajuster au mieux». Parfois, «l'accès à la vente de billets peut être fermé pour les voyageurs occasionnels pour maîtriser les suraffluences».
De nombreux clichés de trains bondés ont été diffusés via les médias sociaux, ce qui fait réagir le directeur territorial : «quand on adapte la composition d'un train pour passer de trois rames à deux, le train circule mais on voit bien l'impact visuel».
Est déjà dans les tuyaux l'arrivé de cinq rames Régiolis en 2027 – financées par la Région – de façon à répondre à l'augmentation régulière du nombre de voyageurs.
Un bilan hebdomadaire de la qualité de service
Concédant un «déficit de communication», la direction régionale de SNCF Voyageurs s'engage à publier sur différents canaux un bilan hebdomadaire de la qualité de service pour donner des explications car «il y a des incompréhensions sur certaines difficultés». «On joue la carte de la transparence», martèle Ghislain de Rugy.
Ainsi, sur la ligne reliant Paris à Laroche-Migennes, via sens et Joigny, sur la semaine du 29 juin au 3 juillet, sur 12 TER Mobigo suivis, 100% des trains ont circulé avec une capacité conforme et 86% sont arrivés à l'heure. Sur huit retards, six sont dus à des causes externes et deux relèvent de la responsabilité de SNCF Voyageurs.
Un «geste commercial» de SNCF Voyageurs pour les abonnés annuels du nord de l'Yonne
Toujours en réponse au coup de pression de Jérôme Durain, SNCF Voyageurs prépare un «geste commercial» pour les abonnés annuels de la desserte Paris-Laroche-Migennes : «on va appliquer une minoration de 50% en septembre».
«Cela tient compte d'un premier semestre difficile», regrette Ghislain de Rugy qui rappelle également que les abonnés qui constatent plus de 20% de retards de plus de 15 minutes ou supprimés sur une sélection de trains peuvent bénéficier d'une réduction de 25%. Charge à chaque usager d'activer cet «engagement ponctualité» de l'opérateur.
«On a pris le sujet à bras le corps pour accélérer le redressement de la qualité»
«On considère qu'on vit une crise sur l'Yonne nord», poursuit le directeur régional qui reconnaît que c'est «pénible» pour les usagers. «On sait que chaque minute compte. On a pris le sujet à bras le corps pour accélérer le redressement de la qualité. On a une obligation de résultat pour que la circulation s'améliore.»
Pour autant, de nouvelles difficultés s'annoncent puisque les travaux de modernisation de la ligne PLM sont programmés sur plusieurs années par SNCF Réseau. Une nouvelle vague se déploiera en septembre et, surtout, durant l'automne. Un plan de transport et de substitution sera alors mis en place.
«On a besoin de ces travaux pour avoir des infrastructures pour répondre au défi du nombre important de circulations», explique Ghislain de Rugy, «la fréquentation est en hausse régulière chaque année» avec, en particulier «une dynamique très forte» dans le nord de l'Yonne.
Pourtant, «le système n'est pas saturé» dans ce secteur. Seulement, «le système est saturé quand on est en difficulté de production». «En situation optimale, on sait absorber le flux des voyageurs», assure le directeur territorial.
Un phénomène sensible également dans le sud de la Saône-et-Loire
Par ailleurs, la concentration de navetteurs se retrouve dans le sud de la Saône-et-Loire avec des usagers allant travailler dans la région lyonnaise : «l'entrée dans la zone lyonnaise est extrêmement compliquée, si le système n'est pas bien engagé on peut avoir des retards significatifs».
En revanche, «il n'y a pas le même volume de voyageurs» que dans le nord de l'Yonne, analyse Ghislain de Rugy et «il n'y a pas la même sensibilité» parmi les navetteurs.
Jean-Christophe Tardivon